Contraception et planning familial dans la grèce antique

Basic and Clinical Andrology, May 2019

Les Grecs anciens ont utilisé diverses méthodes de contraception, telles que le coitus interruptus, le coitus reservatus, le coitus obstructus, le coït anal, l'application des pommades sur le pénis, les médicaments, la magie, etc. Dans le cadre du planning familial, pour avoir des familles peu nombreuses, ils n'ont pas hésité de recourir à l'interruption de la grossesse (avortement), à l'infanticide ou à l'exposition.

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Contraception et planning familial dans la grèce antique

Andrologie Contraception et planning familial dans la Gr6ce antique G e o r g e s A N D R O U T S O S 0 0 Histoire de la Medecine, Faculte de Medecine , Universite D'loannina, Grece - RI~SUMI~ Les Grecs anciens ont utilisd diverses mdthodes de contraception, telles que le coitus interruptus, le coitus reservatus, le coitus obstructus, le cdit anal, I'application des pommades sur le p6nis, les mddicaments, la magie, etc. Dans le cadre du planning familial, pour avoir des families peu nombreuses, ils n'ont pas h~sit6 de recourir ~ I'interruption de la grossesse (avortement), a I'infanticide ou ~ I'exposition. M o t s cl~s : Contraception, planning familial, interruption de grossesse, infanticide, exposition I. I N T R O D U C T I O N Cette histoire de la contraception en Gr6ce antique 6tudie tout particulibrement l'exp6rience des efforts des Grecs anciens pour contr61er le nombre de leurs enfants. Cette 6tude nous enseigne que l'id6e de limiter la descendance a toujours 6t6 pr6sente. Beaucoup de pratiques contraceptives restent en vigeur depuis plus de deux mille ans. I I . M E T H O D E S C O N T R A C E P T I V E S Lorsqu'on 6tudie les diff6rents proc6d6s de ~ contraception >, qui ont pu ~tre imagin6s et d6crits tout au long de l'histoire de l'humanit6 il importe de toujours garder pr6sent h l'esprit les notions de physiologie de la reproduction que possEdaient les peuples ~t l'6poque concern6e. Ainsi 6tait consid6r6 comme <~contraceptif >~par les mEdecins de l'Antiquit6 tout proc6d6 applicable avant la ~ conception du foetus >~, c'est-h-dire pratiquement avant le troisi~me mois de grossesse. Pour bien comprendre les th6ories des Grecs sur le contr6le de la f6condit6, il faut se rappeler qu'ils croyaient ~t la possibilit6 d'influencer la procr6ation. Les Grecs consid6raient ces probl6mes comme les deux faces d'une m~me monnaie. Quand on abordait le probl6me de la st6rilit6, on mettait en garde les femmes contre les risques que faisait courir ~ leur sant6 l'absence de rapports sexuels. Mais quand les hommes choisissaient de limiter ou d'6viter la patemit6, on les rassurait en leur affirmant que leur abstinence 6tait ~ la fois prudente et saine. <~Le co~t, assurait D6mocrite, est une 16g6re attaque d'apoplexie. Car l'homme jaillit de l'homme et n'est pas loin d'etre d6chir6 par une sorte de choc >~[ 10 ]. La semence, selon les pythagoriciens, 6tait une ,~ goutte de cervelle qui contient en soi de la vapeur chaude ~>[ 9 ] et tout plaisir sexuel 6tait doric nuisible. Platon, Aristote et le Corpus hippocraticum [ 14 ] insistaient aussi sur la n6cessit6 de pratiquer la mod6ration sexuelle. Ceux qui trouvaient l'abstinence difficile ~ pratiquer, mais qui tenaient n6anmoins ~ restreindre leur f6condit& devaient avoir recours ~ d'autres m6thodes. Le coR interrompu constitue certainement le moyen contraceptif le plus ancien et le plus repandu h travers le monde. Plusieurs allusion 7t cette pratique figurent dans la Bible, la plus connue 6tant bien entendu l'histoire d'Onan. Le coR interrompu 6tait, et demeure, parmi les formes les plus simples de contraception, mais il n'y est fair que rarement allusion dans la Gr6ce ancienne. Platon l'6voquait peut-~tre quand il d6clarait <<qu'on ne jette pas la semence parmi les rocs et les cailloux oO elle ne prendra jamais racine >>. C'est II I I"1~ Correspondance : peut-&re aussi ce que voulait signifier Htrodote quand il mentionnait le cas de Pisistrate, le tyran d'Athbnes : ~ C o m m e il avait des ills adolescents, et que les Alcmtonides passaient pour ~tre maudits, il ne voulait pas qu'il lui naquit des enfants de sa nouvelle Epouse et n'avait avec elle qu'un commerce contre nature >>[ 20 ]. C'est dans la poEsie qu'on a trouvE les allusions les plus nombreuses au retrait. Archiloque de Paros (porte du VIIbme si~cle av. J.-C.), semblait bien faire allusion au coit interrompu, quand il dEcrit sa relation avec la s~eur de sa fiancee : ~ J'emmenai alors la fille parmi les fleurs et la couchai sur le sol. Alors, sur le champ elle me dEvoila sa jeune chair tout en caressant son corps charmant, je laissai aller ma force, effieurant tout juste son duvet fauve >>[ 16 ]. Si le coYt interrompu Etait, dans le monde antique, comme il devait l'~tre dans l'Europe du XIXbme sibcle, la principale forme de contraception, il est possible qu'on n ' y ait fait que rarement allusion parce que n i l e besoin ni l'occasion ne se faisaient sentir de le dEcrire ou simplement de l'Evoquer. I1 se peut aussi que le coit interrompu - parce qu'il exigeait de sacrifier un plaisir auquel peu d'hommes Etaient pr&s ~t renoncer - n'Etait pas couramment pratiquE. L'extraordinaire valeur accordEe h la semence male par Aristote justifiait assurEment l'hostilitE des hommes recourir ?ade telles mtthodes. Mais, Etant donne l'Etendue des connaissances des Grecs Erudits sur le processus de procreation il est difficile de croire qu'ils ignoraient l'efficacitE de cette mtthode. Contrairement au coi't interrompu, il n ' y pas d'Emission de sperme lors du coitus reservatus, le penis Etant retire avant l'orgasme. Coitus obstructus est un procEdE dangereux, consistant comprimer l'ur&hre au moment de l'orgasme de faqon provoquer une Ejaculation retrograde. Par rapport au condom, il est difficile de fixer avec certitude la date de son apparition dans l'histoire de la regulation des naissances. La premi6re description Ecrite du condom est celle de Gabriel Fallope en 1564. Selon la 1Egende, le sperme de Minos, roi de la Crbte, contenait des graines de serpents et de scorpions, ce qui l'emp~chait de procrEer ; et son union avec PasiphaE demeurait donc sttrile. Prokris, fille d'Erechteus, s'Etant querellEe avec son mari Cephalus se rEfugia en Cr~te. Elle eut l'idEe de faqonner en gaine une vessie de ch~vre ; cet objet, selon Antonin Liberalis, auteur romain d'un ouvrage intitulE Les M~tamorphoses, fur introduit dans le vagin d'une femme. Minos put ainsi s'y debarrasser du contenu encombrant de son sperme, puis aller avec PasiphaE, et procrEer. I1 eut de cette faqon huit enfants. Selon Liberalis, la vessie de chtvre Etait utilisEe par la femme et constituait donc un prEcurseur du diaphragme. Selon une autre hypoth~se Liberalis s'est trompE et c'est en rEalitE Minos qui a utilisE l'objet. Celui-ci serait alors le prEcurseur du condom. Par ailleurs Les Mdtamorphoses ont 6t6 6crites a l'tpoque romaine et les Romains utilisaient effectivement dtj~ des prtservatifs masculins [ 19 ]. Hippocrate recommandait, si la grossesse n'Etait pas dtsirable, de faire l'amour pendant les jours inftconds. Une autre mtthode 6tait le coYt pendant la menstruation. I1 faut signaler ici que les Grecs ne considtraient pas que l'acte sexuel pendant la menstruation 6tait quelque chose d'impur dont il devaient se purifier apr~s [ 21 ]. La ptnttration non vaginale ne donnerait 6videmment pas lieu h la procrtation. L'enthousiasme des Grecs pour l'homosexualit6 a fort bien pu populariser les rapports anaux darts les relations htttrosexuelles. K.-J. Dover a remarqu6 que, quand l'art grec dtpeignait des sc~nes htttrosexuelles, il s'agissait souvent de sodomies. I1 se demande 6galement si les httaires (ou courtisanes) n'employaient pas les rapports anaux comme mtthode de contraception [ 7 ]. Par ailleurs, ni le Coran n i l e Talmud n'interdisent les rapports anaux avec l'tpouse [ 12 ]. Si le retrait est class6 comme forme ~ masculine >> de contraception, on peut considtrer comme des formes ~ ftminines >>l'emploi de pessaires obstructeurs, de tampons et de potions. Les sources, dans ce domaine sont plus nombreuses et elles prouvent que la limitation des naissances 6tait principalement l'affaire des femmes [ 8 ]. Malheureusement, les textes 6crits par des hommes ne fournissent ntcessairement qu'une image un peu vague des actions et des mobiles des femmes. Puisque l'allaitement arr~te l'ovulation, la faqon la plus ~ naturelle >>dont les femmes auraient pu se prottger d'une nouvelle grossesse suivante aurait 6t6 de prolonger la ptriode durant laquelle elle nourrissait au sein un premier enfant. I1 semble toutefois que les femmes grecques de la haute socitt6 confiaient leurs enfants ~ des nourrices, ce qui signifiait qu'elles devaient chercher d' autres formes de protection [ 11 ]. On trouve ainsi des allusions ~t des mouvements corporels prtcis, pendant et juste apr6s le coit, susceptibles d'inhiber ou au contraire de favoriser la ftcondation. Dans De la G~ndration, un passage 6vocateur prtcise : ~ Apr~s le coit, si la femme ne doit pas concevoir, elle fait d'habitude tomber au dehors, quand elle veut, la semence provenue des deux individus >>[ 13 ]. Les Grecs croyaient qu'un certain nombre de potions ~ base d'herbes avaient un effet contraceptif. Ils dtsignaient le contraceptif par le mot atokion. On ne savait ntanmoins pas toujours clairement si une dtcoction avait pour objet de prtvenir la conception ou d ' y mettre un terme. Le trait6 De materia medica [ 6 ] de Dioscoride (Ier sibcle ap. J.-C.), complttant les informations sur les tisanes fournies par Thtophraste (IV~me sibcle av. J.-C.), 6numtrait de nombreuses recettes de breuvages censts contenir des 616ments sttrilisants. Une esptce de choux, mactr6 dans du lait de ch~vre, devait exciter l'61an sexuel et le diminuer si on le mangeait sec. Les baies de geni~vre plactes sur le ptnis ou dans la vulve produisant, affirmait-on, une st6rilit6 temporaire. La premi6re mention d'application d'une substance sur le p6nis remonte au Ier si~cle ap. J.-C. : Pline parle d'appliquer de l'huile ou de la r6sine de cbdre, transposant l'homme une recette pr6conis6e auparavant par Aristote pour la femme. Oribase recommande <~d'oindre la partie virile de l'homme avec du jus d'hedysome >>avant le rapport sexuel. AEtius recommande d'enduire le p6nis avec des astringents, alun, grenade, ou noix de galle, tritur6s dans du vinaigre, ou encore des lavages avec de la saumure. La Misy (sulfate de cuivre), 6tait recommand6 dans les ouvrages hippocratiques. Des potions venaient renforcer les diverses m6thodes de contraception m6canique. Dioscoride conseillait d' oindre les organes g6nitaux avec de la gomme de c6dre et d'appliquer de l'alun sur l'ut6rus. Dioscoride mentionnait 6galement un suppositoire ~ la menthe poivr6e et au miel avant le co'ft et un pessaire poivr6 h utiliser apr6s le coit. Selon la th6orie hippocratique, ces suppositoires 6taient efficaces, non pas parce qu'ils constituaient une barribre mais parce qu'ils dess6chaient l'ut6rus [ 15 ]. Les femmes grecques ont pu tenter d' employer la m6thode des cycles. On croyait que la conception avait des chances de se produire soit juste avant, soit juste aprbs la menstruation. Dans le livre De la Gdngration on trouve que les courtisanes savaient quand elles avaient conqu. [ 17 ] A part des diverses substances (p.e. sulfate de fer, plomp argentifbre, nitrate de potassium et d'autres poisons avec des qualit6s spermicides et/ou contraceptives, v6ritables ou imaginaires) et si tout le reste 6chouait, on pouvait avoir recours a la magie sous forme d'amulettes et de talismans protecteurs. Les partisans de la magie affirmaient que des d6coctions ?a base de rognons de mulets et d'urine d'eunuques rendaient aussi impuissant [ 6 ]. Selon Dioscoride, lorsqu'une femme enceinte marchait sur une racine de cyclamin, elle aurait une fausse-couche. Toujours selon le m~me auteur, celui qui portait sur lui une racine d'asperge, deviendrait provisoirement st6rile !Dans l'Histoire Naturelle de Pline est 6crit que lorsqu'une femme enceinte mangeait un oeuf de corbeau, elle aussi aurait, une fausse-couche ! I I I . P L A N N I N G F A M I L I A L Dans le monde antique, les familles 6talent relativement peu nombreuses. Cela tenait ~ une vari6t6 de causes. La plupart des familles ne d6siraient pas un grand nombre d'enfants pour que la fortune de la famille ne ffit pas partag6e entre de nombreux h6ritiers. De plus, les filles 6taient, 6videmment, moins d6sirables que les garqons car, d'une part elles ne travaillaient pas et ne produisaient pas et de l'autre part elles devaient prendre une dot en se mariant, ce qui r6duisait la propri6t6 familiale. Selon Platon [ 20 ] le nombre id6al des enfants d'une famille &aft deux : un garqon et une fille. L'esp6rance de vie 6tait br6ve (45 ans pour les hommes et 36,2 pour les femmes). Les taux de natalit6 et de mortalit6 oscillaient chaque ann6e entre 35 et 50%. On ne pouvait donc esp6rer qu'un accroissement modeste de la population [ 2 ]. Bien des hommes choisissaient de ne passe marier. Ceux qui le faisaient avaient peu d'enfants. Compte tenu de l'fige pr6coce auquel les femmes se mariaient cinq six naissances 6taient possibles. Mais on a estim6 qu'en moyenne, il ne naissait que quatre enfants par famille, et que deux ou trois seulement survivaient. Les raisons pour expliquer ces chiffres faibles sont les suivantes. L'une est la tol6rance g6n6rale, voire l'approbation a l'6gard de l'homosexualit6 masculine. En Cr~te, selon Aristote, l'homosexualit6 b6n6ficiait d'un soutien officiel : on y voyait un moyen de contr61er le d6veloppement de la population [ 3 ]. Les h6t6rosexuels r6solus avaient le choix entre plusieurs options. Ils pouvaient notamment recourir aux services des courtisanes. M~me si des enfants 6taient conqus, la malnutrition et les maladies qui frappaient les m~res aboutissaient sans doute h un nombre important de morts parmi les foetus. La petite taille des families 6tait donc la cons6quence tout la fois d'un taux de mortalit6 61ev6 et des pratiques de restriction de la f6condit6. Un grand nombre d'hommes et de femmes pensaient que la f6condit6 devait et pouvait ~tre contr616e. Mais, 6tant donn6 la nature de la famille antique, les hommes et les femmes auraient fort bien pu avoir des raisons diff6rentes et employer d'autres m6thodes pour atteindre ce but. On trouve une critique de la famille nombreuse dans la condamnation des excbs sexuels prononc6e par Platon et par les sto'fciens. Platon et Aristote comptent parmi ceux qui pr6conisbrent le contr61e du mariage par l'l~tat et l'eug6nisme ~ l'encontre des enfants inaptes. Dans La R~publique, Platon 6voque la n6cessit6 de r6guler la f6condit6, de sorte que la prog6niture n'exc~de pas les moyens de la communaut6. Dans Les Lois, il envisage d' assurer la stabilit6 du nombre de d6tenteurs de terres en n'ayant qu'un h6ritier par famille [ 20 ]. A son tour, Aristote sugg~re que l'on r6glemente l'~ge du mariage et qu'on ait recours h l'avortement [ 4 ]. Les Grecs consid6raient que leur syst~me familial ne fonctionnait que s'il y avait des h6ritiers 16gitimes, mais pas en trop grand nombre. La m6thode la plus simple pour parvenir ?ace but aurait 6t6 de reculer l'~ge du mariage des femmes et de limiter ainsi le nombre d'ann6es o~ elles pouvaient enfanter. Mais, parce qu'on voulait assurer la domination masculine, on mariait les femmes ?~un ~ge pr6coce et on pouvait donc s'attendre h ce qu'elles enfantent de nombreuses fois. IV. A V O R T E M E N T E T I N F A N T I C I D E Pour de nombreuses soci6t6s, la signification du mot avortement n'&ait pas la m~me que celle que nous lui attribuons actuellement. Ce fait est li6 au degr6 de connaissances dans le domaine de la reproduction. Pour les Grecs, la vie naissante n'avait que des droits limit6s. L'opinion g6n6rale voulait qu'un foetus ne ffit jamais - plus qu'un ~tre humain en puissance. Les stoYciens partageaient cette opinion en le consid6rant jusqu'~t sa naissance comme une partie de la m~re. L' avortement pr6sentait donc un probl~me moral moins d61icat pour les Anciens que pour nos contemporains, dans la mesure off ils supposaient que la vie n'apparaissait qu'avec la venue au monde [ 5 ]. Selon Aristote, le foetus prend qualit6 d'Stre humain vers le 40e jour aprSs la conception pour un garqon, vers le 90epour une fille. Pour Hippocrate, les premiers jours qui suivent la conception correspondent simplement h la retention par la femme de la semence de l'homme. Faire sortir cette semence ne constitue pas un avortement mais une effiuxion. Le terme d ' e m b r y o n ne convient q u ' a u foetus anim6. Hippocrate d6signe ses pr6parations m6dicales en fonction de leurs effets suppos6s : <<pour d6truire et chasser le foetus qui ne bouge pas >>, ou encore <<pour amener les r~gles et tirer le foetus h demi form6 >>.Ainsi peut-on expliquer qu'il n ' y ait pas de contradiction entre les conseils donn6s par Hippocrate a une courtisane pour avorter (il s'agissait d'une semence de six jours) et son Serment dans lequel il est 6crit : <<Je ne donnerai ~ personne, mSme sur sa demande, un m6dicament mortel, n i n e donnerai de conseils en ce sens ; de la mame faqon, je ne donnerai h aucune femme de pessaire abortif. >> Hippocrate insiste d'ailleurs, dans son ouvrage Des maladies des femmes sur les dangers d'un avortement. C'est h Soranos que revient le m6rite d'avoir clarifier nettement les notions de contraception et d' avortement dans son trait6 Gynaecia : <<La contraception, atokion, diffbre de l'avortement, phtorion, en ceci que la premitre d6signe un remade qui pr6vient la conception, alors que le second, au contraire, d6signe un remade qui tue le foetus >>Ailleurs, Soranos pr6cise : << ...Un effiux est une expulsion de semence un, deux ou trois jours apr~s les rapports ; un avortement est la destruction de l'embryon au deuxi~me ou troixi~me mois ; un accouchement pr6matur6 est sa mise au monde tout pros du terme, mais avant le moment opportun. >> Certains pensent que l'expulsion, ekbolion, est synonyme d' avortement ; d'autres cependant disent que contrairement h l'avortement, l'expulsion ne d6signe pas une m6dication mais au contraire une agitation violente du corps, comme sauter par exemple. Ainsi Hippocrate dans son livre De la nature de l'enfant a rejet6 les abortifs et pr6conis6 une m6thode pour d6clencher l'avortement en sautant de faqon h ce que les fesses soient touchdes avec les pieds. Les opinions concernant l'utilisation des abortifs divergent cependant. Beaucoup les rejettent, se r6f6rant au Serment hippocratique : <<Je ne prescrirai jamais un abortif >>et d6clarant en outre que le but de l'art m6dical est de prescrire et de sauver les oeuvres de la nature. D'autres autorisent l'utilisation d'abortifs dans des cas exceptionnels. 1. Interruption de grossesse La grossesse imprdvue 6tait autant ind6sirable pour les femmes mari6es que pour les courtisanes et les prostitu6es [ 21 ]. Les relations extra-conjugales du mari suffisaient h satisfaire, voire saturer son instinct sexuel, de sorte qu'il couchfit rarement avec sa femme. Cependant, en cas de grossesse ind6sirable, la femme devait choisir entre la fausse-couche volontaire, en pratiquant des sortil~ges, et 1'avortement. Et mSme si c'6tait ~ elle de d6cider en cas de grossesse ind6sirable, en ce qui concerne l'avortement, le consentement de son mari - ou du maitre de l'esclave - 6tait indispensable. L ' a v o r t e m e n t a 6t6 pratiqu6 par toutes les soci6t6s anciennes. L'avortement, par absorption orale de substances diverses, par introduction vaginale de tampons ou pessaires vari6s, ou par manoeuvres intra-ut6rines, se retrouve dans toutes les soci6t6s 6tudi6es, qu'elles soient primitives ou <<civilis6es >>,et quelle que soit l'6poque. Les allusions h I' avortement sont bien plus fr6quentes que les r6f6rences h la contraception. I1 y avait h cela de bonnes raisons. La contraception - notamment le co~'t interrompu, la pratique d'une sorte de m6thode des cycles ou les rapports anaux - 6tait un acte intime qui, le plus souvent, n'6tait ni r6v616 ni enseign6. L'avortement, en revanche, exigeait souvent une assistance ou des conseils. Les Grecs disposaient de nombreuses techniques d'avortement, y compris l'usage de perforations, de pessaires, de potions orales, de suppositoires, de fumigations et de cataplasmes. Les sauts, les coRs r6p6t6s, les fiSvres, les vomissements et les saignements 6taient d6crits comme facteurs des fausses couches [ 12 ]. Les m6decins savaient que les fausses couches pouvaient 8tre provoqu6es mais ils ne se livraient h ces pratiques qu'avec beaucoup de prudence. L' avortement a 6t6 d6crit comme une pratique ~ laquelle les femmes avaient parfois secr~tement recours mais on ne trouve aucune trace de loi contre l'avortement dans les textes des premiers 16gislateurs comme Lycurgue de Sparte ou Solon d'Ath6nes. Platon r6clamait, dans le cadre d'une politique d't~tat, l'avortement pour toutes les femmes ayant conqu aprbs l'fige de quarante ans. Si les Grecs tol6raient le d6clenchement de fausses couches, on peut se demander pourquoi le Serment hippocratique contenait sa fameuse injonction interdisant aux m6decins de pratiquer l'avortement. Pour certains, il s'agit en fait d'une addition pythagoricienne tardive au Corpus. Le culte pythagoricien, hostile h la chirurgie, allait ~ l'encontre d ' u n grand nombre de th6ories et de pratiques m6dicales grecques. Selon d'autres [ 1 ], l'injonction contre l'avortement pourrait signifier seulement que les m6decins devaient en g6n6ral laisser aussi bien les naissances que les avortements sous la juridiction des sages femmes. On trouve cependant dans le Corpus une technique d' avortement recommand6e par un m6decin [ 14 ]. 2. Infanticide, exposition (abandon) Hippocrate, posait la question <<quels enfants il convient d'~lever >>.Soranos d6finissant la pu~riculture comme l'art de d6cider <<quels sont les nouveau-n6s qui mdritent qu' on - les 616ve >>.Platon, dans La Rdpublique, 6crit : <<I1 faut 61ever les enfants des premiers, non ceux des seconds si l'on veut maintenir au troupeau son excellence. >>A partir du moment oh un enfant 6tait n6 et 6tait ind6sirable, soit parce qu'il 6tait illdgitime soit parce que la famille en avait d6ja trop et un de plus serait un charge (le p6re attendait quelques jours avant d'annoncer publiquement s'il fallait ou non conserver son enfant), il y avait deux fagons pour se d6barrasser de lui : le tuer ou l'exposer. Solon (VI~me si~cle av. J.-C.) fit publier une loi reconnaissant le droit h l'infanticide [ 19 ]. Certes, bien que l'infanticide comptasse parmi les actes criminels, il 6tait tout de m~me pratiqu6. A Sparte, c'6tait l't~tat qui s'en chargeait, mais pour des raisons diff6rentes : les nouveaux-n6s 6taient pr6sent6s aux Anciens de la tribu qui les examinaient ; ceux qui 6taient mal venus et difformes 6taient emmen6s au mont Taygbte (Plutarque, Lycurgue, 16) ota ils 6taient pr6cipit6s dans un gouffre appel6 <<Apothetes >>.Encore une preuve de l'eug6nisme spartiate ! Une m6thode beaucoup plus r6pandue pour se d6barrasser de l'enfant ind6sirable 6tait l'exposition qui, la plupart du temps, entrainait la mort faute de nourriture et de soins. Toutefois, l'exposition devait avoir lieu les premiers jours apres la naissance de l'enfant et surtout avant le dixieme jour o(a, ~ Athbnes, l'enfant recevait son nom. En effet, c'6tait ?~partir de ce moment 1~ que, selon les Grecs, l'enfant commenqait ~ exister dans la soci6t6. Les peu nombreux qui survivaient ~t l'exposition, 6taient automatiquement consid6r6s commes des esclaves et les filles finissaient comme protitu6es. Cenpendant, certains enfants avaient de la chance, 6tant sauv6s et 61ev6s par ceux qui les avaient trouv6s. Les Grecs anciens ont eu recours h la contraception et au planning familial par diverses m~thodes. Certaines d'entre elles sont encore en usage, d'autres, par contre, n o u s p a r a i s s e n t a u j o u r d ' h u i primitives ou m~me atroces et ont ~t~ abandonn~es au cours des si~cles. i ! R E F E R E N C E S The ancient Greeks used various methods of contraception, such as coitus interruptus, coitus reservatus, coitus obstructus, anal coitus, the application of ointments onto the penis, medicines, sorcery, etc. In the context of family planning, to avoid large families, they also resorted to termination of pregnancy (abortion), infanticide and exposure. Key words: Contraception, family planning, termination of pregnancy, infanticide, exposure. 1. ANDROUTSOS G.: L'histoire du pr6servatif . Andrologie , 4 , 1994 , 492 - 504 . 2. ANGEL L. : The basis of Paleodemography . Am. J. 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Georges Androutsos. Contraception et planning familial dans la grèce antique, Basic and Clinical Andrology, 105, DOI: 10.1007/BF03034954