XBP1 et réponse inflammatoire des macrophages alvéolaires au cours de la mucoviscidose
NOUVELLE
XBP1 et réponse inflammatoire
des macrophages alvéolaires
au cours de la mucoviscidose
Bob A. Lubamba
> La mucoviscidose est la plus fréquente
des maladies génétiques héréditaires
graves dans la population caucasienne.
Le gène responsable de cette pathologie code la protéine cystic fibrosis
transmembrane conductance regulator
(CFTR) dont l’altération est à l’origine d’un mucus plus visqueux et plus
abondant. Bien que la qualité du mucus
présent dans de nombreux organes soit
affectée, les atteintes respiratoires
sont la cause majeure de mortalité et
de morbidité des défauts de ce gène.
L’excès de mucus et l’absence d’élimination mucociliaire favorisent les
infections bronchiques par des bactéries opportunistes comme Pseudomonas
aeruginosa et Hemophilus influenzae.
Ces infections sont à l’origine d’une
réponse inflammatoire exacerbée au
niveau des voies respiratoires. Devenant chronique, ce processus inflammatoire provoque la destruction des
tissus pulmonaires entraînant une perte
progressive de la fonction respiratoire
allant jusqu’au décès. Plusieurs équipes
de recherche ont montré le lien entre
déficience du système immunitaire des
patients atteints de mucoviscidose et
augmentation de la viscosité du mucus
et diminution de clairance mucociliaire
avec pour conséquence l’incapacité
des macrophages alvéolaires (AMϕ) de
naviguer dans les voies respiratoires,
les rendant inefficaces. Des thérapies,
en cours de développement, ciblant
directement les mécanismes biologiques dus au dysfonctionnement de
la protéine CFTR apparaissent très prometteuses. Parmi celles-ci, celles qui
présentent le plus fort potentiel théra380
m/s n° 4, vol. 33, avril 2017
DOI : 10.1051/medsci/20173304004
Marsico lung institute/cystic fibrosis research center,
The University of North Carolina at Chapel Hill,
125 Mason Farm Road Chapel Hill, NC 27599, États-Unis.
peutique visent à moduler l’activité de
CFTR afin d’améliorer le transport des
ions chlore et sodium, de diminuer la
viscosité du mucus et ainsi d’augmenter
la clairance mucociliaire. Toutefois,
bien que légèrement atténuées par ces
traitements, l’inflammation et l’infection persistent [1].
Stress du réticulum endoplasmique et
XBP1
Le réticulum endoplasmique (RE) est
le principal compartiment subcellulaire
impliqué dans le repliement et la maturation des protéines membranaires ou
sécrétées. Les stress subis par la cellule peuvent altérer la fonction de cet
organite, ce qui conduit à l’accumulation de protéines qui sont anormalement repliées. Cette accumulation de
protéines anormales dans le RE active
une série de mécanismes de réparation
connus sous le nom de réponse aux protéines mal repliées ou unfolded protein
response (UPR) [2]. L’UPR, qui est une
réponse adaptative, a pour but de restaurer l’homéostasie du RE par (a) l’atténuation de la synthèse protéique globale, (b) la synthèse accrue de protéines
chaperonnes dans le RE (impliquées dans
le repliement des protéines) et (c) l’augmentation de l’élimination des protéines
anormales accumulées, soit par leur
exportation par les voies de sécrétion,
soit par leur dégradation (ER [endoplasmic reticulum]-associated degradation,
ERAD). Si l’homéostasie du RE n’est pas
restaurée, l’activation de l’UPR conduit
à l’apoptose des cellules. Dans les cellules de mammifères, la réponse UPR
est contrôlée principalement par trois
protéines transmembranaires exprimée
au niveau du RE. Il s’agit de PERK (PKR
[protein kinase R]related endoplasmic (➜) Voir la Synthèse
M. Bouchecareilh
reticulum kinase), de
et E. Chevet, m/s
ATF6 (activating n° 3, mars 2009,
transcription factor page 281
6) et IRE1 (inositol
requiring enzyme 1) [3] (➜).
Parmi ces protéines, seule IRE1 est
conservée au cours de l’évolution. IRE1
existe sous deux formes : α qui est
exprimée de façon ubiquitaire et β qui
n’est présente que dans l’intestin et
dans les voies respiratoires. Lors du
stress du RE, IRE1α induit l’épissage
non conventionnel de l’ARN messager
de XBP1 (X-box binding protein-1)
(Figure 1) qui conduit à un changement
du cadre de lecture et à la traduction
d’une protéine nouvelle, XBP1s (spliced
XBP1). XBP1s possède un domaine de
transactivation situé au niveau de son
extrémité C-terminale qui lui confère
une activité de facteur de transcription. Les modèles de souris invalidées
(knock out) pour le gène XBP1 ont montré l’implication de la protéine dans de
nombreux processus physiologiques en
particulier dans des fonctions qui ne
sont pas directement liées au repliement des protéines, notamment dans
l’inflammation et dans la différenciation cellulaire [4]. Par ces fonctions,
XBP1 participe ainsi au développement
de différentes pathologies comme les
maladies inflammatoires. Même si pour
l’heure, cette approche n’en est qu’à
un stade embryonnaire, l’utilisation de
produits ciblant XBP1 constitue donc
une nouvelle stratégie thérapeutique.
IRE1
BIP
BIP
BIP
BIP
Accumulation des protéines
non et/ou mal repliées
BIP
IRE1
P
XBP1u
Cytoplasme
XBP1u
BIP
MAGAZINE
BIP
Stress du RE
P
XBP1s
NOUVELLES
Inflammation
des voies respiratoires
induit le stress du RE BIP
Homéostasie normale du RE
Noyau
IL-6, TNF-a, etc.
XBP1s
Réponse inflammatoire
Figure 1. Modélisation de l’activation de IRE1a dans les macrophages alvéolaires des patients atteints de mucoviscidose. L’inflammation des voies
respiratoires induit l’activation de IRE1α (inositol requiring enzyme 1a) en raison d’un flux accru de facteurs inflammatoires mal et/ou non repliés
dans le réticulum endoplasmique (RE). Durant le stress du RE, l’activation de IRE1α peut conduire à l’inflammation via son activité RNase qui
induit l’épissage non conventionnel de l’ARN messager XBP1 (X-box binding protein-1), aboutissant à l’isoforme XBP1s (spliced XBP1). BIP : binding immunoglobulin protein ; XBP1u : unspliced XBP1 ; P : phosphate ; IL-6 : interleukine 6 ; TNF-α : tumor necrosis factor a.
Un lien entre CFTR et réponse
inflammatoire des macrophages
alvéolaires humains ?
Les AMϕ représentent l’une des principales lignes de défense contre les
pathogènes inhalés. Ces cellules phagocytent en effet les agents potentiellement pathogènes et sécrètent, en
réponse, des médiateurs de l’inflammation et des facteurs de croissance. Les
AMϕ sont exposés de façon chronique
aux produits microbiens libérés au cours
des infections. Sans résolution de ces
infections, l’activation persistante des
AMϕ, comme c’est le cas également pour
les neutrophiles, peut être à l’origine de
dommages affectant les poumons des
patients, en particulier ceux atteints
de mucoviscidose. La perte de fonction
de CFTR, spécifiquement dans les AMϕ,
est associée à une augmentation de la
réponse inflammatoire des cellules. Elle
contribue ainsi à l’évolution de la pathologie touchant les voies respiratoires
des patients atteints de mucoviscidose
[5]. Dans une étude récente [6], nous
m/s n° 4, vol. 33, avril 2017
avons pourtant réfuté cette hypothèse.
La relation entre l’absence de fonction
de CFTR et l’h (...truncated)