Nétrine-1 et guidage axonal - Signalisation et traduction asymétrique
MEDECINE/SCIENCES 2007 ; 23 : 311-5
Nétrine-1
et guidage axonal
Signalisation
et traduction asymétrique
Lorsque l’un de nos plus brillants neurobiologistes
actuels, Marc Tessier-Lavigne, découvrit en 1994 la
première molécule chimioattractive contrôlant le
guidage des axones commissuraux et qu’il la nomma
nétrine-1 - du sanscrit « celui qui guide » [1] - il
était bien loin de s’imaginer que, plus de 10 ans
après, naîtrait un engouement tout particulier pour
cette molécule, bien sûr et d’abord, pour son implication dans le développement du système nerveux,
mais aussi, plus récemment, pour son rôle dans
l’angiogenèse [2, 3] et dans la tumorigenèse via son
activité de facteur de survie [4, 5]. Si on ne connaissait rien ou presque rien jusqu’en 2002 de la signalisation située en aval de la nétrine-1, tout semble
s’accélérer aujourd’hui. La publication d’une série
d’articles dans la revue Nature Neuroscience [6-8]
décrivant, entre autre, l’effet de la nétrine-1 sur
la traduction asymétrique de messagers spécifiques
au niveau du cône de croissance - structure distale
et effectrice du guidage axonal - nous conduit à
faire un bref point des voies de signalisation de la
nétrine-1 au cours du guidage axonal.
REVUES
Patrick Mehlen, Nicolas Rama
Laboratoire Apoptose,
Cancer et Développement,
Équipe labellisée « La Ligue »,
CNRS UMR 5238,
Université de Lyon,
Centre Léon Bérard,
28, rue Laennec,
69008 Lyon, France.
SYNTHÈSE
> Plus de 10 ans après sa découverte, la nétrine-1 première molécule chimioattractive contrôlant le
guidage des axones commissuraux - suscite un
engouement tout particulier pour son implication
dans le développement du système nerveux, mais
également pour son rôle dans l’angiogenèse et
dans la tumorigenèse via son activité de facteur
de survie. Nous traiterons successivement, dans
cet article, des voies de la transduction du signal
de la nétrine-1 via son récepteur principal DCC
(deleted in colorectal cancer) et de la traduction
asymétrique de b-actine dans le cône de croissance, en réponse à ce signal nétrine-1/DCC, un
mécanisme du processus attraction/répulsion du
cône axonal. <
En aval du couple nétrine-1/DCC :
que c’est déjà compliqué…
Dans cet article, nous traiterons principalement la transduction du signal de la nétrine-1 via son récepteur principal DCC
(deleted in colorectal cancer). DCC est un récepteur simple
transmembranaire décrit dans les années 1990, et montrant
des similitudes avec les protéines de la famille des NCAM
(neural cell adhesion molecule). Cependant, l’absence de
motif particulier dans son domaine intracellulaire a freiné
la caractérisation des voies de signalisation en aval de cette
protéine. La transduction du signal du couple nétrine-1/DCC
dans les processus de migration et de guidage axonaux fait
intervenir de nombreux acteurs et nécessite la localisation
de DCC dans des zones membranaires favorisant les interactions de protéines de signalisation : les radeaux lipidiques [9,
10]. En particulier, l’activité chimiotropique de la nétrine-1
fait intervenir les protéines de signalisation de la famille
des Rho GTPases (guanine triphosphatases), comme Rac1 et
Cdc42, qui sont activées en présence de nétrine-1 via DCC et
favorisent respectivement la formation des lamellipodes et
des filopodes (Figure 1).
Rac1 peut être activée par différentes voies. La première
implique la protéine Nck1, qui est associée constitutivement
au domaine intracellulaire (IC) de DCC via 2 domaines SH3, et
pourrait, en présence de nétrine-1, participer à l’activation de
Rac1 [11]. En effet, en présence de nétrine-1, Nck1 subirait
un changement conformationnel lui permettant d’interagir via
son domaine SH2 avec la protéine Fyn connue pour phospho-
1
On parle d’attraction ou de répulsion lorsque le cône de croissance tourne respectivement en direction ou à l’opposé d’un gradient de molécule chimiotropique.
Article reçu le 22 novembre 2006, accepté le 22 décembre 2006.
M/S n° 3, vol. 23, mars 2007
Article disponible sur le site http://www.medecinesciences.org ou http://dx.doi.org/10.1051/medsci/2007233311
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Figure 1. Voies de signalisation de la nétrine-1. (1) En présence de nétrine-1, DCC et Nck1 recrutent Fyn qui phosphoryle DCC activant ainsi
Rac1 probablement par une GEF. Rac1 et Cdc42 activées forment un complexe avec Pak1 et le phosphorylent. Pak1 activée interagit avec
Nck1 pour former un complexe contenant DCC, Nck1, Pak1, Rac1 et Cdc42. Cdc42 recrute alors N-WASP impliquée dans la polymérisation de
l’actine et lie Arp2/3 qui favorise la nucléation et la formation de branchements d’actine. Cette cascade moléculaire aboutit à la formation
de filopodes nécessaires au guidage axonal. (2) La nétrine-1 via DCC produit des seconds messagers. En présence de nétrine-1, l’activation
de l’adénylate cyclase soluble (ACs) produit une augmentation de l’AMPc, tout comme par DCC. Cette production d’AMPc active la PKA qui
active les LCC permettant l’augmentation du Ca2+ intracellulaire qui active des facteurs de transcription (TF). La nétrine-1 conduit aussi
à l’ouvertue des TRP permettant l’entrée de Ca2+. (3) En présence de nétrine-1, La PI3K est activée aboutissant à la phosphorylation de
facteur de traduction favorisant la croissance et l’orientation axonales. De plus, DCC active des protéines de la famille des MAPK : ERK ½.
(4) L’activation de la PLCγ par DCC en présence de nétrine-1 conduit à la formation de PIP2 permettant le relargage du calcium contenu
dans le réticulum endoplasmique.
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M/S n° 3, vol. 23, mars 2007
M/S n° 3, vol. 23, mars 2007
REVUES
conduit à l’interaction de Pak1 avec Nck1 via son second domaine SH3
entraînant la formation d’un complexe moléculaire contenant DCC,
Nck1, Rac1, Cdc42 et Pak1 et nécessaire à la croissance axonale. En plus
d’agir directement sur la polymérisation des filaments d’actine, Cdc42
catalyse, par l’intermédiaire des protéines N-WASP (Wiskott-Aldrich
syndrome protein) et ARP 2/3, la formation de branchements de filaments d’actine favorisant l’extension axonale.
L’activation du récepteur DCC par la nétrine-1 provoque aussi la formation
de seconds messagers comme l’AMP cyclique (AMPc) et/ou l’augmentation
du calcium (Ca2+) intracellulaire favorisant la croissance et l’attraction
d’axones (Figure 1). En effet, les variations de la concentration de Ca2+ dans
le cône de croissance sont régulées par le rapport AMPc/GMPc [14]. Un rapport élevé (forte concentration en Ca2+) conduit à une attraction alors qu’un
rapport faible (faible concentration en Ca2+) conduit à une répulsion. C’est
l’activation par l’AMPc, ou l’inhibition par le GMPc, de la protéine kinase A
(PKA) qui active ou inhibe les LCC (L-type Ca2+ channel) permettant l’entrée
ou non du Ca2+. Par ailleurs, la nétrine-1 est à l’origine de l’ouverture des
canaux TRP [15] (transient receptor potential) conduisant à une dépolarisation membranaire associée
à l’entrée de Ca2+ et nécessaire à l’orientation du cône
de croissance.
Plus récemment, une étude (...truncated)