Le climat, l’imposteur et le sophiste

Natures Sciences Sociétés, Apr 2010

Olivier Godard

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Le climat, l’imposteur et le sophiste

Natures Sciences Sociétés 18, 187-189 (2010) c NSS Dialogues, EDP Sciences 2010  DOI: 10.1051/nss/2010023 Disponible en ligne sur : www.nss-journal.org Natures S ciences S ociétés Libre opinion Le climat, l’imposteur et le sophiste Olivier Godard, Économiste, CNRS, Département Humanités et Sciences sociales, École polytechnique, Route de Saclay, 91128 Palaiseau cedex, France À la faveur de la publication de ces deux prises de position, dont celle d’Olivier Godard déjà publiée sur le site d’Alternatives économiques , NSS ouvre le débat au sein de la controverse engagée par les climato-sceptiques. Le prochain numéro fera l’objet d’un dossier sur la question de l’adaptation au changement climatique, suite aux journées de l’association NSS-Dialogues de 2008 consacrées à cette question. Toute réaction y sera la bienvenue. La Rédaction Ce qui est déjà parti pour être un best-seller, le dernier livre de Claude Allègre dénonçant une imposture climatique, a trouvé dans la presse des journalistes rétifs. Le 25 février, Anne Bauer, journaliste aux Échos, en faisait une recension honnête, mais sans fard : par sa mauvaise foi et son simplisme, l’ouvrage s’assimilait à un pamphlet ; ce n’était pas le livre d’un homme de science. Elle aurait pu être plus mordante envers ce mauvais roman d’une prise supposée du pouvoir par un petit groupe d’hommes, qui n’aurait de précédent que celle des bolcheviks lors de la révolution russe de 1917... Le lendemain, Stéphane Foucart, journaliste au Monde, pointait le « Cent-fautes de Claude Allègre ». Le livre est truffé d’erreurs et d’affabulations, nous dit-il : référence à des auteurs ou des articles qui n’existent pas, assimilation des opinions des présentateurs météo de la télé américaine à celle des scientifiques du climat, enrôlement arbitraire de scientifiques au service de points de vue qu’ils ne défendent pas, etc. Auteur correspondant : O. Godard est directeur de recherche au CNRS et exerce à l’École polytechnique. Il a publié de nombreux articles et ouvrages consacrés aux risques sanitaires et environnementaux, au principe de précaution, aux négociations internationales sur le climat et aux instruments économiques. Parmi ses publications récentes : « L’ajustement aux frontières, pivot d’un nouveau régime international ou manœuvre protectionniste ? », dans Regards croisés sur l’économie, n◦ 6, La Découverte, 2009. [Note d’Alternatives économiques.]  Ce texte a été publié sur le site d’Alternatives économiques le 12 mars 2010 (http://www.alternatives-economiques.fr/ le-climat–l-imposteur-et-le-sophiste_fr_art_633_48600.html). C’est dans ce contexte que, le 2 mars, Les Échos publiaient une « apologie de Claude Allègre » signée François Ewald, cet ancien assistant de Michel Foucault devenu l’intellectuel de la Fédération française des sociétés d’assurance, puis le titulaire d’une chaire au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM). Ewald s’en prenait aux journalistes qui auraient fait preuve d’intolérance et cédé à leurs convictions militantes. Protestant avec gravité, il le faisait, prétendait-il, au nom de l’éthique des sciences : pointer les erreurs serait une manière d’esquiver la thèse centrale de l’ancien ministre. Et Ewald de juger impératif un débat national sur les conditions de transformation d’une « hypothèse douteuse » [sic] (celle du réchauffement climatique en cours et à venir) en « dogme » [sic]. Et de voir en Allègre un nouveau Michel Foucault déconstruisant l’imposture climatique née des amours adultères de la science et du pouvoir ! Pauvre Foucault ! Jusqu’où notre sophiste ira-t-il pour défendre l’indéfendable ? L’éthique des sciences, cela commence par respecter les règles de la vie scientifique : le souci de la démonstration et de la preuve, la précision des sources, la publication de travaux dans des revues scientifiques, tous éléments qui mettent à l’épreuve des allégations ou hypothèses avant d’en faire un savoir admis digne d’être communiqué comme tel au grand public. Ce qui est reproché à Allègre, ce n’est pas d’avoir des idées et des opinions, aussi farfelues et brouillonnes soient-elles, mais d’usurper l’autorité de la science sans en respecter aucune des règles. Allègre le revendique d’ailleurs en faisant de sa position de sniper de la communauté scientifique Article publié par EDP Sciences 188 O. Godard : Natures Sciences Sociétés 18, 187-189 (2010) compétente la preuve intrinsèque et ultime qu’il a raison : tous les génies n’ont-ils pas bousculé les préjugés et les routines de leur temps ? À la suite d’Allègre, Ewald met en cause les modèles numériques utilisés par les climatologues. Il y voit une base précaire. Il oublie de dire que les modèles du climat ne sont pas de pures constructions statistiques montées à l’aveugle, mais qu’ils sont fondés sur la théorie physique la plus incontestable ; qu’un système unique d’équations permet de reproduire les saisons et les différents climats régionaux et qu’ils ne parviennent à reproduire les évolutions observées depuis le XIXe siècle qu’en prenant en compte l’effet de l’accumulation atmosphérique de gaz à effet de serre. Foin des humeurs du soleil et du magnétisme ! Aucune équipe de modélisation n’a encore réussi à construire un modèle du climat compatible avec la physique et avec les données d’observation qui ne conduise pas à un réchauffement global de la planète. Pourtant, il y aurait le Nobel à la clé en cas de succès. Alors, parler d’hypothèse douteuse comme le fait Ewald ! Quant à la théorie du complot ourdi par une science appliquée assoiffée de crédits, elle n’est pas nouvelle du tout. Yves Lenoir l’avait mobilisée en des termes très similaires dans un livre publié en 1992, au titre évocateur : La Vérité sur l’effet de serre : le dossier d’une manipulation planétaire. Il utilisait déjà des procédés rhétoriques, révélés en leur temps pour ce qu’ils étaient1 . Il y eut aussi, la même année, sur le problème connexe de l’ozone stratosphérique, Ozone, un trou pour rien. Le genre n’a pas désempli depuis lors. Il est troublant de voir le succès des balivernes climato-sceptiques auprès de l’opinion et de certains médias tout frétillants de pouvoir mettre à terre ce qu’ils avaient porté, il y a peu, au rang des causes les plus élevées. Il est triste de voir une certaine intelligentsia, écrivains, « penseurs médiatiques », philosophes de salon, qui ne connaissent pas plus la science du climat que la science tout court, se rallier aux faussaires ou aux bouffons dans lesquels ils voient le nec plus ultra d’une science innovante qui ose renverser la pensée unique avec courage. Du haut de leur incompétence, ils jugent que les milliers de scientifiques qui font leur travail avec sérieux sont des idéologues ou des incapables, sauf dans l’art de la manipulation, mais que nos imposteurs médiatiques sont les savants qui disent enfin la vérité sur la nudité du roi... Il y a un point d’importance dans la rhétorique d’Ewald le sophiste, comme de tous ceux qui veulent a (...truncated)


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Olivier Godard. Le climat, l’imposteur et le sophiste, Natures Sciences Sociétés, 2010, pp. 187-189, Volume 18, Issue 2, DOI: 10.1051/nss/2010023