Plants and their use by the people of Northern Cameroon: selection and use in the nineteenth and twentieth centuries
Des végétaux et leurs usages chez les peuples du Nord-Cameroun
Des végétaux et leurs
usages chez les peuples du
Nord-Cameroun: sélection
et mode d’emploi du XIXe
au XXe siècle
Plants and their use by the
people of Northern Cameroon:
selection and use in the
nineteenth and twentieth
centuries
GORMO, Jean; NIZESETE, Bienvenu
Denis. Des végétaux et leurs usages chez
les peuples du Nord-Cameroun: sélection
et mode d’emploi du XIXe au XXe siècle.
História, Ciências, Saúde – Manguinhos,
Rio de Janeiro, v.20, n.2, abr.-jun. 2013,
p.587-607.
Abstract
La polyvalence fonctionnelle des
végétaux se matérialise à travers les
nombreux usages que les peuples
du Nord-Cameroun en font. Ils ont
mis sur place un savoir-faire local qui
leur a permis d’exploiter de manière
efficace leur environnement végétal. La
disparition des essences de valeur les
oblige à développer d’autres stratégies
en relation avec une nouvelle ère
marquée par la consommation de
produits manufacturés. Le présent
article récapitule les principaux usages
des plantes par les peuples du NordCameroun, évalue leurs stratégies de
mise en valeur des herbacées et des
ligneux et interroge sur la validité des
dispositions en cours portant sur la
préservation du patrimoine végétal mis
en péril par l’homme et par la nature.
Mots clés: végétaux; Nord-Cameroun;
patrimoine végétal; plantes médicinales;
surexploitation.
Abstract
Jean Gormo
Enseignant à l’École Normale Supérieure/Université de Maroua;
chercheur au Centro de Estudos Africanos da Universidade do Porto.
BP 55 Maroua – Cameroun
Bienvenu Denis Nizesete
Enseignant à l’Institut Supérieur du Sahel/Université de Maroua.
BP 55 Maroua – Cameroun
The functional versatility of plants can
be seen in their numerous uses by the
people of Northern Cameroon. They have
implemented local know-how which has
allowed them to effectively exploit their
botanical environment. The disappearance of
valuable species has forced them to develop
other strategies, with a new era marked by
the consumption of manufactured products.
This article summarizes the principal uses of
plants by the people of Northern Cameroon,
evaluates their strategies for extracting value
from grasses and woods, and questions the
validity of the measures currently in place to
preserve the botanical heritage at risk due to
the actions of man and nature.
Keywords: plants; Northern Cameroon;
botanical heritage; medicinal plants;
overexploitation.
Recebido para publicação em janeiro de 2012.
Aprovado para publicação em maio de 2012.
v.20, n.2, abr.-jun. 2013, p.587-607
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Jean Gormo, Bienvenu Denis Nizesete
M
atière première et source d’énergie, le végétal est exploité et utilisé depuis des siècles
par l’homme pour répondre à ses multiples besoins. C’est le cas des peuples du NordCameroun. En dépit d’un environnement faiblement boisé, fréquemment pris d’assaut par
les feux de brousse et par les défrichements, ces populations ont su tirer le meilleur profit des
différentes potentialités de la flore régionale. Les ressources ligneuses et herbacées, cultivées ou
spontanées, fournissent en effet aux hommes des aliments, du bois d’œuvre pour l’architecture,
le mobilier quotidien et rituel, les instruments de musique, les armes de guerre et de chasse,
des outils de pêche et des instruments aratoires. Elles servent également de bois de chauffage
et de bois de chauffe. C’est à juste titre que Parmentier considère le bois comme “la plus
ancienne ressource naturelle de l’homme. Il lui a fourni chauffage, outils, nourriture, et abri
tout au long de son interminable voyage à travers les âges ” (Parmentier, 1977, p.1) Mais au
fil du temps, les cataclysmes naturels comme la sécheresse, la pratique courante des cultures
itinérantes sur brûlis, la création des plantations permanentes, l’élevage du gros bétail, la
coupe du bois de feu, en particulier dans la savane aux environs des villes et le long des
principales voies de communication, la construction des retenues d’eau, l’urbanisation, la
croissance démographique et l’extension du réseau routier vont se conjuguer pour aboutir au
déboisement de vastes régions. Cette nouvelle donne va perturber et modifier divers usages
et traditions des populations locales et les contraindre à adopter des comportements de
plus en plus favorables au maintien de la biodiversité végétale. Le présent article récapitule
les principaux usages des plantes par ces peuples, évalue leurs stratégies de mise en valeur
des herbacées et des ligneux et interroge la validité des dispositions en cours portant sur la
préservation du patrimoine végétal mis en péril par l’homme et par la nature.
Des légumes-feuilles des champs et de brousse
Les peuples du Nord-Cameroun perçoivent le couvert végétal comme la matrice nourricière
qui assure la continuité de la vie sur terre. Il est ainsi valorisé de par son infinie capacité à fournir
du bois, à porter des fruits, des légumes et des fleurs, à se régénérer sans se lasser. Le couvert
végétal est donc vital et essentiel à la vie de tous les hommes. C’est pourquoi des précautions
sont à prendre pour éviter tout déboisement sauvage potentiellement cataclysmique. Outre
les produits qu’elle fournit directement, la flore exerce un rôle important dans la protection
de l’environnement. Elle protège le sol de l’érosion entraînée par le rayonnement solaire, la
pluie et le vent. Les arbres favorisent la fixation de l’azote et font remonter d’autres éléments
nutritifs des couches plus profondes de la terre. Les feuilles mortes en formant une litière,
constituent un engrais vert qui nourrit la terre. Les feuilles vertes nourrissent les bêtes et les
hommes.
Modalités pratiques de cueillette des feuilles. La cueillette, loin d’être seulement une
survivance des techniques d’approvisionnement des nourritures sauvages, représente de
nos jours encore une pratique courante en milieu rural au Nord-Cameroun. Ici, la cueillette
des légumes sauvages utilisés comme ingrédients des sauces de couscous de mil ou de
maïs, est un sport réservé spécialement aux femmes et aux jeunes garçons. Pour obtenir les
feuilles-légumes du Moringa pterygosperma, d’Adansonia digitata ou du Borassus aethiopum par
exemple, il faut parfois se hisser au faîte de l’arbre d’où l’intérêt pour tous d’apprendre dès leur
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História, Ciências, Saúde – Manguinhos, Rio de Janeiro
Des végétaux et leurs usages chez les peuples du Nord-Cameroun
tendre enfance à grimper aux arbres. Couteaux de cuisine, gaule en bois longue de plusieurs
mètres prolongent les bras des cueilleurs tantôt debout au pied de l’arbre, tantôt couchés
sur les branches. Les saisons de cueillette de fruits et de feuilles obéissent à leurs périodes
de maturation. Les produits de cueillette se succèdent en effet pendant toutes les saisons de
l’année. Les feuilles de Balanites aegyptiaca par exemple sont cueillies toute l’année alors que
ses fruits ne sont disponibles que de février à avril. Le baobab (Adansonia digitata) fournit tout
au long de l’ann (...truncated)