Services climatiques : des outils pour les territoires ?

Sciences, Eaux & Territoires, Aug 2019

Le développement des « services climatiques » est en plein essor, avec pour objectif de mettre à disposition des outils et des éléments d’aide à la décision pour les entreprises et les gestionnaires des infrastructures, des ressources et des territoires. Cet article présente les enjeux généraux du développement de ces services pour les territoires, illustre comment cette réflexion a pu être instruite dans le cadre du projet AdaMont, et ouvre la discussion sur quelques perspectives et défis futurs.

Services climatiques : des outils pour les territoires ?

84 Actions et sensibilisations Services climatiques : des outils pour les territoires ? Le développement des « services climatiques » est en plein essor, avec pour objectif de mettre à disposition des outils et des éléments d’aide à la décision pour les entreprises et les gestionnaires des infrastructures, des ressources et des territoires. Cet article présente les enjeux généraux du développement de ces services pour les territoires, illustre comment cette réflexion a pu être instruite dans le cadre du projet AdaMont, et ouvre la discussion sur quelques perspectives et défis futurs. La notion de services climatiques Météorologie et climat : des complémentarités évidentes Les conditions météorologiques déterminent une grande part du fonctionnement quotidien des entreprises humaines individuelles et collectives, et de la disponibilité des ressources sur lesquelles elles s'appuient. Qu'il s'agisse de la température de l'air, de l'occurrence et de la quantité de précipitation sous forme de pluie ou de neige, de la vitesse du vent, du rayonnement solaire, de la qualité de l'air, plusieurs variables météorologiques influencent directement le fonctionnement des écosystèmes naturels ou gérés, et modifient leurs conditions d'exploitation. De toute évidence, les conditions météorologiques jouent un rôle important pour les écosystèmes et les activités humaines, non seulement en valeur instantanée, mais aussi à plus long terme, celui du mois, de la saison, voire de la décennie. L’angle climatique, à long terme, traduit la distribution statistique des conditions météorologiques auxquelles le territoire est exposé (moyennes, dites normales, et valeurs rares ou extrêmes). L’angle météorologique, concernant le temps qu'il fait et qu'il fera à court terme (quelques heures à quelques jours), traduit la capacité de suivi et d'anticipation à court terme des phénomènes atmosphériques et leurs impacts, y compris les risques naturels. :::::::::::::: Sciences Eaux & Territoires n° 28 – 2019 La combinaison de l'approche climatique de long terme (à quoi doit-on, ou peut-on s'attendre ?) et des capacités de suivi et de prévision à court terme (peut-on quotidiennement mesurer et anticiper un événement potentiellement favorable ou dévastateur ?) permet de construire des stratégies de prévention et de prévision, en d'autres termes de définir les activités humaines qui peuvent raisonnablement s'établir en un lieu donné, et leurs conditions d'exercice. Avant le développement de méthodes de prévision météorologique relativement fiables dans la deuxième moitié du siècle dernier, l'approche climatique a implicitement fondé les choix d'implantation des sociétés et activités humaines, la connaissance climatique acquise au sujet d'un lieu permettant de mesurer son degré d'habitabilité. L'émergence de méthodes scientifiques pour des prévisions météorologiques dont la fiabilité est, le plus souvent, sous nos latitudes, satisfaisante pendant plusieurs jours, a initialement relégué au second plan la climatologie, qui repose avant tout sur la compilation et l'analyse de données mesurées. En effet, si le climat est stationnaire dans le temps, sa connaissance basique peut être jugée satisfaisante en certains lieux à partir d'une période de mesure de quelques décennies. Il est donc tentant de se contenter d'informations climatiques acquises et mobiliser les progrès de la prévision pour gérer au quotidien les éventuelles situations Services climatiques : des outils pour les territoires ? à enjeu. L'irruption de la prise de conscience scientifique, puis politique et sociétale, du changement climatique, depuis les années 1990, replace l'enjeu de la connaissance climatique au cœur des problématiques d'aménagement des territoires. En effet, le changement climatique induit une non-stationnarité des « normales » climatiques, et conduit dans un nombre croissant de cas à interroger certains choix d'aménagement au regard de l'évolution climatique future. Ce besoin d'information à tous niveaux géographiques d’action publique et privée a récemment débouché sur la formalisation de la notion de « service climatique ». Genèse et évolution des services climatiques L'Organisation météorologique mondiale (OMM) a établi en 2009 un cadre international sur les services climatiques (Global Framework for Climate Services – GFCS). Il a pour vocation « d'aider les sociétés à mieux gérer les risques et perspectives associés à la variabilité et à l'évolution du climat, en particulier les groupes les plus vulnérables ». Ce cadre international se décline selon cinq objectifs prioritaires : •• réduire la vulnérabilité des populations aux risques climatiques grâce à l'amélioration des services climatiques fournis ; •• faire progresser les principaux objectifs de développement à l'échelle de la planète en améliorant la fourniture de l'information climatologique ; •• intégrer l'information climatologique dans le processus décisionnel ; •• renforcer l'implication des fournisseurs et des utilisateurs des services climatologiques ; •• maximiser l'utilité de l'infrastructure existante des services climatologiques. Ces objectifs généraux sont déclinés par diverses organisations nationales et internationales. En France, l'Alliance nationale de recherche pour l'environnement (Allenvi) propose la définition suivante : « le terme « services climatiques » désigne l’ensemble des informations et prestations qui permettent d’évaluer et de qualifier le climat passé, présent ou futur, d'apprécier les impacts des changements climatiques sur l'activité économique, la société et l'environnement, et de fournir des éléments pour entreprendre des mesures d’atténuation et d'adaptation. » Cette définition est centrée sur les évolutions passées et futures de long terme, et correspond le plus souvent à l'idée générale associée à la notion de service climatique. Actions et sensibilisations 85 Il existe en France différents types de services en cours de déploiement ou de développement, fourniture de données climatiques et de projections (portail national Drias – Les futurs du climat 1, site et application de MétéoFrance ClimatHD 2 et offre de services de Météo-France et d’autres organismes), observatoires régionaux du climat (ORECC 3, OPCC 4…) et démarches de synthèse régionales (AcclimaTerra 5, GREC Sud 6), développement de démonstrateurs dans le cadre de la Convention nationale services climatiques, développement d’un Centre de ressources pour l’adaptation au changement climatique 7. En Europe, différentes initiatives proposent des études et outils pour l’aide à la décision pour les organisations, filières économiques et gouvernements, tels que l’UKCIP 8 qui propose différents services pour large partie inspirés des méthodes d’analyse métiers et d’analyse de risque, ou la CIPRA 9 qui propose une boite à outils pour l’adaptation au changement climatique pour les territoires alpins, également inspirée de l’analyse métier. La communauté de connaissance et d’i (...truncated)


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MORIN, Samuel, MORIN, Samuel. Services climatiques : des outils pour les territoires ?, Sciences, Eaux & Territoires, 2019, pp. 84-89, Volume 28,