Les villes romaines en Normandie et la transmission de nouveaux modes de vie dans le nord de la Gaule

Études et Travaux (Institut des Cultures Méditerranéennes et Orientales de l’Académie Polonaise des Sciences), Jan 2014

Terms related to the Romanization of Normandy at the early stages of a new provincial organizations deserve the attention and scrutiny due to the different nature of the adaptation patterns, from the capital on distant north to the area of Mediterranean Gaul. Differences were already well presented to view in Caesar’s ‘Gallic Wars’. This dissident situation in northern Gaul refers to the practical lack of communication between previous inhabitants of these lands and the Romans, which took place in the southern part of the province. Recently a number of archaeological studies has provided information on adapting structures existing in Normandy to the Roman model. The main factor for the spread of new ideas, and also for the subordination of the local population, was a high level of urbanization of the province. Roman culture and new patterns of life were disseminated mainly by towns. The process of Romanization of Normandy is a very broad question, so the author has decided to choose one site that could serve as a model of such a new city, namely Lillebonne (formerly Port of Juliobona), located just a few kilometers from the bed of the Seine in the department of Seine-Maritime. This particular city seems to be well representative case, due to the large number of Roman objects, numerous monuments of exceptional rank and a rich history of archaeological research, dating back to the first half of the nineteenth century. An important fact that should be taken into account when discussing issues of Normandy Romanization is a phenomenon that might be called ‘long origins’. While the founding of the city is associated with the rule of the Julio-Claudian dynasty and we can locate it in the forties of the first century, the main monuments typical for the Roman city appear there only by the very end of the century, i.e. c. 50 years later: this applies to the first amphitheater, since the baths appeared in Juliobona even later on, at the turn of the second century. Similarly, most of the material and historical objects comes from the end of the second and from the third century – which might mean that the role of Rome in the establishment of the cities of Normandy was to designate their location, boundaries and topography. What is more, it seems that the development and construction of prestigious buildings depended firmly on the economic success of inhabitants of these cities.

Les villes romaines en Normandie et la transmission de nouveaux modes de vie dans le nord de la Gaule

INSTITUT DES CULTURES MÉDITERRANÉENNES ET ORIENTALES DE L’ACADÉMIE POLONAISE DES SCIENCES ÉTUDES et TRAVAUX XXVII 2014 K S Les villes romaines en Normandie et la transmission de nouveaux modes de vie dans le nord de la Gaule 358 K S LA NORMANDIE AVANT LA CONQUÊTE ROMAINE : LA GÉOGRAPHIE DE LA RÉGION, LA DIVISION ENTRE LES TRIBUS GAULOISES, L’ORGANISATION DE L’ESPACE La Normandie, avec environ 600 km de côte donnant sur la Manche, ainsi que d’immenses réseaux fluviaux engendrés par la Seine et l’Orne, offrait de vastes possibilités pour un développement commercial de la future province gauloise. Elle pouvait devenir une base logistique de premier ordre pour les projets d’invasion de la Bretagne, elle est donc une région stratégique de la Gaule. Le transport fluvial y était d’une importance primordiale pendnat les premières phases de romanisation, alors que le réseau routier n’était pas encore en place. Plus commode, il était utilisé pour le transport des marchandises entre les côtes méditerranéennes et britanniques, d’où on importait l’étain, via des fleuves et rivières orientés sur un axe nord-sud (le Rhône, la Saône, la Loire et la Seine avec leurs affluents)1. Pour ces raisons, de nouvelles villes romaines en Normandie étaient localisées aux bords des rivières à des points cruciaux pour le contrôle de la circulation des marchandises et des personnes, ce qui était aussi d’importantce militaire. Nous devons notre savoir sur les tribus qui peuplaient la Normandie avant la conquête romaine principalement à Jules César et à son œuvre Commentarii de Bello Galico dans lequel nous trouvons les noms de Calètes et Veliocasses, qui habitaient la rive droite de la Seine et étaient identifiés avec les Belges ; et ceux des Lexoviens, Aulerques Eburovices et Unelles qui appartenaient aux peuples vivant au bord de l’Océan « et qui se donn[aient] le nom d’Armoricains »2. César cite aussi les autres noms de ce groupe mais leur localisation exacte reste encore inconnue. La Seine constituait d’une part une sorte de frontière entre les Belges et Celtes, mais de l’autre part, étant la voie navigable principale de la région, elle facilitait la communication. Aussi les autres tribus occupaient des unités territoriales suivant les frontières naturelles telles que les rivières et les collines3. Depuis la moitié du IIe siècle av. J.-C., sur des emplacement de valeurs naturellement défensives, tels que les collines sur les terrains plats et les méandres des rivières, on observe la construction de plusieurs villes gauloises portant le nom latin d’oppidum. À part de fonctions sociales et militaires, elles jouaient en Normandie aussi le rôle d’intermédiaires commerciales. Pour ces raisons, les peuples indigènes ont préféré, afin de les rendre plus accessibles, de choisir des sites à proximités de voies commerciales, plutôt que de les isoler sur les hauteurs, contrairement à ce qui se faisait sur le reste du territoire gaulois4. Les oppida tels que Saint-Nicoles-de-la-Taille, Caudebec-en-Caux, Saint-Pierre-de-Varangeville, Yainville, Orival, Le Thuit, Vernon, situés aux bords de la Seine à distance de quelques kilomètres l’un de l’autre, en étaient de bons exemples5. L. B , La navigation intérieure de la Gaule à l’époque gallo-romaine, Paris 1913, pp. 1–7. Caes., Bel. Gal. VII, 75. 3 D. H , Lillebonne au temps des Gallo-Romains, Lillebonne 2001 [= Lillebonne], p. 5. 4 C. L , G. F , Lillebonne des origines à nos jours, Saint-Georges-de-Luzençon 1989 [= Origines], pp. 41–42. 5 Université de Strasburg, Oppida : premières villes au nord des Alpes (consulté en ligne le 21 avril 2013) http://www.oppida.org/. 1 2 L N ... 359 Cependant la région était plutôt de caractère rural et la majeure partie de Celtes et de Belges occupait les campagnes, soit dans les villages, soit des fermes isolées, où ils cultivaient notamment du lin. Les fermes combinaient les habitations et les bâtiments de caractère agricole, pastorale et artisanale6. Puisque les Gaulois ne connaissaient pas l’architecture de pierre, ils construisaient leurs bâtiments uniquement en matériel organique tel que le bois, le torchis et la chaume7. LA CONQUÊTE MILITAIRE ET L’ORGANISATION ADMINISTRATIVE DE NOUVELLE PROVINCE L’invasion militaire de César dans la Normandie débuta en 57 av. J.-C. et, selon lui, elle était provoquée par les tribus belges qui « conspiraient contre Rome et échangeaient des otages »8. Il y vit plusieurs raisons à de tels mouvements chez les peuples belges, s’en servant de prétexte pour l’agression : [...] d’abord, ils craignaient qu’une fois tout le reste de la Gaule pacifié nous ne menions contre eux nos troupes ; puis, un assez grand nombre de Gaulois les sollicitaient : les uns, de même qu’ils n’avaient pas voulu que les Germains s’attardassent en Gaule, supportaient mal de voir une armée romaine hiverner dans leur pays et s’y implanter ; les autres, en raison de la mobilité et de la légèreté de leur esprit, rêvaient de changer de maîtres ; ils recevaient aussi des avances de plusieurs personnages qui – le pouvoir se trouvant généralement en Gaule aux mains des puissants et des riches qui pouvaient acheter des hommes – arrivaient moins facilement à leurs fins sous notre dominations9. La conquête de la Normandie a pu être aussi motivée par les projets de César concernant l’expédition en Bretagne d’où venaient les contingents renforçant les forces gauloises sur le continent. Pour la réaliser, l’extenssion de stable pouvoir romain sur les côtes nord de la Gaule les plus proches des côtes britanniques était indispensable. Durant sa campagne en Normandie, César fit face à une forte résistance de la part des tribus celtes et des redoutables peuples belges. Pourtant, à l’aide de Publius Crassus, il parvient à pacifier la Normandie et y fit hiverner ses légions pendant les trois années suivantes. Cela n’empêcha pas l’éclat des rébellions de moindre importance, comme celle des Lexoviens en 56 av. J.-C.10. Alliés avec les Aulerques et les Eburovices, réunis sous le commandement de Viridovix, ils s’acharnaient à échapper à l’autorité césarienne. Ils y parvinrent pendant deux ans, jusqu’à l’affrontement avec les légions de Quintus Titurius Sabinus remportant une victoire décisive sur les rebelles à l’emplacement de la ville actuelle de Petit-Celland (Manche)11. Malgré cette défaite, les tribus du nord restèrent assez C. G -C , La Normandie gallo-romaine, Cully 2007 [= Normandie], p. 6. L ,F , Origines, p. 42. 8 Caes., Bel. Gal. II, 1. 9 Ibidem. 10 J.J. H , Histoire de la Gaule romaine (120 avant J.C. – 451 après J.C.), Colonilisation ou colonialisme?, Paris 1959 [= Histoire], pp. 53–54. 11 Caes., Bel. Gal. III, 17–18. 6 7 360 K S forts pour pouvoir envoyer des contingents pour soutenir Vercingétorix en 52 av. J.-C. et de se soulever contre l’autorité romaine encore un an après la bataille d’Alésia, dernière rébellion connue des Caletès, Véliocasses et Aulerques12. La mise en place de l’administration romaine sur le terra (...truncated)


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Sielicka Katarzyna. Les villes romaines en Normandie et la transmission de nouveaux modes de vie dans le nord de la Gaule, Études et Travaux (Institut des Cultures Méditerranéennes et Orientales de l’Académie Polonaise des Sciences), 2014, Issue 27,