Les villes romaines en Normandie et la transmission de nouveaux modes de vie dans le nord de la Gaule
INSTITUT DES CULTURES MÉDITERRANÉENNES ET ORIENTALES
DE L’ACADÉMIE POLONAISE DES SCIENCES
ÉTUDES et TRAVAUX
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Les villes romaines en Normandie
et la transmission de nouveaux modes de vie
dans le nord de la Gaule
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LA NORMANDIE AVANT LA CONQUÊTE ROMAINE :
LA GÉOGRAPHIE DE LA RÉGION, LA DIVISION ENTRE LES TRIBUS
GAULOISES, L’ORGANISATION DE L’ESPACE
La Normandie, avec environ 600 km de côte donnant sur la Manche, ainsi que d’immenses
réseaux fluviaux engendrés par la Seine et l’Orne, offrait de vastes possibilités pour un
développement commercial de la future province gauloise. Elle pouvait devenir une base
logistique de premier ordre pour les projets d’invasion de la Bretagne, elle est donc une
région stratégique de la Gaule. Le transport fluvial y était d’une importance primordiale
pendnat les premières phases de romanisation, alors que le réseau routier n’était pas encore
en place. Plus commode, il était utilisé pour le transport des marchandises entre les côtes
méditerranéennes et britanniques, d’où on importait l’étain, via des fleuves et rivières
orientés sur un axe nord-sud (le Rhône, la Saône, la Loire et la Seine avec leurs affluents)1.
Pour ces raisons, de nouvelles villes romaines en Normandie étaient localisées aux bords
des rivières à des points cruciaux pour le contrôle de la circulation des marchandises et
des personnes, ce qui était aussi d’importantce militaire.
Nous devons notre savoir sur les tribus qui peuplaient la Normandie avant la conquête
romaine principalement à Jules César et à son œuvre Commentarii de Bello Galico dans
lequel nous trouvons les noms de Calètes et Veliocasses, qui habitaient la rive droite de la
Seine et étaient identifiés avec les Belges ; et ceux des Lexoviens, Aulerques Eburovices
et Unelles qui appartenaient aux peuples vivant au bord de l’Océan « et qui se donn[aient] le
nom d’Armoricains »2. César cite aussi les autres noms de ce groupe mais leur localisation
exacte reste encore inconnue. La Seine constituait d’une part une sorte de frontière entre
les Belges et Celtes, mais de l’autre part, étant la voie navigable principale de la région,
elle facilitait la communication. Aussi les autres tribus occupaient des unités territoriales
suivant les frontières naturelles telles que les rivières et les collines3.
Depuis la moitié du IIe siècle av. J.-C., sur des emplacement de valeurs naturellement
défensives, tels que les collines sur les terrains plats et les méandres des rivières, on observe
la construction de plusieurs villes gauloises portant le nom latin d’oppidum. À part de
fonctions sociales et militaires, elles jouaient en Normandie aussi le rôle d’intermédiaires
commerciales. Pour ces raisons, les peuples indigènes ont préféré, afin de les rendre plus
accessibles, de choisir des sites à proximités de voies commerciales, plutôt que de les isoler
sur les hauteurs, contrairement à ce qui se faisait sur le reste du territoire gaulois4. Les
oppida tels que Saint-Nicoles-de-la-Taille, Caudebec-en-Caux, Saint-Pierre-de-Varangeville,
Yainville, Orival, Le Thuit, Vernon, situés aux bords de la Seine à distance de quelques
kilomètres l’un de l’autre, en étaient de bons exemples5.
L. B
, La navigation intérieure de la Gaule à l’époque gallo-romaine, Paris 1913, pp. 1–7.
Caes., Bel. Gal. VII, 75.
3
D. H
, Lillebonne au temps des Gallo-Romains, Lillebonne 2001 [= Lillebonne], p. 5.
4
C. L
, G. F
, Lillebonne des origines à nos jours, Saint-Georges-de-Luzençon 1989 [= Origines], pp. 41–42.
5
Université de Strasburg, Oppida : premières villes au nord des Alpes (consulté en ligne le 21 avril 2013)
http://www.oppida.org/.
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Cependant la région était plutôt de caractère rural et la majeure partie de Celtes et
de Belges occupait les campagnes, soit dans les villages, soit des fermes isolées, où ils
cultivaient notamment du lin. Les fermes combinaient les habitations et les bâtiments de
caractère agricole, pastorale et artisanale6. Puisque les Gaulois ne connaissaient pas l’architecture de pierre, ils construisaient leurs bâtiments uniquement en matériel organique tel
que le bois, le torchis et la chaume7.
LA CONQUÊTE MILITAIRE ET L’ORGANISATION ADMINISTRATIVE
DE NOUVELLE PROVINCE
L’invasion militaire de César dans la Normandie débuta en 57 av. J.-C. et, selon lui, elle
était provoquée par les tribus belges qui « conspiraient contre Rome et échangeaient des
otages »8. Il y vit plusieurs raisons à de tels mouvements chez les peuples belges, s’en
servant de prétexte pour l’agression :
[...] d’abord, ils craignaient qu’une fois tout le reste de la Gaule pacifié nous ne menions
contre eux nos troupes ; puis, un assez grand nombre de Gaulois les sollicitaient : les uns,
de même qu’ils n’avaient pas voulu que les Germains s’attardassent en Gaule, supportaient
mal de voir une armée romaine hiverner dans leur pays et s’y implanter ; les autres, en
raison de la mobilité et de la légèreté de leur esprit, rêvaient de changer de maîtres ;
ils recevaient aussi des avances de plusieurs personnages qui – le pouvoir se trouvant
généralement en Gaule aux mains des puissants et des riches qui pouvaient acheter des
hommes – arrivaient moins facilement à leurs fins sous notre dominations9.
La conquête de la Normandie a pu être aussi motivée par les projets de César concernant
l’expédition en Bretagne d’où venaient les contingents renforçant les forces gauloises sur
le continent. Pour la réaliser, l’extenssion de stable pouvoir romain sur les côtes nord de
la Gaule les plus proches des côtes britanniques était indispensable.
Durant sa campagne en Normandie, César fit face à une forte résistance de la part
des tribus celtes et des redoutables peuples belges. Pourtant, à l’aide de Publius Crassus,
il parvient à pacifier la Normandie et y fit hiverner ses légions pendant les trois années
suivantes. Cela n’empêcha pas l’éclat des rébellions de moindre importance, comme celle
des Lexoviens en 56 av. J.-C.10. Alliés avec les Aulerques et les Eburovices, réunis sous
le commandement de Viridovix, ils s’acharnaient à échapper à l’autorité césarienne. Ils
y parvinrent pendant deux ans, jusqu’à l’affrontement avec les légions de Quintus Titurius Sabinus remportant une victoire décisive sur les rebelles à l’emplacement de la ville
actuelle de Petit-Celland (Manche)11. Malgré cette défaite, les tribus du nord restèrent assez
C. G
-C
, La Normandie gallo-romaine, Cully 2007 [= Normandie], p. 6.
L
,F
, Origines, p. 42.
8
Caes., Bel. Gal. II, 1.
9
Ibidem.
10
J.J. H , Histoire de la Gaule romaine (120 avant J.C. – 451 après J.C.), Colonilisation ou colonialisme?,
Paris 1959 [= Histoire], pp. 53–54.
11
Caes., Bel. Gal. III, 17–18.
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forts pour pouvoir envoyer des contingents pour soutenir Vercingétorix en 52 av. J.-C. et
de se soulever contre l’autorité romaine encore un an après la bataille d’Alésia, dernière
rébellion connue des Caletès, Véliocasses et Aulerques12.
La mise en place de l’administration romaine sur le terra (...truncated)