Entre gallophobie et gallomanie : la perception de la France chez les marchands américains en voyage, 1776 - 1815

XVII-XVIII, Jan 2019

As the American colonies announced their political break from the Mother Country in 1776, France was getting ready to offer the insurgents a military and economic cooperation. American merchants were at the core of these newly developed networks, and by travelling to France, were able to rethink their stereotyped vision, strengthen exchanges, and define their national identity. What perception of France emerges from the writings of these merchants travelling between the two wars of independence (1776-1815)? The age-old enemy turns into an economic partner, a ‘sister-republic’ in 1789 and a new cultural model. But from 1793, as France plunges into the Terror, the revolutionary and Napoleonic wars, admiration gave way to suspicion and repulsion. American travellers then realise they will not forge their identity by imitating European powers, but by turning away from them.

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Entre gallophobie et gallomanie : la perception de la France chez les marchands américains en voyage, 1776 - 1815

XVII-XVIII Revue de la Société d’études anglo-américaines des XVIIe et XVIIIe siècles 69 | 2012 La France et les Français Entre gallophobie et gallomanie : la perception de la France chez les marchands américains en voyage, 1776 - 1815 Maud Gallet‑Guillon Édition électronique URL : http://journals.openedition.org/1718/612 DOI : 10.4000/1718.612 ISSN : 2117-590X Éditeur Société d'études anglo-américaines des XVIIe et XVIIIe siècles Édition imprimée Date de publication : 31 décembre 2012 Pagination : 117-136 ISBN : 978-2-9536021-3-5 ISSN : 0294-3798 Référence électronique Maud Gallet‑Guillon, « Entre gallophobie et gallomanie : la perception de la France chez les marchands américains en voyage, 1776 - 1815 », XVII-XVIII [En ligne], 69 | 2012, mis en ligne le 15 juillet 2016, consulté le 23 septembre 2019. URL : http://journals.openedition.org/1718/612 ; DOI : 10.4000/1718.612 XVII-XVIII is licensed under a Creative Commons Attribution-NonCommercial-NoDerivatives 4.0 International License. ENTRE GALLOPHOBIE ET GALLOMANIE : LA PERCEPTION DE LA FRANCE CHEZ LES MARCHANDS AMÉRICAINS EN VOYAGE, 1776 - 1815 Alors que les colonies américaines proclament en 1776 leur rupture politique avec la Mère Patrie, la France propose aux insurgés une coopération militaire et commerciale. Les marchands américains sont au cœur des nouveaux réseaux d’échanges franco-américains, et un séjour dans le pays leur permet de dépasser leurs a priori, nouer des contacts et définir l’identité nationale de la jeune République. Comment la France est-elle perçue dans les récits des marchands en voyage entre les deux guerres d’Indépendance (1776-1815) ? L’ennemi de toujours devient un partenaire économique, une « république-sœur » en 1789 et un nouveau modèle culturel. Mais alors qu’à partir de 1793 la France s’enfonce dans la Terreur, les guerres révolutionnaires puis napoléoniennes, l’admiration fait place à la suspicion et à la répulsion. Les voyageurs américains prennent conscience qu’ils ne forgeront pas leur identité en imitant l’Europe, mais en s’en détachant. As the American colonies announced their political break from the Mother Country in 1776, France was getting ready to offer the insurgents a military and economic cooperation. American merchants were at the core of these newly developed networks, and by travelling to France, were able to rethink their stereotyped vision, strengthen exchanges, and define their national identity. What perception of France emerges from the writings of these merchants travelling between the two wars of independence (1776-1815) ? The age-old enemy turns into an economic partner, a ‘sister-republic’ in 1789 and a new cultural model. But from 1793, as France plunges into the Terror, the revolutionary and Napoleonic wars, admiration gave way to suspicion and repulsion. American travellers then realise they will not forge their identity by imitating European powers, but by turning away from them. Maud GALLET-GUILLON. « Entre gallophobie et gallomanie : la perception de la France chez les marchands américains en voyage, 1776-1815 ». RSÉAA XVII-XVIII 69 (2012): 117-36. 118 MAUD GALLET - GUILLON L orsqu’en 1796, le marchand de Boston Thomas Handasyd Perkins est reçu par George Washington à Mount Vernon, il ne manque pas d’observer un portrait du Général La Fayette ainsi que l’une des clés de la Bastille sur les murs de sa chambre (Perkins 200). Ce sont là deux illustrations des innombrables liens qu’ont su tisser la France et les États-Unis entre la fin du XVIIIe siècle et le début du siècle suivant. Cependant, l’entente n’a pas toujours été cordiale, comme peuvent en témoigner les propos de John Quincy Adams dans la préface d’un ouvrage de Friedrich von Gentz qui compare les révolutions américaine et française : Adams nie toute ressemblance entre les deux événements, allant même jusqu’à affirmer que la première représente le bien quand la deuxième incarne le mal. 1 Ces deux exemples traduisent combien les relations franco-américaines ont été mouvementées au cours de la période, nourries successivement de suspicion, d’admiration, de fascination et de répulsion. Il s’agit ici d’examiner l’évolution de la perception de la France à travers les témoignages de plusieurs marchands américains en voyage entre les deux guerres d’Indépendance, de 1776 à 1815. Quel est le rôle joué par la France dans la construction de l’identité de la jeune République américaine ? Comme l’a montré Linda Colley, tout individu se construit en opposition par rapport à un « Autre » qui, pour les Américains, est avant tout britannique (Colley 5-6). Cependant, la France, en tant qu’allié militaire, partenaire économique et nouveau modèle culturel, intervient pleinement dans ce processus. Pour reprendre l’image utilisée par un Américain en 1798 dans la Gazette de Philadelphie, la France devient un « parent adoptif » vers lequel les colonies reportent leur affection après avoir été trahies par leur mère indigne et cruelle. 2 Lorsqu’en 1789 la France fait à son tour sa révolution, l’Amérique toute entière s’enthousiasme et y voit le triomphe des principes universels d’égalité et de liberté qui ont vu le jour aux États-Unis et se propagent à présent au Vieux Continent (Ziesche 7). Cependant, cet engouement retombe peu à peu : à partir de 1793, la France de la Terreur, régicide et excessive, divise la population américaine en deux camps – Fédéralistes anglophiles contre 1. « The plain sense of mankind will see the difference between [the American and French Revolutions] – The difference between right and wrong » (Von Gentz 3-4). 2. « By the breach with Britain, our national affections were partly […] transferred to France. She became our adopted parent, and under that title performed many acts of maternal duty » New-Hampshire Gazette, 5 juin 1798 (Hale 169). RSÉAA XVII-XVIII 69 (2012) LES MARCHANDS AMÉRICAINS EN VOYAGE 119 Républicains gallomanes – qui s’affrontent autour de la signification des événements français et, au-delà, du sens à donner à leur propre révolution et aux institutions qui en ont découlé. 3 Le cosmopolitisme des années 1790 cède alors la place à un patriotisme qui sort renforcé à chaque crise impliquant les deux grandes puissances européennes, et pousse les Américains à proclamer haut et fort la spécificité et la supériorité de leur modèle républicain. La norme est désormais américaine et les États-Unis se définissent en tournant le dos à la fois à l’Angleterre et à la France, comme le déclare un Américain anonyme en 1797 dans la Gazette de Virginie : « I am neither a Frenchman nor an Englishman, but a real native American ». 4 Il apparaît clairement que c’est au contact de la France – tout autant que celui de la GrandeBretagne – que l’identité américaine se précise et se renforce. Dans ce contexte, le séjour en France prend tout son sens puisqu’il offre aux visiteurs américains la possibilité de façonner une nouvelle image du pays en mettant à mal les stéréotypes hérités (...truncated)


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Maud Gallet‑Guillon. Entre gallophobie et gallomanie : la perception de la France chez les marchands américains en voyage, 1776 - 1815, XVII-XVIII, 2019, pp. 117-136, Issue 69, DOI: 10.4000/1718.612