Le révolutionnaire qui alluma la mèche : Ahmed Niyazi Bey de Resne
Cahiers balkaniques
40 | 2012
Jeunes-Turcs en Macédoine et en Ionie
Le révolutionnaire qui alluma la mèche : Ahmed
Niyazi Bey de Resne
Niyazi Bey from Resne: the Revolutionary who lit the Fuse
Fitili Ateşleyen İhtilâlci : Resne’li Niyazi Bey
Faruk Bilici
Édition électronique
URL : http://journals.openedition.org/ceb/1052
DOI : 10.4000/ceb.1052
ISSN : 2261-4184
Éditeur
INALCO
Édition imprimée
Date de publication : 9 janvier 2012
ISSN : 0290-7402
Référence électronique
Faruk Bilici, « Le révolutionnaire qui alluma la mèche : Ahmed Niyazi Bey de Resne », Cahiers
balkaniques [En ligne], 40 | 2012, mis en ligne le 31 mars 2012, consulté le 30 avril 2019. URL : http://
journals.openedition.org/ceb/1052 ; DOI : 10.4000/ceb.1052
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Le révolutionnaire qui alluma la mèche : Ahmed Niyazi Bey de Resne
Le révolutionnaire qui alluma la mèche :
Ahmed Niyazi Bey de Resne
Niyazi Bey from Resne: the Revolutionary who lit the Fuse
Fitili Ateşleyen İhtilâlci : Resne’li Niyazi Bey
Faruk Bilici
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Si la Révolution jeune-turque a été préparée et alimentée par des élites dans les grandes
villes ottomanes (Istanbul, Salonique, Izmir), mais aussi par des intellectuels opposants,
réfugiés à Paris, à Genève ou encore au Caire, sans l’implication directe et sur le terrain de
l’armée, elle n’aurait probablement pas pu avoir lieu1. Or, le rôle de la Troisième armée
basée en Macédoine, et plus particulièrement celui d’un certain nombre de jeunes
officiers, fut déterminant. En effet, l’armée ottomane est le lieu par excellence de la mise
en application des « utopies » positivistes des officiers formés dans les meilleures écoles
de l’empire. C’est une formation basée, surtout à partir des années 1880, sur de nouvelles
solidarités impersonnelles visant à créer, non pas une allégeance à la dynastie ottomane,
mais un nouveau type de citoyen voué à « sauver la patrie ». Formés par les meilleurs
enseignants, dont nombre sont d’origine étrangère, parlant des langues occidentales, en
contact avec la littérature et les sciences européennes, les cadets ottomans d’extraction
souvent populaire méprisent toute la vieille garde et le moule hiérarchique fondé sur la
relation maître / serviteur. Devant l’effritement de l’empire engendré par chaque guerre,
les dépenses excessives d’argent emprunté à grands frais aux organismes financiers
occidentaux, la corruption généralisée autour du palais, l’impuissance politique pour
répondre aux aspirations politiques des couches sociales et ethniques, l’officier ottoman
éprouve naturellement des sentiments de contestation.
2
L’un d’entre eux, Halil Pacha, résume l’état d’esprit de cette génération d’officiers :
« La gestion imbécile du palais nous créait tous les jours de nouvelles catastrophes. Si nous
ne donnions pas une nouvelle forme à la direction de l’État, ce désordre pouvait continuer
encore des années [...] Cela n’avait pas de fin et l’État se perdait. Si nous, nous ne tendions
pas la main à la patrie avec intelligence, qui pouvait le faire [...] ? L’idée de faire disparaître
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Le révolutionnaire qui alluma la mèche : Ahmed Niyazi Bey de Resne
l’influence du palais, et la remplacer par la main puissante du peuple était ancrée dans nos
têtes depuis les bancs de l’école »2.
Niyazi : de la Guerre turco-grecque à la Révolution
jeune-turque
3
C’est à la biographie de l’un de ces officiers ottomans, « prêts à faire disparaître
l’influence d’Abdülhamid et à la remplacer par la main du peuple » que cette étude est
consacrée.
Niyazi Bey
4
Après le traité de Berlin, près de la moitié de l’armée ottomane est mobilisée pour la
défense des vilayets de la Macédoine, la totalité de la Troisième armée (basée parfois à
Salonique, parfois à Monastir), fondée en 1843, une partie de la Deuxième armée (basée à
Edirne) ainsi que différentes unités prélevées sur les autres armées, affaiblissant ainsi
dangereusement la défense des régions anatoliennes et arabes. Cette Troisième armée,
chargée de protéger les provinces balkaniques contre les nouveaux États hostiles à
l’Empire ottoman, était également chargée d’assurer la sécurité à l’intérieur des
territoires appartenant à l’empire, malgré la présence de la gendarmerie, de la police et
des gardes champêtres. De plus, les soldats recrutés pour cette Troisième armée étaient
essentiellement originaires des Balkans, autrement dit, ils vivaient quotidiennement les
conflits régionaux, voire familiaux, avec les populations chrétiennes locales.
5
Par ailleurs, les meilleurs officiers, diplômés de l’Académie militaire, de l’École de guerre
ou des écoles militaires allemandes étaient affectés à la Troisième armée. Instruits et
ouverts aux idées libérales, ces officiers allaient poser le problème des inégalités, des
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dysfonctionnements dans l’armée, des problèmes d’identité nationale des populations
non-musulmanes contre lesquelles ils devaient lutter.
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Devenu chronique depuis la guerre de Crimée (1853-1856), le retard, ou même le nonversement, des salaires des officiers de l’armée et de la gendarmerie, est le premier grief
que soldats et officiers expriment à travers les manifestations et les mutineries tout au
long du dernier quart du XIXe siècle. Cette injustice est devenue encore plus flagrante à
partir de 1903, lorsque la Macédoine est divisée en cinq zones de sécurité où les
contingents de gendarmes étrangers devaient travailler avec les gendarmes ottomans
dont une bonne partie venait de l’armée régulière. Considérée comme une intervention
détournée, cette présence étrangère était surtout perçue comme un soutien aux
populations chrétiennes exercé au détriment des populations musulmanes. De plus, les
écarts de salaires entre les officiers du rang et ceux de la gendarmerie étaient flagrants. À
cela il fallait ajouter également les écarts importants entre les salaires des officiers
étrangers et ceux des officiers ottomans.
7
Ahmed Niyazi exprime ce malaise dans ses « mémoires » :
« [Devant l’emprise des officiers et agents étrangers sur les affaires de sécurité et
des finances], le rôle du pacha inspecteur général (Hüseyin Hilmi Pacha) n’était autre que
de satisfaire le désir du palais et des étrangers, il le faisait au-delà des capacités humaines.
Après l’insurrection générale et violente et de 1319 (1903), la réponse du gouvernement
ottoman n’a pas tardé. Mais cette insurrection fut une belle leçon pour les Bulgares qui
avaient atteint leur objectif politique et moral. De toute façon, ils avaient compris qu’ils ne
pouvaient pas faire plus. Après cela, on a procédé à la réforme de la gendarmerie et on a
même obtenu de bons résultats. Mais en réalité, (...truncated)