La littérature comme expérience personnelle : la Macédoine et Stratis Myrivilis

Cahiers Balkaniques, Jun 2011

This article examines the relationship of Stratos myrivilis, -a Greek writer, who was born on Lesbos in 1890 and died in Athens in 1967- with Macedonia, which he knew as a soldier during the Balkan Wars of 1912-1913, and then during the First World War from 1917-1919. It is based on myrivilis’s novel Life in the Tomb, which was published in 1923-1924 and reprinted several times. The article underscores the narrator’s distress as expressed in the chapter “The Ghost Town”, when he participated, in 1919,in the clash between the Greeks and the French, in the face of the complexity of the situation in Macedonia when the borders are constantly in flux, where one war follows another, and where the alliances are made and unmade at the population’s expense. On the one hand it shows how Myrivilis, in the chapters “In the House of Kindnes” and “Zavali Maïko—Poor Mother” comments on the feelings of the members of the family where, wounded, he spends his convalescence, how he analyses the cultural identity of these people who regard themselves as neither Bulgarians, Serbs, nor Greeks but simply Macedonian Orthodox, and finally how the inhabitants fall into the trap of the Greco-Bulgarian rivalry between the Ecumenical Patriarchate and the independent Bulgarian Church, the Exarchate. On the other hand, it presents the stance of the writer, who seems to distance himself from the northern neighbours when they use the term “Macedonia” to describe a political entity rather than a geographical one. In conclusion, the article underlines the humanism of Myrivilis, who described the catastrophies of war and human vanity and advocated the need to surmount their differences and live together in peace.

Article PDF cannot be displayed. You can download it here:

http://journals.openedition.org/ceb/pdf/821

La littérature comme expérience personnelle : la Macédoine et Stratis Myrivilis

Cahiers balkaniques 38-39 | 2011 Conflits et mémoires dans les Balkans La littérature comme expérience personnelle : la Macédoine et Stratis Myrivilis Georges Kostakiotis Édition électronique URL : http://journals.openedition.org/ceb/821 DOI : 10.4000/ceb.821 ISSN : 2261-4184 Éditeur INALCO Édition imprimée Date de publication : 30 mars 2011 Pagination : 167-180 ISBN : 978-2-85831-189-7 ISSN : 0290-7402 Référence électronique Georges Kostakiotis, « La littérature comme expérience personnelle : la Macédoine et Stratis Myrivilis », Cahiers balkaniques [En ligne], 38-39 | 2011, mis en ligne le 05 décembre 2011, consulté le 03 mai 2019. URL : http://journals.openedition.org/ceb/821 ; DOI : 10.4000/ceb.821 Ce document a été généré automatiquement le 3 mai 2019. Cahiers balkaniques est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Partage dans les Mêmes Conditions 4.0 International. La littérature comme expérience personnelle : la Macédoine et Stratis Myrivilis La littérature comme expérience personnelle : la Macédoine et Stratis Myrivilis Georges Kostakiotis 1 Sous l’influence de Kostis Palamas qui parvient à lier la tradition grecque et la production intellectuelle occidentale1 et celle de Yiannis Psicharis qui ouvre sans complexes la route à l’utilisation de la langue démotique, Myrivilis est certainement un des écrivains les plus importants du début du XXe siècle. Il incarnera le passage des années 1880 aux années 19302. D’une part, s’inspirant de son quotidien, il ne fait qu’exprimer la cruauté du monde, le « présent » douloureux et insupportable : « la dure réalité de la vie qui nous entoure et qui nous blesse, nous épuise, nous fait mal » déclare-t-il en effet 3 ; d’autre part il montre son attachement étroit avec la tradition dont il ne se séparera jamais4. La tradition deviendra son seul appui durant les années 1930 ce qui lui coûtera la réputation d’être proche du régime de Métaxas bien qu’il ne l’ait jamais soutenu réellement. En effet, Myrivilis étant mal intégré dans la société bourgeoise athénienne et déçu de la stagnation de la vie actuelle a eu du mal à envisager l’avenir ; il se réfugie dans le passé, tel qu’il a été conservé dans ses souvenirs d’enfant en mettant en avant les héros de sa première jeunesse, le passé glorieux du monde grec et les traditions ancestrales mêlées à la grandeur de la nature. Il a su ainsi garder la fraîcheur du régionalisme et mettre en valeur sa Lesbos natale5. 2 Myrivilis est donc né dans l’île de Lesbos en 1890 et est mort à Athènes en 1967. Dans ce travail, nous nous intéresserons surtout à sa relation avec la Macédoine qu’il a connue durant sa jeunesse, comme soldat d’abord pendant les guerres balkaniques de 1912-1913 puis lors de la Première Guerre mondiale entre 1917 et 1919 quand la Grèce de Venizélos s’est rangée aux côtés des Alliés après l’attaque de la Bulgarie. 3 Myrivilis lui-même, comme la majorité des habitants de l’île de Lesbos d’ailleurs, a suivi Venizélos et l’a soutenu non seulement dans ses luttes politiques contre le roi, mais aussi pour la libération de la Macédoine au début du siècle. En 1915, Lesbos vote pour la Cahiers balkaniques, 38-39 | 2011 1 La littérature comme expérience personnelle : la Macédoine et Stratis Myrivilis première fois depuis sa libération en 1912 et tous les députés de l’île sont favorables à Venizélos. Dans le même esprit, ses habitants ont soutenu en 1917 le mouvement politique et militaire de la « Défense nationale » et le gouvernement de Venizélos à Thessalonique. C’est dans ce cadre que Myrivilis, ainsi que tout un bataillon de Lesbos, se trouve le 8 mai 1917 à Monastiri (via Thessalonique) pour combattre les Bulgares et les Allemands aux côtés des Alliés, notamment les Français. D’ailleurs, les Grecs ont été entraînés, équipés et dirigés par les Français6. C’est à partir de cette époque que Myrivilis commence la rédaction de son œuvre « Η ζωή εν τάφω - La vie dans le tombeau » qu’il a publiée pour la première fois en 42 épisodes, entre 1923 et 1924, dans le journal « Kambana » qu’il éditait lui-même. Avant son édition finale en 1955 par la maison « Estia », elle a connu plusieurs éditions avec des changements et des rajouts 7. 4 La vie dans le tombeau sera non seulement le roman peut-être le plus important de Myrivilis, mais aussi une œuvre de référence dans les lettres grecques. Il prend pour nous une autre dimension et nous concerne directement puisqu’il se déroule en Macédoine. L’intérêt est double puisque la question traitée n’est pas un sujet imaginaire, vécu par des héros « fabriqués » dans un lieu irréel. Bien au contraire, le sujet est bien la Première Guerre mondiale, les héros – ou pour être plus précis – les personnages sont l’écrivain luimême et ses compagnons, parmi lesquels son frère. Quant au lieu, il n’est rien d’autre que la Macédoine. 5 À noter que Myrivilis fait partie du courant littéraire que Beaton a appelé « école éolienne — école du témoignage ». L’œuvre de ces écrivains, tous originaires d’Asie Mineure et de l’île de Lesbos, n’est que l’expérience vécue : les conflits entre Grecs et Turcs, l’effondrement de l’Empire ottoman et les guerres successives qu’il a générées, ainsi que la Catastrophe d’Asie Mineure font partie du quotidien des écrivains comme Venezis, Doukas, Kontoglou, Sotiriou, Myrivilis. 6 Myrivilis décrira dans cette œuvre les expériences cauchemardesques et l’absurdité de la guerre qui transforme l’homme en animal, des expériences qui vont poursuivre l’écrivain tout au long de sa vie et qui vont hanter toute son œuvre. Ainsi La vie dans le tombeau deviendra l’expression de tous les idéaux antimilitaristes et constituera un roman précurseur pour son époque8. Cette œuvre dont la contradiction du titre « vie » et « tombeau », est empruntée aux chants de la Passion du Christ le Vendredi saint, n’a pas comme but de fabriquer des héros, des surhommes qui maîtrisent les événements et sortent toujours victorieux, mais au contraire de mettre en valeur l’antihéros, qu’il s’agisse du narrateur lui-même, de ceux qui combattent à ses côtés, ou bien de ses ennemis. C’est ainsi que l’œuvre est traversée d’un humanisme qui la rend unique dans son genre et pour son époque. 7 Le caractère autobiographique d’une part, et la volonté de garder l’objectivité de la narration des faits historiques d’autre part, font de l’œuvre un témoignage humain contre la cruauté et la mort. Sa langue, entre la démotique la plus pure et le langage journalistique, sait maintenir l’intérêt du lecteur qui se laisse entraîner à devenir luimême un témoin. Malgré les longues descriptions qui risquent parfois de fatiguer, le réalisme et la passion romantique rendent le texte très souple. Pour obtenir cette composition, Myrivilis suit deux axes principaux : en réalité il découpe son œuvre en une série de scènes-chapitres qui décrivent la guerre proprement dite et en une série qui parle de la pa (...truncated)


This is a preview of a remote PDF: http://journals.openedition.org/ceb/pdf/821
Article home page: https://doaj.org/article/34c6d234b1df4a89a7fb618f8781cc88

Georges Kostakiotis. La littérature comme expérience personnelle : la Macédoine et Stratis Myrivilis, Cahiers Balkaniques, 2011, pp. 167-180, Issue 39, DOI: 10.4000/ceb.821