Techniques génératives utilisées comme fonction de réparation : intégrer des contraintes dans les processus d’optimisation multicritère pour la conception architecturale
SHS Web of Conferences 198, 02002 (2024)
EduBIM2024
https://doi.org/10.1051/shsconf/202419802002
Techniques génératives utilisées comme
fonction de réparation : intégrer des contraintes
dans les processus d’optimisation multicritère
pour la conception architecturale
Claire Duclos-Prévet1, * and François Guéna2
Laboratoire AS Explore de l’agence Architecture Studio, 75012 Paris et membre de l’UMR MAPMAAC, ENSAPLV, 75019 Paris
1
2
UMR MAP-MAAC, ENSAPLV, 75019 Paris
Résumé. L’intégration des contraintes est indissociable de l’optimisation
multicritère. Pourtant, elle est rarement étudiée en conception architecturale
computationnelle et performancielle. En combinant les processus
évolutionnaires avec d’autres techniques génératives comme les processus
à base de règles, l’auto-organisation ou les automates cellulaires, il est
possible d’intégrer efficacement des contraintes dans des problèmes
d’optimisation multicritère en utilisant la méthode des fonctions de
réparation. Dans cet article, nous expérimentons ces techniques sur quatre
cas d’étude issus de la pratique professionnelle et dérivons des lignes
directrices pour le développement d’un solveur d’optimisation adapté à la
réparation.
Mots-clés. algorithmes génétiques, méthodes d’intégration des contraintes,
réparation, modélisation à base d’agents, solveur d’optimisation
Abstract. Constraint integration is a crucial aspect in multicriteria
optimization, yet it often receives little attention in computational and
performance-based architectural design. In this paper, we explore the
integration of constraints through a combination of evolutionary processes
with other generative techniques such as rule-based systems, selforganization, and agent-based models. By employing the repair function
method, we demonstrate the efficient incorporation of constraints into multicriteria optimization problems. Our experiments on four case studies drawn
from professional practice yield guidelines for developing an optimization
solver capable of constraint repair.
*
Corresponding author:
© The Authors, published by EDP Sciences. This is an open access article distributed under the terms of the Creative Commons
Attribution License 4.0 (https://creativecommons.org/licenses/by/4.0/).
SHS Web of Conferences 198, 02002 (2024)
EduBIM2024
https://doi.org/10.1051/shsconf/202419802002
Keywords. genetic algorithms, contraints handling methods, integrated
design, agent-based modeling, optimization solver
1 Introduction
Les modèles génératifs tels que les processus à base de règles, les modèles à base d’agents
comme l’intelligence en essaim ou les automates cellulaires se distinguent des modèles
paramétriques. Il s’agit de processus itératifs [1] auxquels la récursivité confère la faculté
d’émergence. Un processus génératif est capable de créer, avec des règles simples et de
manière autonome, une grande variété de formes non anticipées par le designer [2].
Cependant, cette particularité des techniques génératives les rend difficiles à contrôler. Ainsi,
elles sont peu adaptées à la pratique, et restent cantonnées à des projets de papiers dont on
peut trouver des exemples chez certaines agences d’architecture et de design identifiées dans
la taxonomie de L. Ma [3].
Les processus génératifs évolutionnaires (fondés sur des algorithmes d’optimisation
évolutionnaires comme les algorithmes génétiques) ne rencontrent pas cette limite, car les
solutions générées sont en réalité définies, le plus souvent, par un modèle paramétrique. Ces
méthodes sont très populaires dans la littérature scientifique [4], y compris leur intégration
dans un processus BIM [5]. De nombreux outils ont été implémentés dans les modeleurs 3D
démocratisant l’usage de l’optimisation (9 solveurs au total sur Grasshopper®), mais aussi
les logiciels BIM avec Optimo sur Dynamo® ou Generative Design Primer®[6]. Les
premières applications commencent à apparaître sur des cas réels pour optimiser la
performance environnementale des bâtiments [5,6], bien que cela reste rare dans la pratique
[9].
Un des sujets souvent négligés en optimisation appliquée à la conception architecturale
est la question de l’intégration des contraintes, pourtant si courantes dans la pratique
professionnelle des architectes. À notre connaissance, aucun outil à disposition des
architectes ne permet de faciliter leur prise en compte. Récemment, il a été montré sur un
unique cas d’application [10] qu’un algorithme génératif pouvait permettre de traiter
efficacement des problèmes particulièrement contraints en faisant de la réparation de
solution.
Nous proposons donc d’expérimenter cette méthode de la réparation par processus
génératif sur plusieurs cas d’études issus de la pratique professionnelle de l’agence
Architecture Studio. Quatre cas d’études permettent de traiter des problèmes distincts avec
des contraintes de différentes natures et en utilisant différents types de techniques
génératives.
2 Fonction de réparation et techniques génératives
Il existe de nombreuses méthodes pour intégrer des contraintes dans un problème
d’optimisation, notamment avec les algorithmes génétiques [11]. La méthode la plus
populaire est la fonction de pénalisation, car elle est la plus facile à reproduire et donne des
résultats raisonnables pour de nombreux problèmes [12]. Elle consiste à pénaliser les valeurs
2
SHS Web of Conferences 198, 02002 (2024)
EduBIM2024
https://doi.org/10.1051/shsconf/202419802002
des fonctions objectifs pour les mauvaises solutions. Il y a cependant de nombreux problèmes
pour lesquels cette méthode ne fonctionne pas.
2.1 Les fonctions de réparations
Lorsque la région des solutions faisables est proportionnellement étroite par rapport à
l’ensemble des solutions possibles, les méthodes basées sur les fonctions de pénalité
fonctionnent mal [11]. En optimisation combinatoire, il semblerait que la méthode la plus
adaptée à la fois en termes de performance et en temps de calcul soit la fonction de réparation
[13]. L’efficacité de cette méthode a déjà fait l’objet d’une étude comparative appliquée à un
problème d’architecture [10, 14]. Cette dernière a confirmé ce résultat.
Une fonction de réparation est un algorithme qui cherche à modifier une solution
infaisable pour la rendre faisable. Avec cette méthode, l’ensemble des solutions évaluées
sont exploitables, ce qui permet d’éviter de perdre du temps en simulation inutile. Pour que
cette méthode fonctionne, il faut qu’un tel algorithme existe, ce qui n’est pas toujours le cas.
Cependant, les problèmes d’optimisation combinatoire, comme les problèmes rencontrés en
architecture, sont réputés pour être assez adaptés à cette méthode [11]. Salcedo-Sanz [15] a
identifié des typologies d’algorithmes de réparation décrits dans la littérature scientifique,
mais il s’agit d’applications très éloignées de l’architecture.
Le principal reproche fait à cette méthode est que même si un algorithme de réparation
existe (ce qui est difficile à savoir a priori), il (...truncated)