L’oncogériatrie: une approche spécifique de la prise en charge des cancers du sujet âgé
P. Chassagne
0
) Service de mdecine interne griatrique
, CHU de Rouen, 1, rue du Germont, F-76031 Rouen, France e-mail :
Geriatric oncology: a specific approach to cancer support in the elderly
-
Loncogriatrie nest pas une discipline mais une
collaboration troite et renforce entre les praticiens griatres avec les
acteurs de soins de la prise en charge des cancers qui
affectent les sujets gs. lexemple des collaborations
pluridisciplinaires entreprises avec les nphrologues (problmatique
de lpuration extrarnale des sujets gs), avec les
chirurgiens (prise en charge partage de la fracture de lextrmit
suprieure du fmur), des rflexions stratgiques font
collaborer dsormais les griatres avec les oncologues et cela afin
doptimiser la qualit des soins ddis aux malades gs pris
en charge pour un cancer.
Cette problmatique a t initie pour des raisons
pidmiologiques. Le cancer est une maladie qui touche plus
volontiers les sujets gs. titre dexemple, la probabilit
de survenue dun cancer colique ou rectal est multiplie par
11 aprs 65 ans. Loncogriatrie a aussi t promue en raison
de la complexit des traitements anticancreux combinant
chirurgie, radiothrapie, chimiothrapie adjuvante ou
palliative, thrapies cibles Quelles que soient ces options
thrapeutiques qui sont quotidiennement proposes des sujets
gs, peu de donnes ont rellement t tablies sur des
cohortes consquentes de malades gs. Pour la plupart, les
essais cliniques qui sont lorigine de la validation et de
lapplication de ces protocoles nont t conduits que chez
des sujets gs en moyenne de 65 ans. Les rsultats de ces
traitements, en termes de survie, de prservation de la qualit
de vie ou des capacits fonctionnelles du malade, sont
parfois mdiocres dans cette population de malades gs traits
pour un cancer. Ces checs sont lis de multiples raisons
qui vont de limpact des comorbidits (ou multimorbidit)
sur la tolrance des traitements, au risque accru daccidents
iatrognes des traitements anticancreux, sans oublier la
difficile valuation pralable de lesprance de vie des sujets
aprs 75, voire 80 ans.
En 2005, linitiative de lINCa, des quipes pilotes
doncogriatrie ont t cres. Ces quipes avaient une triple
mission : la diffusion dinformations et de formations tous
les partenaires impliqus dans le traitement des cancers des
sujets gs, lamlioration de la qualit des soins proposs
ces malades et enfin le dveloppement de recherches
thmatiques.
Quelques annes plus tard, il est incontestable que la
dynamique de loncogriatrie est relle. Cependant, cette
collaboration avec les oncologues et la sollicitation des griatres
restent trs htrogne selon les territoires de sant ou selon
la nature des tablissements de soins publics ou privs.
Les problmatiques abordes dans ce numro des Cahiers
de lanne grontologique illustrent plusieurs aspects de
cette collaboration oncogriatrique. Parmi les particularits
smiologiques des sujets gs figurent : la polypathologie, la
rduction potentielle prcoce des capacits fonctionnelles, la
prise en charge ncessairement globale
mdicopsychosociale du sujet et enfin lidentification et la gestion des
conditions dnommes syndromes griatriques.
Lvaluation fonctionnelle globale grontologique est une
constante fondamentale du succs des soins appliqus aux
personnes ges quil sagisse de la cancrologie ou dune
autre discipline. LEGS fait partie des pratiques utiles
promouvoir au stade initial du traitement de la maladie
lorsque sont, par exemple, dcides en RCP, les options
thrapeutiques. Reprer la dpendance, dpister la fragilit,
mesurer la perte fonctionnelle constituent des missions
incontournables avant et aprs linitiation dun projet
thrapeutique en cancrologie pour en mesurer objectivement la
pertinence et le rsultat. Deux des articles soumis dans ce
numro dcrivent les donnes et les expriences actuelles
menes par certains centres experts pour apprhender, en
pratique, ces caractristiques.
Comme cela a t dit, les syndromes griatriques
constituent galement une condition propre du sujet g comme le
dfinissent les griatres. Un syndrome griatrique, dont
la confusion est un exemple, est une entit trs frquente,
relevant de plusieurs causes ou mcanismes intriqus et
ayant des consquences en termes de morbimortalit
svres. La prise en charge dune confusion est ainsi
ncessairement multidisciplinaire car multidimensionnelle.
Lexprience de la prise en charge de la confusion
postopratoire en unit de chirurgie aprs une intervention
oncologique, comme celle rapporte dans ce numro, doit tre
connue et largement relaye.
Enfin, la prise en charge des soins prodigus aux malades
gs, traits pour un cancer, intgre dsormais, comme
pour les sujets jeunes, les soins de support. Ces soins de
support, appliqus aux malades gs, sont fondamentaux. Ils
intgrent notamment la dimension sociale et la difficile
valuation dans cette population, de syndromes tels que douleur
ou fatigue si frquents en cancrologie. Les soins de support
permettent daborder la future tape de loncogriatrie,
savoir le suivi des malades ayant un antcdent de cancer
trait. Le suivi constitue un des objectifs principaux du Plan
cancer II. Il ncessite une coordination renforce de tous
les acteurs du suivi : oncologues, mdecins gnralistes,
griatres, aide formelle et informelle, aidants naturels.
Ce challenge est un nouvel axe de dveloppement pour
les futures annes de loncogriatrie.
(...truncated)