Sur les méthodes de pêche qualitative et quantitative du plancton

Knowledge and Management of Aquatic Ecosystems, Jan 1946

M. LEFÈVRE

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Sur les méthodes de pêche qualitative et quantitative du plancton

SUR LES METHODES DE PÈCHE QUALITATIVE ET QUANTITATIVE DU PLANCTON par MARCEL J L E F È V R E Directeur du Laboratoire de Biologie végétale de la Station Centrale d'IIydrobiologie appliquée L'analyse du plancton est fréquemment pratiquée au cours des recherches hydrobiologiques. Elle permet d'apprécier les fluctuations de la valeur biogénique des eaux en fonction d'une foule de facteurs physico-chimiques variant naturellement ou qu'on modifie artificiellement dans un but expi rimental. Pour analyser le plancton, il faut évidemment commencer par le récolter, et ceci, dans des conditions telles que des comparaisons puissent être établies entre les récoltes d'un même étang à des époques différentes ou entre les récoltes provenant d'étangs variés. Procédé du filet fin. A priori, la chose est fort simple : le plancton étant une sorte de poussière vivante en suspension dans l'eau, il suffit de s'inspirer des techniques de pêche des poissons au filet* et de les transposer à l'échelfe microscopique, autrement dit : sij/on traîne dans l'eau un petit filet à mailles très fines, l'eau passera à travers les mailles du filet et les organismes microscopiques seront retenus. En traînant le même filet avec une même vitesse sur une même distance, on doit, théoriquement, pouvoir effectuer des observations comparatives d'ordre qualitatif et quantitatif dans un même étang ou dans des étangs différents. L'expérience montre malheureusement que ce raisonnement n'est que très partiellement exact. On en jugera par les observations suivantes : Influence du diamètre du filet En Juillet i a t e , J. SPILLMANN et moi-même voulions effectuer des analyses qualitatives et quantitatives de plancton dans de grands bassins d'expériences mis très aimablement à notre disposition'par M . L. POMMIER à sa pisciculture des Clouzisux. Chacun de nous traîna à la même vitesse, sur le même parcours, un filet de mêmes mailles. L'ouverture du filet de J. SPILIMANN mesurait 25 centimètres ; celle du mien n'était que de i5 centimètres. Nous avons confronté nos récoltes. Article available at http://www.kmae-journal.org or http://dx.doi.org/10.1051/kmae:1946007 22 Celle de J. SPILLMANN était beaucoup plus abondante que la mienne et ceci était très normal puisque l'ouverture de son filet était plus grande et qu'il avait filtré, en conséquence, une plus grande quantité d'eau Mais ce qui l'était beaucoup moins, c'était que la récolte de J. SPILLMANN renfermait environ i Cyclops contre 1 0 Diaptomus alors que dans la mienne, la proportion était à peu près inversée. L'explication de cette anomalie est la suivante : les Diaptomus sont de rapides et puissants nageurs. Voyant arriver mon filet, ils avaient le temps de fuir hors de la zone de capture en raison de sa faible étendue tandis qu'ils ne pouvaient éviter celui de J. SPILLMANN, plus large de 1 0 centimètres. I ne observation analogue avait du reste été faite antérieurement par A. VANDEL et vérifiée par P. VIVIER, sur un organisme lacustre : BythoIrephes longimanus. Cet organisme ne se laisse capturer qu'à l'aide de filets à très large ouverture en raison de son habilité à éviter les pièges. ; On voit donc qu'en ce qui concerne le zooplancton, l'ouverture du filet joue un TÔle capital dans le résultat, non. seulement quantitatif, mais aussi qualitatif de la pêche. En est-il de même pour le phytoplanclon ? Oui, et ceci pour la raison suivante : les remous provoqués à l'ouverture d'un filet à plancton par sa pénétration dans l'eau sont, pour une même vitesse, différents suivant l'ouverture du filet. Plus l'ouverture du filet est grande, plus la zone centrale de calme relatif est étendue. Alors qu'avec un filet de faible diamètre, les organismes passifs, mais de grande surface, tels que les Closterium et les Micrasterias sont entraînés hors de la zone de capture par les remous, ces mêmes organismes pénètrent plus aisément dans la poche d'un filet de grand diamètre. Influence de la taille des mailles. En vue d'étudier l'influence de la grandeur des mailles sur le plancton recueilli, j ' a i fait construire trois filets de forme et de dimensions iden- Fie. 2. — Microphotographies, exécutées au même grossissement, des soies à bluter ayant servi à confectionner les trois filets expérimentés : - grandes mailles (800 ft), - moyennes mailles (240 (x), fines mailles (80 (x). — 23 — tiques, mais dont les mailles étaient différentes lines. (Fig. 2 ) . grosses, moyennes cl Au cours d'une première série d'essais, afin d'éliminer toute cause d'erreur due à des différences dans la vitesse de traîne des filets dans l'eau, j ' a i placé successivement pendant 2 0 minutes les trois engins dans le cou- 7/, F.M. MM- CM. F.M. M.M. F.M. G.M. M.M. wm G.M. 3? Série I«^"' T S Série 2? Série lrïë Fie. 3. — Quantités de plancton recueillies par trois filets de même diamètre mais de mailles différentes (fines, moyennes et grandes), au cours de trois séries de prélèvements. Remarquer que le travail de chaque filet relativement aux autres est différent dans chaque série et en rapport avec la nature du plancton présent dans "l'étang au moment de la récolte. rant d'eau qui s'échappait du déversoir„d'un étang. Les filets'ont donc travaillé dans des conditions identiques dans les trois cas. Les résultats qu'ils fournirent furent cependant très différents. C'est le filet à grandes mailles qui recueillit le plus de plancton (Fig. 3 ) puis, le filet à majlles moyennes, puis le filet à mailles fines. L'analyse microscopique de ces trois récoltes donna les résultats suivants : GRANDES MAILLES Tabellaria fenestrala MOYENNES MAILLES (en Tabellaria fenestrala FINES MAILLES (en Navicula et Nitzschia très longues chaînes, domi chaînes moyennes, domi (très petites, dominantes). nante). nante). Tabellaria flocculosa (isoTabellaria flocculosa (en Tabellaria flocculosa (en lée ou en courtes chaînes, très longues chaînes, très chaînes moyennes, très commune). abondante). Tabellaria fenestrata (isoabondante). Navicula et Nitzschia lée ou en courtes chaînes, Navicula et Nitzschia (très petites et en petit (très petites et en petit commune). nombre). Dinobryon (abondants). nombre). Matlojmonas (assez abonDinobryon (peu abon dants). dants). Cyclops (adultes mais Synura (assez abondant). petits). C o p é p o d e s (au stade Nauplius : abondants). Rotifères (assez abondants). — 24 — Ces résultats, différents au point de vue qualitatif et quantitatif, s expliquent de la façon suivante : le plancton était à ce moment composé surtout de Tabellaria en'chaînes plusyou moins longues. Le filet à grandes mailles a retendu d'abord les plus longues chaînes, qui étaient en majorité, puis lorsqu'il fut en partie colmaté, les petites Navicula et Nitzschia furent, à leur tour; retenues. Le filet à mailles moyennes a retenu les chaînes moyennes de Diatomées et une certaine proportion des grosses, puis, lorsqu'il fut un peu colmaté, les petites Navicula et Nitzschiq, quelques Dinobryon et Cyclops furen (...truncated)


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M. LEFÈVRE. Sur les méthodes de pêche qualitative et quantitative du plancton, Knowledge and Management of Aquatic Ecosystems, 1946, pp. 21-29, Issue 142, DOI: 10.1051/kmae:1946007