Validation des méthodes d'électrophorèse capillaire appliquées à l'analyse des composés pharmaceutiques
Dossier
Capillary electrophoresis
■ Validation des méthodes d’électrophorèse
capillaire appliquées à l’analyse des composés
pharmaceutiques
H. Fabre
Faculté de Pharmacie, Avenue Charles Flahault, 34060 Montpellier Cedex 2, France
nique de loin la plus utilisée dans le contrôle pharmaceutique,
mais il existe des aspects particuliers inhérents à l’EC [8] qu’il
est important de considérer. Nous examinerons les principales
caractéristiques de validation des méthodes en EC en soulignant les similarités et différences par rapport à la CLHP. Les
différents points de la validation seront illustrés par quelques
exemples issus de notre laboratoire [9-12] ou empruntés à la
littérature [13-29]. Ces exemples, destinés à montrer les performances de la technique, couvrent les principaux secteurs
d’application de l’EC dans l’industrie pharmaceutique [1] :
détermination du titre d’une substance, identification, dosage
d’impuretés, séparations chirales et dosage des « petits ions ».
Guidelines are given on how to carry out validation for methods using capillary electrophoresis
in pharmaceutical analysis. The similarities and
differences with that of method validation in high
performance liquid chromatography are outlined.
The different validation criteria are successively
examined and illustrated with examples issued
from the different application areas of capillary
electrophoresis in the pharmaceutical industry :
assay of a main component, determination of
impurities, chiral separations and small ions
analysis.
Cadre règlementaire de la validation
analytique en matière
d’analyse pharmaceutique
Introduction
Pour l’analyse pharmaceutique, la référence internationale de
base en matière de validation analytique est actuellement
constituée par deux textes [30-31] publiés dans le cadre d’ICH
(International Conference on Harmonisation of Technical
Requirements for Registration of Pharmaceuticals for Human
Use). Ces textes ont été établis pour combler les différences
qui existent souvent entre différents recueils et textes règlementaires de l’Union Européenne, des États-Unis et du Japon.
Ils constituent des « recommandations » ; des approches différentes peuvent être proposées mais elles doivent être justifiées dans le dossier d’AMM.
La reconnaissance de l’EC comme technique d’analyse par les
autorités règlementaires autorisant la mise sur le marché des
spécialités pharmaceutiques est à la base du développement
qu’elle connait dans les laboratoires de Recherche et
Développement et les laboratoires de Contrôle de l’industrie
pharmaceutique. Une enquête [1] menée en 1994 auprès de 26
grandes compagnies pharmaceutiques de Grande Bretagne et
des États-Unis avait révélé qu’à cette date des méthodes d’EC
avaient été incluses dans plusieurs dossiers d’autorisation de
mise sur le marché (AMM) de spécialités pharmaceutiques et
acceptées sans problèmes. Depuis lors, l’EC est utilisée en routine dans de nombreuses compagnies pharmaceutiques [2-3],
plusieurs compagnies pharmaceutiques ont inclus ou soumis
des méthodes d’EC dans les dossiers d’enregistrement de nouveaux médicaments [4-5], Les premières monographies contenant des méthodes d’EC pour le chlorhydrate d’éthambutol et
le borate d’épinéphryl [5-6] devraient être introduites dans la
pharmacopée des États-Unis et un avant-projet de monographie générale sur l’EC a été proposé [7] pour cette même pharmacopée. Le présent article a pour but de donner à l’analyste
nouvellement confronté à l’utilisation de cette technique, des
recommandations en matière de validation des méthodes. Les
critères à valider et la méthodologie de validation en EC ne
diffèrent pas fondamentalement de ceux appliqués par exemple
en chromatographie liquide haute performance (CLHP), techANALUSIS, 1999, 27, N° 2
Ces textes concernent la validation des procédures d’analyse les plus communes :
• procédures d’identification permettant de s’assurer de
l’identité d’un analyte dans un échantillon,
• procédures concernant les tests limites ou tests quantitatifs
d’impuretés destinés à évaluer la pureté de l’échantillon,
• procédures de détermination du titre d’un échantillon.
Les caractéristiques à étudier (Tab. I) et la méthodologie à
appliquer varient en fonction du type de procédure à valider.
155
© EDP Sciences, Wiley-VCH 1999
Article available at http://analusis.edpsciences.org or http://dx.doi.org/10.1051/analusis:1999270155
Dossier
Capillary electrophoresis
Tableau I. Critères de validation en fonction du type de procédure à valider (d’après les recommandations de la
Conférence Internationale d’Harmonisation) [30].
Identification
Critères
Exactitude
Fidélité
Répétabilité
Fidélité intermédiaire
Spécificité (2)
Limite de détection
Limite de quantification
Linéarité
Intervalle
Type de procédure à valider
Dosage d’impuretés Test limite d’impuretés
Dosage comp. majeur
–
+
–
+
–
–
+
–
–
–
–
+
+ (1)
+
– (3)
+
+
+
–
–
+
+
–
–
–
+
+ (1)
+
–
–
+
+
– Signifie que le critère n’est normalement pas évalué,
+ signifie que le critère est normalement évalué,
(1) dans les cas où la reproductibilité (analyse inter-laboratoires) a été évaluée, la fidélité intermédiaire n’est pas nécessaire,
(2) le manque de spécificité d’une procédure d’analyse pourrait être compensé par l’utilisation d’autres procédures d’analyse,
(3) peut être nécessaire dans certains cas.
L’approche la plus commune est l’utilisation de détecteurs à
barrette de diodes qui équipent la plupart des appareils d’EC
et permettent à l’aide de techniques diverses (superposition
spectrale, rapport d’absorbance à deux longueurs d’onde,
« match factor »…) de s’assurer de la pureté des pics
[9,30]. La détection des impuretés dans un pic est limitée
comme en CLHP [33] par les différences spectrales entre le
composé principal et l’impureté et le degré de résolution entre
l’impureté et l’analyte. Il est également possible de vérifier
l’homogénéité des pics en utilisant l’EC en tant que méthode
micro-préparative. Si la méthode est bien contrôlée, des injections répétées en séquence permettent de recueillir des fractions suffisantes et de les réanalyser avec une autre technique,
par exemple la CLHP [14] : l’obtention d’un seul pic permet
de conclure à la pureté de la fraction collectée.
Étude des critères de validation en EC :
similitudes et aspects particuliers
par rapport à la CLHP
Spécificité (specificity)
La spécificité correspond à la capacité de la méthode de déterminer l’analyte de manière non univoque en présence de composés susceptibles d’être présents. Notons que le terme sélectivité parait un terme plus approprié que le terme spécificité
adopté par ICH.
La spécificité est confirmée en montrant que le résultat analytique n’est pas affecté par la présence d’impuretés, produits
de dégradation, intermédiaires de synthèse et/ou d’excipients.
D’autres aspects plus particuliers à l’EC doivent être examinés au stade de la validation, notamment la répétabilité de
la sélectivité.
Pour un test d’impuretés ou une déterm (...truncated)