O-GlcNAc glycosylation et régulation de la signalisation cellulaire
MEDECINE/SCIENCES 2010 ; 26 : 753-9
REVUES
Tarik Issad
Le séquençage du génome humain, au début des années
2000, a révélé que notre patrimoine génétique comprenait moins de 40 000 gènes (20-25 000 gènes codant
pour des protéines selon des estimations plus récentes
[1]) alors que les cellules vivantes sont des systèmes
sophistiqués comprenant un nombre très important
d’activités biologiques complexes. Cette grande diversité des activités cellulaires, surprenante au regard du
faible nombre de gènes qui codent pour les protéines,
peut en partie s’expliquer par les nombreuses modifications post-traductionnelles (phosphorylation, glycosylation, sumoylation, acétylation, ubiquitinylation,
nitrosylation, palmitoylation, farnésylation, méthylation, ADP-ribosylation, hydroxylation, oxydation, etc.)
qui augmentent de façon importante les potentialités
fonctionnelles des protéines. Ces modifications contrôlent en particulier leur localisation dans différents
compartiments cellulaires et leur interaction avec
différents partenaires au sein d’assemblages multimoléculaires, permettant la mise en place de réseaux de
signalisation complexes.
Les phosphorylations et glycosylations constituent les
modifications post-traductionnelles les plus abon-
SYNTHÈSE
> La O-GlcNAcylation correspond à l’addition de
N-Acétylglucosamine sur des résidus sérine/thréonine de protéines cytosoliques ou nucléaires. Elle
constitue un mode de régulation post-traductionnel réversible, analogue aux phosphorylations, qui
contrôle l’activité, la stabilité ou la localisation
des protéines en fonction de la disponibilité en
glucose. Des perturbations de la O-GlcNAcylation
des protéines pourraient jouer un rôle important
dans des pathologies humaines comme le diabète
de type 2. En effet, de nombreux travaux indiquent
que la O-GlcNAcylation de protéines impliquées
dans la signalisation de l’insuline conduit à une
atténuation du signal, suggérant un mécanisme
par lequel l’hyperglycémie chronique pourrait
aggraver la résistance à l’insuline observée chez
les patients diabétiques. <
O-GlcNAc
glycosylation
et régulation
de la signalisation
cellulaire
Institut Cochin,
22, rue Méchain,
75014 Paris, France.
Université Paris Descartes,
CNRS (UMR 8104), Paris ;
Inserm, U1016, Paris, France.
dantes et les mieux connues. Cependant, alors que
les phosphorylations sont généralement considérées
comme étant des modifications rapides et réversibles,
permettant à la cellule de répondre à divers stimulus et
de s’adapter aux variations de son environnement, les
glycosylations ont longtemps été considérées comme
des modifications stables, impliquant l’ajout de chaînes complexes d’hydrates de carbone, qui généralement
restent présentes sur la protéine mature tout au long
de son existence. Ces glycosylations complexes, sur des
résidus sérine/thréonine (O-glycosylations) ou asparagine (N-glycosylations), ne se rencontrent que dans
certains compartiments cellulaires (réticulum endoplasmique, appareil de Golgi, face externe de la membrane plasmique) et concernent essentiellement les
protéines membranaires ou sécrétées. Cependant, en
1984, en étudiant la distribution des résidus N-Acétylglucosamine terminaux à la surface des lymphocytes T,
G. W. Hart [2] a découvert un type de glycosylation
original, la O-N-Acétylglucosaminylation (O-GlcNAcylation), qui consiste en l’addition d’un monosaccharide,
la N-acétyl-glucosamine, sur le groupement hydroxyl
d’acides aminés sérine ou thréonine (Figure 1). Il s’est
ensuite rendu compte que, contrairement aux glycosylations « classiques », cette modification était observée essentiellement dans le cytoplasme et le noyau de
la cellule [3, 4].
M/S n° 8-9, vol. 26, août-septembre 2010
Article disponible sur le site http://www.medecinesciences.org ou http://dx.doi.org/10.1051/medsci/2010268-9753
753
Glucose
Glucosamine
Glucose
Glucose-6-P
Glutamine
Glutamate
Fructose-6-P
GFAT
Glucosamine-6-P
Voie
de biosynthèse
des Hexosamines
(HBP)
UDP-GlcNAc
(UDP-N-acétylglucosamine)
Ser/Thr
Ser/Thr
OGT
Protéine
Protéine
Figure 1. Voie de biosynthèse des hexosamines. Deux à 3 % du glucose entrant dans la
cellule est dirigé vers la voie de biosynthèse
des hexosamines (HBP). Cette voie, qui débute
avec la synthèse de glucosamine 6-P à partir
de fructose 6-P et de glutamine, conduit à la
production d’UDP-GlcNAc (uridine 5-diphospho N-acétylglucosamine), substrat utilisé
par l’OGT pour réaliser la O-GlcNAcylation
des protéines cytosoliques ou nucléaires.
L’UDP-GlcNAc est également le donneur de
GlcNAc pour d’autres types de glycosylations
non figurés sur ce schéma (glycosylations
classiques dans le réticulum endoplasmique
et le Golgi, glycolipides, etc.). L’étape limitante de la voie HBP est celle catalysée par
la GFAT (glutamine fructose-6-phosphate
amidotransférase) qui utilise la glutamine
pour convertir le fructose-6 phosphate en glucosamine-6 phosphate. L’UDP-GlcNAc est un
inhibiteur allostérique de la GFAT, permettant
un rétrocontrôle négatif de la voie HBP.
O-GlcNAcase
Il est alors rapidement apparu que la O-GlcNAcylation des protéines
cytosoliques ou nucléaires était une modification dynamique, dont
le turn-over était beaucoup plus élevé que celui de la protéine ellemême [5]. De fait, on sait maintenant que la O-GlcNAcylation est une
modification réversible qui, de façon analogue à la phosphorylation,
contrôle l’activité des protéines et les interactions entre protéines
au sein d’assemblages moléculaires [6]. Cependant, contrairement
aux phosphorylations/déphosphorylations qui sont régulées par une
myriade de kinases et phosphatases, deux enzymes seulement, l’OGT
(O-linked N-acetyl-glucosaminyltransferase) et la N-Acétyl--D
glucosaminidase (O-GlcNAcase ou OGA), dont les gènes ont été clonés respectivement en 1997 [7, 8] et 2001 [9], contrôlent le niveau
de O-GlcNAcylation des protéines (Figure 1).
Bien que cette modification soit connue depuis maintenant un quart
de siècle, la communauté scientifique commence tout juste à prendre
conscience de son importance dans la plupart des processus biologiques. Le rôle fondamental de cette modification, que l’on retrouve
chez pratiquement tous les êtres vivants (animaux, végétaux, bactéries, champignons, etc.), est probablement lié au fait qu’elle pourrait
constituer un mécanisme ancestral de régulation de l’activité des
protéines en fonction de l’environnement énergétique de la cellule. En
effet, le glucose est l’un des substrats énergétiques les plus largement
utilisés par les êtres vivants. Une fraction (2-3 %) du glucose entrant
dans la cellule est converti en UDP-N-Acétyl-glucosamine (UDPGlcNAc) par la voie de biosynthèse des hexosamines [10]. Le niveau
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d’UDP-GlcNAc dans la cellule reflète donc le flux de
glucose à travers cette voie. L’UDP-GlcNAc est le substrat de l’OGT, qui peut donc être considérée comme un
« senseur métabolique du glucose », capable de modifier les protéines en fonction de chang (...truncated)