La réponse UPR - Son rôle physiologique et physiopathologique
MEDECINE/SCIENCES 2007 ; 23 : 291-6
La réponse UPR
Son rôle physiologique
et physiopathologique
Le réticulum endoplasmique (RE), qui représente à lui
seul plus de 50 % des membranes d’une cellule, assure
un certain nombre de fonctions cruciales pour l’homéostasie et la survie cellulaires. Le RE est le principal site de
réserve du calcium (Ca2+) dans la cellule (2-5 mM dans
le RE pour 1 μM dans le cytosol), ceci grâce à la présence
d’une pompe à Ca2+ présente dans les membranes du RE.
Ce Ca2+ peut être libéré dans le cytoplasme en réponse à
différents stimulus extracellulaires et servir de messager
intracellulaire. Le RE est également le lieu de synthèse
du cholestérol et de la plupart des lipides, composants
indispensables des membranes biologiques. Enfin, c’est
dans le RE que les protéines sécrétées ainsi que les
Article reçu le 6 avril 2006, accepté le 26 décembre 2006.
Inserm U671, Université
Pierre et Marie Curie-Paris 6,
UMR S671,
Centre biomédical des Cordeliers,
15, rue de l’école de médecine,
75270 Paris Cedex 06, France.
SYNTHÈSE
> Le réticulum endoplasmique est le compartiment
par lequel transitent obligatoirement les protéines
sécrétées. Les protéines y subissent un contrôle
de qualité qui les conduira soit vers l’appareil de
Golgi pour être sécrétées, soit vers la dégradation
en cas de mauvaise conformation. L’accumulation
de protéines dans la lumière du réticulum endoplasmique, de nature physiologique (cellules
sécrétrices) ou physiopathologique (protéines mal
repliées) entraîne l’apparition d’une réponse UPR
(unfolded protein response). Celle-ci se met en
place à partir de l’activation de trois protéines
transmembranaires du réticulum endoplasmique :
PERK (PKR-like ER protein kinase), ATF6 (activating transcription factor 6) et IRE-1 (inositol
requiring enzyme 1), et a pour but d’augmenter
les capacités de repliement, de maturation, voire
de dégradation du réticulum endoplasmique. La
réponse UPR est une réponse physiologique qui joue
un rôle majeur dans les cellules à forte capacité
sécrétrice comme les plasmocytes ou les cellules
β du pancréas. Des altérations dans sa qualité ou
dans son intensité sont à l’origine de nombreuses
pathologies humaines comme certains types de
diabète ou des maladies neurodégénératives. <
REVUES
Fabienne Foufelle, Pascal Ferré
protéines de la membrane plasmique et des organites
intracellulaires sont synthétisées, modifiées et repliées
dans leur conformation native. En effet, la lumière du
RE présente un environnement oxydatif permettant la
création de ponts disulfures. Il est par ailleurs particulièrement riche en protéines chaperons et en enzymes
spécialisées dans le repliement des protéines dépendantes pour la plupart du Ca2+ pour leur activité catalytique.
Finalement, c’est dans le RE que les protéines subiront un
certain nombre de modifications post-traductionnelles
(N-glycosylation, oligomérisation…).
Le RE est donc un carrefour important où les protéines
subissent un contrôle de qualité très strict et, seules les
protéines ayant passé avec succès ce contrôle seront
acheminées vers l’appareil de Golgi pour être sécrétées ou
orientées vers d’autres compartiments. Les protéines identifiées comme incorrectes sont dégradées par un processus
appelé ERAD (ER-associated-degradation). Cela nécessite
l’export de ces protéines vers le cytoplasme de la cellule où
elles sont dégradées par la voie du protéasome [1, 2].
Toutes les situations conduisant à une altération de la
fonction du RE, comme par exemple l’accumulation de
protéines mal repliées ou des modifications de l’homéostasie calcique, entraînent le déclenchement d’une
réponse physiologique appelée réponse UPR (unfolded
protein response) ou encore stress du RE [3, 4]. C’est le
cas par exemple lors de l’infection par le virus de l’hépatite C ou par celui de l’herpès. Ces virus, en se répliquant
dans le RE et en entraînant une synthèse accrue de protéines par la cellule hôte, déclenchent une réponse UPR
(Figure 1). La réponse UPR a pour but : (1) de ralentir
la synthèse protéique globale pour empêcher l’arrivée
M/S n° 3, vol. 23, mars 2007
Article disponible sur le site http://www.medecinesciences.org ou http://dx.doi.org/10.1051/medsci/2007233291
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d’autres protéines dans la lumière du RE ; (2) de synthétiser de nouvelles protéines chaperons ou des « foldases » pour stimuler les processus
de repliement ; (3) d’entraîner vers la dégradation les protéines mal
repliées ; (4) de déclencher l’apoptose de la cellule quand les processus
précédents ont échoué.
Dans cette synthèse, nous aborderons dans une première partie les
mécanismes cellulaires et moléculaires mis en jeu lors de la réponse
UPR puis nous examinerons le rôle de la réponse UPR dans certaines
situations physiologiques ou physiopathologiques dans les cellules
de mammifères. Pour une description plus détaillée des mécanismes
d’activation de la voie UPR, nous invitons le lecteur à se référer à des
revues récentes de la littérature [3-5].
(inositol-requiring enzyme-1) [5]. L’activation de ces
trois protéines nécessite leur dissociation de la protéine
chaperon BiP/GRP78 qui les maintient dans un état inactif
dans les membranes du RE (Figure 2). L’arrivée accrue de
protéines dans la lumière du RE entraîne la dissociation
de BiP/GRP78 qui va s’associer aux protéines en cours de
repliement permettant ainsi l’activation de la voie UPR.
La voie traductionnelle : activation de la kinase PERK
Cette voie est, au cours du temps, la première qui se
met en place. Elle permet de ralentir momentanément la
synthèse protéique afin d’éviter un afflux supplémentaire
de protéines dans le RE. L’inhibition de la traduction
Les composantes de la réponse UPR chez les mammifères
s’effectue par l’intermédiaire de la kinase PERK qui lors
d’un stress, dimérise et s’autophosphoryle en trans. La
La réponse UPR a été mise en évidence chez la levure Saccharomyces protéine ainsi activée phosphoryle la sous-unité α du
cerevisiae. Chez ces organismes, la réponse UPR est restreinte à l’activa- facteur d’initiation de la traduction eiF-2 (eukaryotic
tion de la transcription de gènes cibles codant les protéines chaperons du translation initiation factor 2) [7] sur le résidu Ser51
RE, les protéines de glycosylation et les protéines de la voie ERAD (pour empêchant la formation du complexe de pré-initiation
revue, voir [6]). Chez les mammifères, la réponse UPR est plus complexe de la traduction et donc l’interaction des ARNm avec la
et entraîne l’activation de deux voies : une voie traductionnelle et une sous-unité 40S du ribosome. Curieusement, malgré le
voie transcriptionnelle. Elle peut également déclencher, dans certains blocage de la synthèse protéique, la traduction de cercas, l’activation d’une voie apoptotique. Elle implique l’activation de tains ARNm est augmentée lors de l’activation de la voie
trois protéines transmembranaires du RE : PERK (PKR-like ER-associa- PERK/eiF2α. C’est le cas de l’ARNm codant le facteur de
ted protein ki (...truncated)