De Hyōgo à Sendai, la résilience comme impératif d’adaptation aux risques de catastrophe : nouvelle valeur universelle ou gouvernement par la catastrophe ?
Développement durable et territoires
Économie, géographie, politique, droit, sociologie
Vol. 6, n°3 | Décembre 2015
L'adaptation en tension (1/2)
De Hyōgo à Sendai, la résilience comme impératif
d’adaptation aux risques de catastrophe : nouvelle
valeur universelle ou gouvernement par la
catastrophe ?
From Hyōgo to Sendai, resilience as an imperative for adaptation to disaster
risks: new universal value or government by disaster?
Béatrice Quenault
Édition électronique
URL : http://journals.openedition.org/developpementdurable/11010
DOI : 10.4000/developpementdurable.11010
ISSN : 1772-9971
Éditeur
Association DD&T
Référence électronique
Béatrice Quenault, « De Hyōgo à Sendai, la résilience comme impératif d’adaptation aux risques de
catastrophe : nouvelle valeur universelle ou gouvernement par la catastrophe ? », Développement
durable et territoires [En ligne], Vol. 6, n°3 | Décembre 2015, mis en ligne le 18 décembre 2015, consulté
le 19 avril 2019. URL : http://journals.openedition.org/developpementdurable/11010 ; DOI : 10.4000/
developpementdurable.11010
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De Hyōgo à Sendai, la résilience comme impératif d’adaptation aux risques de ...
De Hyōgo à Sendai, la résilience
comme impératif d’adaptation aux
risques de catastrophe : nouvelle
valeur universelle ou gouvernement
par la catastrophe ?
From Hyōgo to Sendai, resilience as an imperative for adaptation to disaster
risks: new universal value or government by disaster?
Béatrice Quenault
1
La résilience a été consacrée comme une stratégie politique essentielle dans le champ des
risques (Tierney et Bruneau, 2007) avec l’adoption, sous l’égide des Nations unies lors de
la 2e Conférence mondiale sur la prévention des risques de catastrophes (CMPRC) de Kobe
(Japon, janvier 2005), du Cadre d’action de Hyōgo (CAH) 2005-2015 : Pour des nations et des
collectivités résilientes face aux catastrophes (UNISDR, 2005). Malgré les intenses débats
académiques dont ce concept est l’objet et ses difficultés d’opérationnalisation, la
résilience1 fait depuis lors espérer dans la sphère politique, onusienne en particulier, une
nouvelle praxis de la réduction des risques de catastrophe (RRC)2 pour garantir la sécurité
humaine au sens large, y compris l’adaptation à de nouvelles conditions
environnementales globales en lien avec le changement climatique (Quenault, 2014).
Considérée comme un « point de passage obligé » tant pour la RRC que le développement
durable (Perrings, 2006), la plupart des États signataires ont progressivement inclus des
éléments de résilience dans leurs politiques intérieures (sécurité civile, gestion des
risques, etc.) ou de coopération internationale (aide au développement ou aide
humanitaire d’urgence, lutte contre le changement climatique, etc.).
2
Sans surprise, dans la continuité des orientations dessinées par le CAH (Mitchell et
Wilkinson, 2012), les négociations sur l’après 2015 qui se sont achevées lors de la 3 e
Développement durable et territoires, Vol. 6, n°3 | Décembre 2015
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De Hyōgo à Sendai, la résilience comme impératif d’adaptation aux risques de ...
CMPRC de Sendai (Japon, mars 2015) ont affiché la volonté des Parties en présence
d’approfondir et d’élargir les actions et stratégies fondées sur la résilience. Le Cadre
d’Action de Sendai (CAS) pour la PRC 2015-2030 réitère ainsi l’engagement des États « à
prévenir les risques de catastrophes et à construire la résilience » (UNISDR, 2015a , p. 3). Compte
tenu du sentiment d’urgence renouvelé en 2012 lors de la Conférence Rio+20 face au triple
enjeu du développement durable, de l’éradication de la pauvreté et de la lutte contre le
changement climatique, les négociations de Sendai avaient une portée symbolique
particulièrement forte dans le cadre du nouvel agenda politique international post-2015 :
cette rencontre était la première d’une série de trois autres conférences multilatérales
relatives au développement et aux instruments de la gouvernance mondiale des biens
publics mondiaux3 faisant elles aussi de la RRC une priorité du développement durable en
particulier face à la menace climatique (GIEC, 2011).
3
Ce synchronisme des diverses négociations intergouvernementales visant à lancer les
initiatives engageant l’avenir de l’humanité a été présenté comme une opportunité pour
définir d’un commun accord des paradigmes cohérents et aussi harmonisés que possible ;
l’objectif visé était d’aider les acteurs en charge des questions de sécurité, de
développement, d’aide ou de solidarité, « à construire la résilience et à atteindre l’objectif
global d’éradication de la pauvreté » (UNISDR, 2015a, n.t., p. 6). Mais étant donné le contenu
du CAS pour les 15 ans à venir, fruit des négociations entre 187 pays dont les tensions
importantes ont vidé la proposition initiale de son contenu4, rien n’est moins sûr. La
faiblesse et le caractère non contraignant des engagements de Sendai ainsi que l’absence
de synergie avec les autres processus multilatéraux relatifs à l’agenda politique post-2015,
font que le CAS symbolise surtout une opportunité manquée. La perspective d’aboutir à
une action conjointe effective et ambitieuse pour placer la communauté internationale
sur une trajectoire de développement durable et construire un « futur désirable » en écho
aux engagements pris lors de la Conférence Rio+20 de 2012 s’éloigne d’autant plus que les
modalités de mobilisation et d’opérationnalisation de la résilience proposées pour la RRC
sont loin d’être idéologiquement neutres. Certes, il convient de ne pas surestimer l’impact
que le CAS pourrait avoir sur les orientations effectives des politiques publiques en
matière de sécurité civile, qui dépendent largement des conditions nationales et locales
présidant à leur traduction concrète en actes. Reste que, compte tenu des modalités des
négociations onusiennes, le contenu du CAS est à la fois l’expression d’un compromis
âprement négocié en matière de gestion des risques et d’un consensus international
émergent en faveur du concept de résilience qui mérite que l’on y regarde de plus près vu
l’ampleur des enjeux.
4
Dans ce contexte, cet article poursuit un triple objectif. En premier lieu, après avoir
rappelé brièvement les principales étapes de l’engagement des Nations unies pour la RRC,
il s’attache à analyser les orientations et limites majeures des deux cadres successifs se
réclamant de la résilience en se plaçant alternativement du côté de l’univers des
problèmes (vulnérabilité et catastrophe) et de celui des solutions (adaptation et
résilience). Ensuite, cet article est l’occasion de montrer que la référence discursive
croissante à la résilience entérine une acceptation des catastrophes contribuant à
renouveler la problématique de l’adaptation et celle de la prévention pour focaliser (...truncated)