De Hyōgo à Sendai, la résilience comme impératif d’adaptation aux risques de catastrophe : nouvelle valeur universelle ou gouvernement par la catastrophe ?

Développement Durable et Territoires, Dec 2015

Since the adoption of the Hyōgo Framework for Action 2005-2015, resilience irrigates most of the United Nations discourses about disaster risk reduction (DRR) and is presented as an essential dimension of sustainable development pathways. The growing discursive reference to resilience, placed at the core of the Sendai Framework for Action 2015-2030 for DRR, tends to promote this concept as a new normative political injunction of international organisations and States leading to a renewal of the adaptation problematic and to focus DRR actions on emergency preparedness. Indeed, resilience could be exploited at the benefice of a neoliberal project of society susceptible to lead to a stigmatisation of most vulnerable communities and people in the opposite direction of collective solidarity aims implied by sustainable development.

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De Hyōgo à Sendai, la résilience comme impératif d’adaptation aux risques de catastrophe : nouvelle valeur universelle ou gouvernement par la catastrophe ?

Développement durable et territoires Économie, géographie, politique, droit, sociologie Vol. 6, n°3 | Décembre 2015 L'adaptation en tension (1/2) De Hyōgo à Sendai, la résilience comme impératif d’adaptation aux risques de catastrophe : nouvelle valeur universelle ou gouvernement par la catastrophe ? From Hyōgo to Sendai, resilience as an imperative for adaptation to disaster risks: new universal value or government by disaster? Béatrice Quenault Édition électronique URL : http://journals.openedition.org/developpementdurable/11010 DOI : 10.4000/developpementdurable.11010 ISSN : 1772-9971 Éditeur Association DD&T Référence électronique Béatrice Quenault, « De Hyōgo à Sendai, la résilience comme impératif d’adaptation aux risques de catastrophe : nouvelle valeur universelle ou gouvernement par la catastrophe ? », Développement durable et territoires [En ligne], Vol. 6, n°3 | Décembre 2015, mis en ligne le 18 décembre 2015, consulté le 19 avril 2019. URL : http://journals.openedition.org/developpementdurable/11010 ; DOI : 10.4000/ developpementdurable.11010 Ce document a été généré automatiquement le 19 avril 2019. Développement Durable et Territoires est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale 4.0 International. De Hyōgo à Sendai, la résilience comme impératif d’adaptation aux risques de ... De Hyōgo à Sendai, la résilience comme impératif d’adaptation aux risques de catastrophe : nouvelle valeur universelle ou gouvernement par la catastrophe ? From Hyōgo to Sendai, resilience as an imperative for adaptation to disaster risks: new universal value or government by disaster? Béatrice Quenault 1 La résilience a été consacrée comme une stratégie politique essentielle dans le champ des risques (Tierney et Bruneau, 2007) avec l’adoption, sous l’égide des Nations unies lors de la 2e Conférence mondiale sur la prévention des risques de catastrophes (CMPRC) de Kobe (Japon, janvier 2005), du Cadre d’action de Hyōgo (CAH) 2005-2015 : Pour des nations et des collectivités résilientes face aux catastrophes (UNISDR, 2005). Malgré les intenses débats académiques dont ce concept est l’objet et ses difficultés d’opérationnalisation, la résilience1 fait depuis lors espérer dans la sphère politique, onusienne en particulier, une nouvelle praxis de la réduction des risques de catastrophe (RRC)2 pour garantir la sécurité humaine au sens large, y compris l’adaptation à de nouvelles conditions environnementales globales en lien avec le changement climatique (Quenault, 2014). Considérée comme un « point de passage obligé » tant pour la RRC que le développement durable (Perrings, 2006), la plupart des États signataires ont progressivement inclus des éléments de résilience dans leurs politiques intérieures (sécurité civile, gestion des risques, etc.) ou de coopération internationale (aide au développement ou aide humanitaire d’urgence, lutte contre le changement climatique, etc.). 2 Sans surprise, dans la continuité des orientations dessinées par le CAH (Mitchell et Wilkinson, 2012), les négociations sur l’après 2015 qui se sont achevées lors de la 3 e Développement durable et territoires, Vol. 6, n°3 | Décembre 2015 1 De Hyōgo à Sendai, la résilience comme impératif d’adaptation aux risques de ... CMPRC de Sendai (Japon, mars 2015) ont affiché la volonté des Parties en présence d’approfondir et d’élargir les actions et stratégies fondées sur la résilience. Le Cadre d’Action de Sendai (CAS) pour la PRC 2015-2030 réitère ainsi l’engagement des États « à prévenir les risques de catastrophes et à construire la résilience » (UNISDR, 2015a , p. 3). Compte tenu du sentiment d’urgence renouvelé en 2012 lors de la Conférence Rio+20 face au triple enjeu du développement durable, de l’éradication de la pauvreté et de la lutte contre le changement climatique, les négociations de Sendai avaient une portée symbolique particulièrement forte dans le cadre du nouvel agenda politique international post-2015 : cette rencontre était la première d’une série de trois autres conférences multilatérales relatives au développement et aux instruments de la gouvernance mondiale des biens publics mondiaux3 faisant elles aussi de la RRC une priorité du développement durable en particulier face à la menace climatique (GIEC, 2011). 3 Ce synchronisme des diverses négociations intergouvernementales visant à lancer les initiatives engageant l’avenir de l’humanité a été présenté comme une opportunité pour définir d’un commun accord des paradigmes cohérents et aussi harmonisés que possible ; l’objectif visé était d’aider les acteurs en charge des questions de sécurité, de développement, d’aide ou de solidarité, « à construire la résilience et à atteindre l’objectif global d’éradication de la pauvreté » (UNISDR, 2015a, n.t., p. 6). Mais étant donné le contenu du CAS pour les 15 ans à venir, fruit des négociations entre 187 pays dont les tensions importantes ont vidé la proposition initiale de son contenu4, rien n’est moins sûr. La faiblesse et le caractère non contraignant des engagements de Sendai ainsi que l’absence de synergie avec les autres processus multilatéraux relatifs à l’agenda politique post-2015, font que le CAS symbolise surtout une opportunité manquée. La perspective d’aboutir à une action conjointe effective et ambitieuse pour placer la communauté internationale sur une trajectoire de développement durable et construire un « futur désirable » en écho aux engagements pris lors de la Conférence Rio+20 de 2012 s’éloigne d’autant plus que les modalités de mobilisation et d’opérationnalisation de la résilience proposées pour la RRC sont loin d’être idéologiquement neutres. Certes, il convient de ne pas surestimer l’impact que le CAS pourrait avoir sur les orientations effectives des politiques publiques en matière de sécurité civile, qui dépendent largement des conditions nationales et locales présidant à leur traduction concrète en actes. Reste que, compte tenu des modalités des négociations onusiennes, le contenu du CAS est à la fois l’expression d’un compromis âprement négocié en matière de gestion des risques et d’un consensus international émergent en faveur du concept de résilience qui mérite que l’on y regarde de plus près vu l’ampleur des enjeux. 4 Dans ce contexte, cet article poursuit un triple objectif. En premier lieu, après avoir rappelé brièvement les principales étapes de l’engagement des Nations unies pour la RRC, il s’attache à analyser les orientations et limites majeures des deux cadres successifs se réclamant de la résilience en se plaçant alternativement du côté de l’univers des problèmes (vulnérabilité et catastrophe) et de celui des solutions (adaptation et résilience). Ensuite, cet article est l’occasion de montrer que la référence discursive croissante à la résilience entérine une acceptation des catastrophes contribuant à renouveler la problématique de l’adaptation et celle de la prévention pour focaliser (...truncated)


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Béatrice Quenault. De Hyōgo à Sendai, la résilience comme impératif d’adaptation aux risques de catastrophe : nouvelle valeur universelle ou gouvernement par la catastrophe ?, Développement Durable et Territoires, 2015, DOI: 10.4000/developpementdurable.11010