Quitter Ayvalik/Kydonies et ses oliviers, regards sur une société de l’entre-deux

Cahiers Balkaniques, Jan 2012

While most of the ottoman towns presented a pluriconfessional demographic profile, Ayvalık distinguished itself, until 1922, for the homogeneity of its population, almost exclusively constituted of orthodox Greeks. The crises the city has undergone through during its short history are to be put into the account of the emergence of nationalisms in 19th century’s Eastern Mediterranean. The article examines the major characteristics of the local society (demography, economy, education…) before 1922. It uses various sources (population and fiscal ottoman registers, testimonies, administrative documents, etc…), kept, for most of them, in the Başbakanlık Osmanlı Arşivleri (Istanbul), the General State Archives in Athens and the Centre for Asia Minor Studies (Athens).

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Quitter Ayvalik/Kydonies et ses oliviers, regards sur une société de l’entre-deux

Cahiers balkaniques 40 | 2012 Jeunes-Turcs en Macédoine et en Ionie Quitter Ayvalik/Kydonies et ses oliviers, regards sur une société de l’entre-deux Farewell to Ayvalık/Kydonies and its olive trees: aspects of an in-between society Ν’αφήσεις το Αϊβαλί (Κυδωνιές) και τις ελιές του.. Méropi Anastassiadou Édition électronique URL : http://journals.openedition.org/ceb/958 DOI : 10.4000/ceb.958 ISSN : 2261-4184 Éditeur INALCO Édition imprimée Date de publication : 9 janvier 2012 ISSN : 0290-7402 Référence électronique Méropi Anastassiadou, « Quitter Ayvalik/Kydonies et ses oliviers, regards sur une société de l’entredeux », Cahiers balkaniques [En ligne], 40 | 2012, mis en ligne le 28 mai 2012, consulté le 19 avril 2019. URL : http://journals.openedition.org/ceb/958 ; DOI : 10.4000/ceb.958 Ce document a été généré automatiquement le 19 avril 2019. Cahiers balkaniques est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Partage dans les Mêmes Conditions 4.0 International. Quitter Ayvalik/Kydonies et ses oliviers, regards sur une société de l’entre-... Quitter Ayvalik/Kydonies et ses oliviers, regards sur une société de l’entre-deux Farewell to Ayvalık/Kydonies and its olive trees: aspects of an in-between society Ν’αφήσεις το Αϊβαλί (Κυδωνιές) και τις ελιές του.. Méropi Anastassiadou 1 D’une localité oubliée et endormie (32 000 âmes selon le recensement de 2000), Ayvalık est en passe de devenir, en ce début du XXIe siècle, un centre régional économique important. Son environnement naturel privilégié et un riche héritage architectural de l’époque ottomane tardive, associés à la volonté des autorités locales de réconcilier la ville avec son passé et de préserver ses spécificités culturelles, ont favorisé le développement touristique dans la région. Face aux promoteurs immobiliers et leurs nombreux « villages de vacances » dispersés à travers les îles alentour qui ferment la lagune, les historiens, folkloristes, ethnographes et architectes locaux ont uni leurs efforts pour souligner les singularités d’Ayvalık. Pendant la même période, les relations économiques et les actions culturelles communes avec l’île grecque de Lesbos se sont multipliées, créant un nouvel espace de contacts et d’échanges1. Toutefois, cet héritage architectural sur lequel compte le ministère de la Culture et du Tourisme turc pour booster la croissance de la région n’est pas celui d’une ville ottomane ordinaire. 2 Entre 1773 et 1922, la population d’Ayvalık était constituée presque exclusivement de Grecs orthodoxes – qui désignaient la ville sous le nom de Kydonies (κυδωνιές, cognassiers)2. Dans le contexte ottoman, il s’agit là d’une situation inhabituelle. Généralement, les agglomérations urbaines sont des espaces composites, où musulmans et non musulmans cohabitent et parfois se mêlent. Cela ne vaut pas seulement pour des villes importantes comme Istanbul, Salonique, Smyrne ou Beyrouth. Dans les petits bourgs d’Anatolie, la pluralité ethnoconfessionnelle est jusqu’à la fin de l’Empire « dans la nature des choses ». Évidemment, cela ne signifie pas non plus que toutes les localités anatoliennes soient « mixtes ». En Cappadoce, sur la côte égéenne ou le pourtour de la mer Noire, il y a eu des bourgades et des villages faits d’une seule communauté. Mais, Cahiers balkaniques, 40 | 2012 1 Quitter Ayvalik/Kydonies et ses oliviers, regards sur une société de l’entre-... dans le cas d’Ayvalık, le caractère monoconfessionnel de la population est lié à des privilèges spécifiques accordés par firman impérial en 1773. 3 Au-delà de cette spécificité, une des questions qui se posent est de savoir si l’Ayvalık du XIXe siècle a néanmoins fonctionné comme une ville anatolienne moyenne ordinaire, en ce qui concerne notamment les structures du pouvoir local ou les relations avec l’administration provinciale et centrale ottomane. Dans quelle mesure cette société fondée sur des privilèges (c’est-à-dire un statut juridique exceptionnel et « différent ») at-elle réussi son intégration dans un cadre institutionnel comme celui des Tanzimat dont l’idée maîtresse était l’égalité devant la loi ? 4 Cet article se limite à l’examen de trois aspects de l’itinéraire historique récent d’Ayvalık. Prenant appui sur un registre ottoman de populations des années 1840 ainsi que sur des déclarations déposées dans les années 1920 par les réfugiés de Kydonies auprès des autorités compétentes à Athènes en vue d’un dédommagement, il esquisse rapidement le profil sociodémographique de la ville. Les principales étapes de l’histoire locale entre 1773 et 1922 sont brièvement présentées dans une deuxième partie. Enfin, les structures administratives et la vie sociale pendant la période des Réformes (1840-1922) forment le dernier axe de l’étude. Le profil socioéconomique et démographique d’Ayvalık. 5 Dans les archives de la Présidence du Conseil à Istanbul (Başbakanlık Arşivleri), les collections du ministère des Finances ottoman contiennent quelques registres provenant d’Ayvalık3 et de ses environs immédiats (Ayvalık kazası). La « fluidité » entre la ville et la campagne y est manifeste. À Kydonies, au XIXe siècle, il n’est pas facile de faire la distinction entre l’urbain et le rural. Nombre d’habitants du centre-ville possèdent des oliviers et des animaux (chevaux, moutons, ânes, cochons) dans les alentours. 6 Au total, quatre registres ont été étudiés4. Ils couvrent la période 1842-1853 (1258 à 1270 de l’hégire) et recensent plus de 5 000 personnes de sexe masculin et de confession grecque orthodoxes5, domiciliées dans le kaza d’Ayvalık. Celles-ci représentent la majeure partie de la population locale. Les statistiques officielles (en particulier le recensement de 1881-1893) font, elles aussi, ressortir cet aspect monoconfessionnel de la société locale. Selon les données publiées par K. Karpat, 21 677 personnes vivaient dans les limites du kaza à cette époque. Parmi elles, 20 133 étaient grecques orthodoxes (92,87 %), alors que la présence musulmane y était insignifiante (40 femmes et 50 hommes pour l’ensemble du kaza)6. En 1914, pour 31 000 Grecs, on compte 450 musulmans7. Les salname (annuaires officiels de province) confirment amplement cette image. En 1889, la population d’Ayvalık est faite de 19 842 âmes (soit environ 4 600 foyers) ; vingt ans plus tard, en 1908, 23 320 hommes et femmes étaient présents dans le même espace8. 7 Beaucoup de ceux qui figurent dans les registres du Başbakanlık ont des origines géographiques variées. Edremit, Izmir, Pergame, Tire et les îles de l’Égée du Nord — Lesbos, Chios, Psara, Limnos, Imbros, Tenedos) font partie de la région proche. Ceux qui en viennent pratiquent une mobilité « régionale », à petite échelle. Nombre de personnes enregistrées sont originaires des Balkans (Kastoria, Debre, Filibe, Skopje, Salonique, Athènes) ou des îles de la Grèce (Andros, Crète). Par contre, la Cappadoce, la mer Noire ou l’Anatolie de (...truncated)


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Méropi Anastassiadou. Quitter Ayvalik/Kydonies et ses oliviers, regards sur une société de l’entre-deux, Cahiers Balkaniques, 2012, Issue 40, DOI: 10.4000/ceb.958