Représentations du rébétiko chez les élites intellectuelles de gauche entre la guerre civile et la dictature des colonels

Cahiers Balkaniques, Mar 2015

The representations of rebetiko among the intellectual elites of the left between the civil war and the dictatorship are ambivalent. Although certain minority voices highlighted the musical interest of the genre, the majority of leftist intellectuals dwelt on its themes in order to stigmatise its lack of combativeness, its fatalism, and its apology for drugs and pornography – all signs, according to them, of belonging to the lumpen-proletariat or to reactionary forces. This view, which was dominant from the forties to the sixties, is nonetheless challenged by certain progressive elites. Yet even though the greater part of leftist elite discourse up until the military coup condemned rebetiko, the popular classes adopted it en masse, sensitive to the fact that it belonged to a tradition of dissidence.

Article PDF cannot be displayed. You can download it here:

http://journals.openedition.org/ceb/pdf/5457

Représentations du rébétiko chez les élites intellectuelles de gauche entre la guerre civile et la dictature des colonels

Cahiers balkaniques Hors-série | 2015 Les élites grecques modernes, XVIIIe-XXe siècles : identités, modes d’action, représentations Représentations du rébétiko chez les élites intellectuelles de gauche entre la guerre civile et la dictature des colonels Representations of Rebetiko among the Intellectual Elites of the Left between the Civil War and the Military Dictatorship Αναπαραστάσεις του ρεμπέτικου στις αριστερές πνευματικές ελίτ μεταξύ του εμφυλίου πολέμου και της δικτατορίας των συνταγματαρχών Christina Alexopoulos Édition électronique URL : http://journals.openedition.org/ceb/5457 DOI : 10.4000/ceb.5457 ISSN : 2261-4184 Éditeur INALCO Édition imprimée Date de publication : 1 mars 2015 ISBN : 978-2-85831-224-5 ISSN : 0290-7402 Référence électronique Christina Alexopoulos, « Représentations du rébétiko chez les élites intellectuelles de gauche entre la guerre civile et la dictature des colonels », Cahiers balkaniques [En ligne], Hors-série | 2015, mis en ligne le 10 décembre 2015, consulté le 30 avril 2019. URL : http://journals.openedition.org/ceb/5457 ; DOI : 10.4000/ceb.5457 Ce document a été généré automatiquement le 30 avril 2019. Cahiers balkaniques est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Partage dans les Mêmes Conditions 4.0 International. Représentations du rébétiko chez les élites intellectuelles de gauche entre l... Représentations du rébétiko chez les élites intellectuelles de gauche entre la guerre civile et la dictature des colonels Representations of Rebetiko among the Intellectual Elites of the Left between the Civil War and the Military Dictatorship Αναπαραστάσεις του ρεμπέτικου στις αριστερές πνευματικές ελίτ μεταξύ του εμφυλίου πολέμου και της δικτατορίας των συνταγματαρχών Christina Alexopoulos 1 Les représentations du rébétiko chez les élites intellectuelles de gauche entre la guerre civile et la dictature des colonels s’inscrivent dans un contexte culturel et juridique défavorable à cette tradition musicale. Elles sont en large part héritières des attitudes préconisées dès les années 1930 par la culture dominante du pays. Les années 1940 sont marquées par l’avènement du paradigme culturel du mouvement de gauche, très présent dans la résistance, et son association à des productions culturelles d’origine populaire, telles les chansons démotiques. Or, pendant toute cette période, continue la stigmatisation du rébétiko, ressenti comme marginal par une grande partie des élites du pays, bien qu’ancré dans les moyens d’expression de larges parts de la population et notamment des couches sociales les moins favorisées. Ce n’est qu’après la fin de la dictature des colonels que ces représentations du rébétiko cèdent progressivement leur place à une valorisation du genre, voire à une redéfinition de son statut autour du thème de l’insoumission. Or, ce mouvement favorable au rébétiko, chant dit de la dissidence, reste initié d’en haut et n’est que partiellement (et partialement) admis par les élites de gauche. Pour comprendre le statut particulier du rébétiko chez ces élites entre la guerre civile et la dictature des colonels, il nous semble important dans un premier temps de définir l’héritage de la période précédente, tel qu’il perdure dans les représentations des nouveaux mouvements de gauche : qu’entendons-nous par représentations dominantes à l’égard du rébétiko dans les années 1930 et 1940 ? Quelles sont les élites de gauche Cahiers balkaniques, Hors-série | 2015 1 Représentations du rébétiko chez les élites intellectuelles de gauche entre l... formées dans les années 1940 qui s’expriment à son propos ? Dans quels termes choisissent-elles de le faire, pour quels motifs et dans quel but ? Il nous semble aussi important de mettre en avant la pluralité des regards, leur diversité dans l’espace et leur évolution dans le temps. Comment s’articulent les différents discours sur le rébétiko avant 1949, entre 1950 et 1959, entre 1960 et 1964, ou encore de 1964 à la dictature ? Enfin, comment les différents mouvements qui marquent cette périodisation par leur dynamique et leur contradiction annoncent-ils les changements ultérieurs ? Qu’est-ce qui permettra au rébétiko de gagner en importance après la fin de la dictature en opposition à ce qui s’était passé avant ? Quels seront les destins du rébétiko dans les représentations des élites de gauche ? Le rébétiko, une histoire entre marginalisation et dissidence 2 Pour mieux cerner le statut du rébétiko dans les années 1940 à 1960, il est important de revenir sur les représentations qui pèsent sur lui avant cette période, puis de mettre en relation ces discours sociaux avec les modes de représentation des faits culturels par les mouvements de gauche, en insistant sur les spécificités de leurs élites, à la fois soucieuses de mettre en avant l’originalité des productions populaires et méfiantes face à certains aspects d’une tradition musicale riche et polymorphe. 3 Les années 1940 connaissent l’Occupation nazie et l’avènement du mouvement de résistance de gauche EAM, puis la polarisation grandissante de la société civile et enfin la guerre qui éclate en 1946 et qui oppose les forces issues de l’EAM, sous-direction communiste, aux forces royalistes soutenues d’abord par les Britanniques et, par la suite, par les Américains. Si l’on définit comme élites de gauche, l’ensemble des acteurs qui dans cette période historique dirigent la politique et les choix culturels de la gauche grecque, force est de constater que les intellectuels en relation avec le Parti communiste grec se montrent méfiants à l’égard du rébétiko, tout en cherchant à réhabiliter d’autres pans de la musique populaire. La musique démotique, héritière fantasmée de la tradition d’insoumission des klephtes, est ainsi particulièrement valorisée dans une tentative d’appropriation ou de redéfinition des luttes d’indépendance menées par le passé. La reconstruction d’un continuum historique, permettant de faire le lien entre la guerre d’indépendance de 1821 et les années 1940, se matérialise aussi dans des discours qui cherchent à mettre en avant des productions culturelles perçues dans leur permanence. 4 À côté d’une musique démotique inscrite dans un habitus rural, valorisé dans les pratiques et les discours des combattants de l’EAM, mais aussi des maquisards de la guerre civile (et même de leurs adversaires), le rébétiko, musique urbaine venant d’Asie Mineure et des ports continentaux, comme dans sa version dite du Pirée, fait l’objet d’une marginalisation perçue comme constitutive du genre. 5 Depuis les années 1930, le rébétiko porte les stigmates d’une musique de la marge, il est considéré comme la production des fumeurs de haschisch, des prisonniers de droit commun et du lumpenprolétariat. Cette vision, communément partagée par les élites intellectuelles et culturelles, est construite à partir d’une certaine interprétation de l’appartenance sociale, de la (...truncated)


This is a preview of a remote PDF: http://journals.openedition.org/ceb/pdf/5457
Article home page: https://doaj.org/article/fa11abb43e214c578dd4944bb5c64343

Christina Alexopoulos. Représentations du rébétiko chez les élites intellectuelles de gauche entre la guerre civile et la dictature des colonels, Cahiers Balkaniques, 2015, DOI: 10.4000/ceb.5457