Représentations du rébétiko chez les élites intellectuelles de gauche entre la guerre civile et la dictature des colonels
Cahiers balkaniques
Hors-série | 2015
Les élites grecques modernes, XVIIIe-XXe siècles :
identités, modes d’action, représentations
Représentations du rébétiko chez les élites
intellectuelles de gauche entre la guerre civile et
la dictature des colonels
Representations of Rebetiko among the Intellectual Elites of the Left between the
Civil War and the Military Dictatorship
Αναπαραστάσεις του ρεμπέτικου στις αριστερές πνευματικές ελίτ μεταξύ του
εμφυλίου πολέμου και της δικτατορίας των συνταγματαρχών
Christina Alexopoulos
Édition électronique
URL : http://journals.openedition.org/ceb/5457
DOI : 10.4000/ceb.5457
ISSN : 2261-4184
Éditeur
INALCO
Édition imprimée
Date de publication : 1 mars 2015
ISBN : 978-2-85831-224-5
ISSN : 0290-7402
Référence électronique
Christina Alexopoulos, « Représentations du rébétiko chez les élites intellectuelles de gauche entre la
guerre civile et la dictature des colonels », Cahiers balkaniques [En ligne], Hors-série | 2015, mis en ligne
le 10 décembre 2015, consulté le 30 avril 2019. URL : http://journals.openedition.org/ceb/5457 ; DOI :
10.4000/ceb.5457
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Représentations du rébétiko chez les
élites intellectuelles de gauche entre la
guerre civile et la dictature des colonels
Representations of Rebetiko among the Intellectual Elites of the Left between the
Civil War and the Military Dictatorship
Αναπαραστάσεις του ρεμπέτικου στις αριστερές πνευματικές ελίτ μεταξύ του
εμφυλίου πολέμου και της δικτατορίας των συνταγματαρχών
Christina Alexopoulos
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Les représentations du rébétiko chez les élites intellectuelles de gauche entre la guerre
civile et la dictature des colonels s’inscrivent dans un contexte culturel et juridique
défavorable à cette tradition musicale. Elles sont en large part héritières des attitudes
préconisées dès les années 1930 par la culture dominante du pays. Les années 1940 sont
marquées par l’avènement du paradigme culturel du mouvement de gauche, très présent
dans la résistance, et son association à des productions culturelles d’origine populaire,
telles les chansons démotiques. Or, pendant toute cette période, continue la
stigmatisation du rébétiko, ressenti comme marginal par une grande partie des élites du
pays, bien qu’ancré dans les moyens d’expression de larges parts de la population et
notamment des couches sociales les moins favorisées. Ce n’est qu’après la fin de la
dictature des colonels que ces représentations du rébétiko cèdent progressivement leur
place à une valorisation du genre, voire à une redéfinition de son statut autour du thème
de l’insoumission. Or, ce mouvement favorable au rébétiko, chant dit de la dissidence,
reste initié d’en haut et n’est que partiellement (et partialement) admis par les élites de
gauche. Pour comprendre le statut particulier du rébétiko chez ces élites entre la guerre
civile et la dictature des colonels, il nous semble important dans un premier temps de
définir l’héritage de la période précédente, tel qu’il perdure dans les représentations des
nouveaux mouvements de gauche : qu’entendons-nous par représentations dominantes à
l’égard du rébétiko dans les années 1930 et 1940 ? Quelles sont les élites de gauche
Cahiers balkaniques, Hors-série | 2015
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Représentations du rébétiko chez les élites intellectuelles de gauche entre l...
formées dans les années 1940 qui s’expriment à son propos ? Dans quels termes
choisissent-elles de le faire, pour quels motifs et dans quel but ? Il nous semble aussi
important de mettre en avant la pluralité des regards, leur diversité dans l’espace et leur
évolution dans le temps. Comment s’articulent les différents discours sur le rébétiko
avant 1949, entre 1950 et 1959, entre 1960 et 1964, ou encore de 1964 à la dictature ?
Enfin, comment les différents mouvements qui marquent cette périodisation par leur
dynamique et leur contradiction annoncent-ils les changements ultérieurs ? Qu’est-ce qui
permettra au rébétiko de gagner en importance après la fin de la dictature en opposition
à ce qui s’était passé avant ? Quels seront les destins du rébétiko dans les représentations
des élites de gauche ?
Le rébétiko, une histoire entre marginalisation et
dissidence
2
Pour mieux cerner le statut du rébétiko dans les années 1940 à 1960, il est important de
revenir sur les représentations qui pèsent sur lui avant cette période, puis de mettre en
relation ces discours sociaux avec les modes de représentation des faits culturels par les
mouvements de gauche, en insistant sur les spécificités de leurs élites, à la fois soucieuses
de mettre en avant l’originalité des productions populaires et méfiantes face à certains
aspects d’une tradition musicale riche et polymorphe.
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Les années 1940 connaissent l’Occupation nazie et l’avènement du mouvement de
résistance de gauche EAM, puis la polarisation grandissante de la société civile et enfin la
guerre qui éclate en 1946 et qui oppose les forces issues de l’EAM, sous-direction
communiste, aux forces royalistes soutenues d’abord par les Britanniques et, par la suite,
par les Américains. Si l’on définit comme élites de gauche, l’ensemble des acteurs qui dans
cette période historique dirigent la politique et les choix culturels de la gauche grecque,
force est de constater que les intellectuels en relation avec le Parti communiste grec se
montrent méfiants à l’égard du rébétiko, tout en cherchant à réhabiliter d’autres pans de
la musique populaire. La musique démotique, héritière fantasmée de la tradition
d’insoumission des klephtes, est ainsi particulièrement valorisée dans une tentative
d’appropriation ou de redéfinition des luttes d’indépendance menées par le passé. La
reconstruction d’un continuum historique, permettant de faire le lien entre la guerre
d’indépendance de 1821 et les années 1940, se matérialise aussi dans des discours qui
cherchent à mettre en avant des productions culturelles perçues dans leur permanence.
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À côté d’une musique démotique inscrite dans un habitus rural, valorisé dans les
pratiques et les discours des combattants de l’EAM, mais aussi des maquisards de la
guerre civile (et même de leurs adversaires), le rébétiko, musique urbaine venant d’Asie
Mineure et des ports continentaux, comme dans sa version dite du Pirée, fait l’objet d’une
marginalisation perçue comme constitutive du genre.
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Depuis les années 1930, le rébétiko porte les stigmates d’une musique de la marge, il est
considéré comme la production des fumeurs de haschisch, des prisonniers de droit
commun et du lumpenprolétariat. Cette vision, communément partagée par les élites
intellectuelles et culturelles, est construite à partir d’une certaine interprétation de
l’appartenance sociale, de la (...truncated)