Les chants populaires grecs de la côte égéenne

Cahiers Balkaniques, Jan 2012

The settlement of the population is cosmopolitan, not only in Smyrna, but also in the other Ionian cities. Regarded as a “memory” of the last fatherlands, the songs are their testimony and expression, product of the urban Greek lower middle class growing up in the micrasiatic economical and cultural development of the years 1880-1922. We can read through it a society with its conventions, morals as it is found alive, omnipresent, till 1922, and transmits a form of Ionian Hellenism. It is a material for musicology study but allows also an approach of mentalities, behaviors, problems and evolutions of the “small patries” and presents evocation, images of Smyrna, the Aegean shores and the sea, the daily life, collective as private of an important population.

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Les chants populaires grecs de la côte égéenne

Cahiers balkaniques 40 | 2012 Jeunes-Turcs en Macédoine et en Ionie Les chants populaires grecs de la côte égéenne What represents the popular song in Minor Asia, and especially near the Aegean coast? Τα ελληνικά λαικά τραγούδια των μικρασιατικών παραλιών Katherine Nazloglou Édition électronique URL : http://journals.openedition.org/ceb/1088 DOI : 10.4000/ceb.1088 ISSN : 2261-4184 Éditeur INALCO Édition imprimée Date de publication : 9 janvier 2012 ISSN : 0290-7402 Référence électronique Katherine Nazloglou, « Les chants populaires grecs de la côte égéenne », Cahiers balkaniques [En ligne], 40 | 2012, mis en ligne le 27 mai 2012, consulté le 01 mai 2019. URL : http:// journals.openedition.org/ceb/1088 ; DOI : 10.4000/ceb.1088 Ce document a été généré automatiquement le 1 mai 2019. Cahiers balkaniques est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Partage dans les Mêmes Conditions 4.0 International. Les chants populaires grecs de la côte égéenne Les chants populaires grecs de la côte égéenne What represents the popular song in Minor Asia, and especially near the Aegean coast? Τα ελληνικά λαικά τραγούδια των μικρασιατικών παραλιών Katherine Nazloglou 1 Que représente la chanson populaire en Asie Mineure, et en particulier sur les rives de la mer Égée ? Le contexte du peuplement est cosmopolite, non seulement à Smyrne, mais dans les autres villes de la côte, tant les ports, même petits, en relation avec les îles proches et constituant le monde culturel et musical égéen, qu’à l’intérieur des terres. Depuis le XVIIIe siècle, et plus encore avec les voies ferrées à la fin du XIX e, échanges commerciaux et déplacements des hommes mettent en contact les centres urbains et les campagnes, les cités de la côte et de l’intérieur ; au début du XXe siècle, Salihli, Menemen, Pergame, Aïdin ne sont pas des centres isolés, même si la primauté de Smyrne l’emporte, mais des lieux de rencontres de diverses influences culturelles. Parmi elles, les influences musicales font de cet espace géographique un réel carrefour où les musiques byzantine, arabo-persane, ottomane, balkanique se mêlent à celles de la Grèce helladique et au rôle fondamental exercé par le karaghioze : influences sur les formes, les mélodies, les rythmes, mais aussi sur les thématiques des textes. La vie sociale, quotidienne, familiale, collective des Grecs du millet est marquée par la musique ; c’est ce dont attestent les récits des voyageurs occidentaux, archéologues, hommes de lettres ou diplomates depuis le XVIIIe siècle, et Charles de Scherzer, Gaston Deschamps, Alfred Berl ou René Puaux entre autres, y relèvent la place de la chanson populaire. 2 Le compositeur et musicologue Louis-Albert Bourgault-Ducoudray publie à Paris, en 1876, au retour de son voyage en Orient, « Trente mélodies populaires de Grèce et d’Orient » puis l’helléniste Hubert Pernot et le journaliste-historien Georges-Frédérick Abbott marquent à partir de 1900 leur intérêt pour ces mélodies et les diffusent dans plusieurs publications. Dès 1903, les nombreux enregistrements réalisés à Smyrne, les tournées européennes de l’Estoudiantina de Smyrne, les lettres des voyageurs, la presse smyrniote, Cahiers balkaniques, 40 | 2012 1 Les chants populaires grecs de la côte égéenne les cartes postales et les archives de recueils de chansons constituées par les Grecs dès les années 1920 sont les bases d'un intérêt transmis tant par la mémoire directe des réfugiés que par la recherche musicologique et littéraire. Les textes des chansons constituent en effet une source essentielle pour l’étude de la mémoire et des fonctionnements sociaux, des modes de vie, des mentalités des Micrasiates en tant qu’individus et organisations sociales particulières. En Grèce, le topos de la chanson « démotique » n’est pas urbain. En Ionie, il n’y a pas de réelle séparation culturelle entre les mondes urbain et rural, les implantations urbaines sont nombreuses, et d’autant plus sur et près de la côte. Smyrne est, certes, la plus importante, celle qui a donné son nom à une forme musicale et littéraire spécifique, mais des pratiques, des créations originales (par exemple, des rythmes, danses ou sujets dus à des environnements ou faits locaux particuliers) « s’observent ailleurs » : par exemple chansons de Phocée, Aïvali, Bournova, Aïdin, Pergame, Alatsata. Mais on trouve des transpositions, des variantes d’une ville, d’un village à l’autre ; les appropriations, adaptations et transformations de rythmes, de modes comme de textes, les particularismes linguistiques, rendent parfois difficile l’établissement de la localisation originelle. De même entre Asie Mineure et Constantinople, et s’il ne faut pas, à notre avis, comme certaines analyses récentes l’affirment, englober dans une seule approche les deux domaines musicaux et géographiques dont les contextes politiques, socio-économiques, culturels sont différents, il n’est pas question non plus de les dissocier voire de les opposer totalement, car les références mutuelles sont nombreuses. 3 À travers quelques exemples, que nous enseigne la chanson populaire ?1 Considérée comme une « mémoire des patries perdues », elle est avant tout témoignage, expression de ces « patries ». Elle est, originale ou adaptée, le produit de la petite bourgeoisie urbaine en pleine expansion de commerçants et artisans dans l’Ionie des années 1880-1922, c’est-à-dire la période correspondant à la Belle Époque, avec ses conventions sociales, morales. Elle a traversé, sans modification notable, par la voie orale essentiellement – jusqu’à l’arrivée du disque – les décennies et les générations. On la trouve, omniprésente, vivante, dans la société micrasiatique de 1922, dont les enfants en sont restés témoins et transmetteurs jusque dans les années 1970, quand la transmission orale se tarit et doit devenir mémoire écrite – ou chantée. L’expulsion 4 Les Grecs d’Ionie, sujets de l’Empire ottoman, évoluent dans le contexte politique intérieur et international complexe de la période des relations internationales menant à la Grande Guerre. Victimes des relations particulières qui se développent entre le royaume de Grèce et l’Empire entre autres, ils sont objets d’expulsions, exactions ; le massacre de Phocée, en 1913, en témoigne avant même le conflit mondial et sa conséquence, la guerre d’Asie Mineure dont le déroulement et l’issue signent la tragédie et la fin de l’hellénisme. Cependant, paradoxalement, peu de chansons font référence à ces persécutions et massacres. 5 Des témoins, tels Georges Metsolis et Nicolas Horbos2 ont, à partir de leur mémoire et de carnets familiaux constitués avant et après 1922, retranscrit les chansons de leur enfance. La plupart des « chansons de Phocée » qu’ils rapportent se retrouvent cependant, avec les mêmes textes ou avec des variantes ailleurs sur la côte égéenne et en Ionie. Quelques « chansons de la maison abandonnée » sont plus spécifiques de (...truncated)


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Katherine Nazloglou. Les chants populaires grecs de la côte égéenne, Cahiers Balkaniques, 2012, Issue 40, DOI: 10.4000/ceb.1088