Les chants populaires grecs de la côte égéenne
Cahiers balkaniques
40 | 2012
Jeunes-Turcs en Macédoine et en Ionie
Les chants populaires grecs de la côte égéenne
What represents the popular song in Minor Asia, and especially near the Aegean
coast?
Τα ελληνικά λαικά τραγούδια των μικρασιατικών παραλιών
Katherine Nazloglou
Édition électronique
URL : http://journals.openedition.org/ceb/1088
DOI : 10.4000/ceb.1088
ISSN : 2261-4184
Éditeur
INALCO
Édition imprimée
Date de publication : 9 janvier 2012
ISSN : 0290-7402
Référence électronique
Katherine Nazloglou, « Les chants populaires grecs de la côte égéenne », Cahiers balkaniques [En
ligne], 40 | 2012, mis en ligne le 27 mai 2012, consulté le 01 mai 2019. URL : http://
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Les chants populaires grecs de la côte égéenne
Les chants populaires grecs de la
côte égéenne
What represents the popular song in Minor Asia, and especially near the Aegean
coast?
Τα ελληνικά λαικά τραγούδια των μικρασιατικών παραλιών
Katherine Nazloglou
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Que représente la chanson populaire en Asie Mineure, et en particulier sur les rives de la
mer Égée ? Le contexte du peuplement est cosmopolite, non seulement à Smyrne, mais
dans les autres villes de la côte, tant les ports, même petits, en relation avec les îles
proches et constituant le monde culturel et musical égéen, qu’à l’intérieur des
terres. Depuis le XVIIIe siècle, et plus encore avec les voies ferrées à la fin du XIX e,
échanges commerciaux et déplacements des hommes mettent en contact les centres
urbains et les campagnes, les cités de la côte et de l’intérieur ; au début du XXe siècle,
Salihli, Menemen, Pergame, Aïdin ne sont pas des centres isolés, même si la primauté de
Smyrne l’emporte, mais des lieux de rencontres de diverses influences culturelles. Parmi
elles, les influences musicales font de cet espace géographique un réel carrefour où les
musiques byzantine, arabo-persane, ottomane, balkanique se mêlent à celles de la Grèce
helladique et au rôle fondamental exercé par le karaghioze : influences sur les formes, les
mélodies, les rythmes, mais aussi sur les thématiques des textes. La vie sociale,
quotidienne, familiale, collective des Grecs du millet est marquée par la musique ; c’est ce
dont attestent les récits des voyageurs occidentaux, archéologues, hommes de lettres ou
diplomates depuis le XVIIIe siècle, et Charles de Scherzer, Gaston Deschamps, Alfred Berl
ou René Puaux entre autres, y relèvent la place de la chanson populaire.
2
Le compositeur et musicologue Louis-Albert Bourgault-Ducoudray publie à Paris, en 1876,
au retour de son voyage en Orient, « Trente mélodies populaires de Grèce et d’Orient »
puis l’helléniste Hubert Pernot et le journaliste-historien Georges-Frédérick Abbott
marquent à partir de 1900 leur intérêt pour ces mélodies et les diffusent dans plusieurs
publications. Dès 1903, les nombreux enregistrements réalisés à Smyrne, les tournées
européennes de l’Estoudiantina de Smyrne, les lettres des voyageurs, la presse smyrniote,
Cahiers balkaniques, 40 | 2012
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Les chants populaires grecs de la côte égéenne
les cartes postales et les archives de recueils de chansons constituées par les Grecs dès les
années 1920 sont les bases d'un intérêt transmis tant par la mémoire directe des réfugiés
que par la recherche musicologique et littéraire. Les textes des chansons constituent en
effet une source essentielle pour l’étude de la mémoire et des fonctionnements sociaux,
des modes de vie, des mentalités des Micrasiates en tant qu’individus et organisations
sociales particulières. En Grèce, le topos de la chanson « démotique » n’est pas urbain. En
Ionie, il n’y a pas de réelle séparation culturelle entre les mondes urbain et rural, les
implantations urbaines sont nombreuses, et d’autant plus sur et près de la côte. Smyrne
est, certes, la plus importante, celle qui a donné son nom à une forme musicale et
littéraire spécifique, mais des pratiques, des créations originales (par exemple, des
rythmes, danses ou sujets dus à des environnements ou faits locaux particuliers)
« s’observent ailleurs » : par exemple chansons de Phocée, Aïvali, Bournova, Aïdin,
Pergame, Alatsata. Mais on trouve des transpositions, des variantes d’une ville, d’un
village à l’autre ; les appropriations, adaptations et transformations de rythmes, de modes
comme de textes, les particularismes linguistiques, rendent parfois difficile
l’établissement de la localisation originelle. De même entre Asie Mineure et
Constantinople, et s’il ne faut pas, à notre avis, comme certaines analyses récentes
l’affirment, englober dans une seule approche les deux domaines musicaux et
géographiques dont les contextes politiques, socio-économiques, culturels sont différents,
il n’est pas question non plus de les dissocier voire de les opposer totalement, car les
références mutuelles sont nombreuses.
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À travers quelques exemples, que nous enseigne la chanson populaire ?1 Considérée
comme une « mémoire des patries perdues », elle est avant tout témoignage, expression
de ces « patries ». Elle est, originale ou adaptée, le produit de la petite bourgeoisie
urbaine en pleine expansion de commerçants et artisans dans l’Ionie des années
1880-1922, c’est-à-dire la période correspondant à la Belle Époque, avec ses conventions
sociales, morales. Elle a traversé, sans modification notable, par la voie orale
essentiellement – jusqu’à l’arrivée du disque – les décennies et les générations. On la
trouve, omniprésente, vivante, dans la société micrasiatique de 1922, dont les enfants en
sont restés témoins et transmetteurs jusque dans les années 1970, quand la transmission
orale se tarit et doit devenir mémoire écrite – ou chantée.
L’expulsion
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Les Grecs d’Ionie, sujets de l’Empire ottoman, évoluent dans le contexte politique
intérieur et international complexe de la période des relations internationales menant à
la Grande Guerre. Victimes des relations particulières qui se développent entre le
royaume de Grèce et l’Empire entre autres, ils sont objets d’expulsions, exactions ; le
massacre de Phocée, en 1913, en témoigne avant même le conflit mondial et sa
conséquence, la guerre d’Asie Mineure dont le déroulement et l’issue signent la tragédie
et la fin de l’hellénisme. Cependant, paradoxalement, peu de chansons font référence à
ces persécutions et massacres.
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Des témoins, tels Georges Metsolis et Nicolas Horbos2 ont, à partir de leur mémoire et de
carnets familiaux constitués avant et après 1922, retranscrit les chansons de leur enfance.
La plupart des « chansons de Phocée » qu’ils rapportent se retrouvent cependant, avec les
mêmes textes ou avec des variantes ailleurs sur la côte égéenne et en Ionie. Quelques
« chansons de la maison abandonnée » sont plus spécifiques de (...truncated)