Les femmes et les enfants, prisonniers politiques ou déportés à titre préventif pendant la guerre civile grecque
Cahiers balkaniques
38-39 | 2011
Conflits et mémoires dans les Balkans
Les femmes et les enfants, prisonniers politiques
ou déportés à titre préventif pendant la guerre
civile grecque
Christina Alexopoulos
Édition électronique
URL : http://journals.openedition.org/ceb/830
DOI : 10.4000/ceb.830
ISSN : 2261-4184
Éditeur
INALCO
Édition imprimée
Date de publication : 30 mars 2011
Pagination : 267-288
ISBN : 978-2-85831-189-7
ISSN : 0290-7402
Référence électronique
Christina Alexopoulos, « Les femmes et les enfants, prisonniers politiques ou déportés à titre préventif
pendant la guerre civile grecque », Cahiers balkaniques [En ligne], 38-39 | 2011, mis en ligne le 06
décembre 2011, consulté le 19 avril 2019. URL : http://journals.openedition.org/ceb/830 ; DOI :
10.4000/ceb.830
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Les femmes et les enfants, prisonniers politiques ou déportés à titre prévent...
Les femmes et les enfants, prisonniers
politiques ou déportés à titre préventif
pendant la guerre civile grecque
Christina Alexopoulos
1
Pendant la guerre civile grecque (1946-1949) des milliers de personnes sont
emprisonnées, déportées dans des camps de concentration ou exilées dans des îles. À
l’intérieur du groupe des prisonniers politiques se trouvent différentes catégories de
détenus, formant une population hétéroclite d’hommes et de femmes, persécutés pour
leurs idées, leurs origines ou même des liens de parenté avec les communistes. Dans la
présente étude, nous nous intéresserons à un groupe sociologique particulier, lui-même
assez peu homogène, les femmes et les enfants, prisonniers politiques ou déportés à titre
préventif pendant le conflit. Après un bref rappel de la pratique de la déportation dans la
guerre civile et une esquisse de typologie de la réclusion, nous nous attacherons à étudier
les conditions de détention et les stratégies de survie des femmes, souvent emprisonnées
avec leurs enfants, leur statut au sein de la communauté des prisonniers politiques ainsi
que le sens de l'engagement politique dans leur système de valeurs.
La pratique de la déportation et de l’emprisonnement
dans le contexte politique de la guerre civile grecque.
Rappel historique.
2
Dans le contexte politique de la guerre civile grecque, la déportation et l’emprisonnement
servent de moyens pour intimider une population considérée comme susceptible de
participer à l’effort de guerre en apportant une aide matérielle ou morale aux
combattants communistes. Comme les récents travaux de Polyméris Voglis1 l’ont
démontré, l’arbitraire des arrestations, la durée de la détention avant le procès ou à titre
préventif, la sévérité des peines prononcées pour des « délits » spécialement inventés
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Les femmes et les enfants, prisonniers politiques ou déportés à titre prévent...
voire non commis tout comme l’arsenal juridique créé ad hoc2 pour contrer « la menace
communiste » participent, au même titre que les exécutions sommaires, la torture et les
exactions des groupes paramilitaires d’extrême droite, d’une politique d’exclusion
violente de la gauche où le maître mot est la terreur. Coupable de sa participation au
projet3 de renouveau de l’EAM pendant la résistance, suspectée d’adhérer aux idées
communistes ou ayant juste la mauvaise idée de se trouver au mauvais endroit au
mauvais moment, la partie de la population grecque qui pourrait être amenée à
collaborer avec l’Armée démocratique doit être intimidée, tout comme les rebelles qui
doivent se couper de leur milieu naturel.
3
Cette situation conduit à des déplacements de population depuis les zones rurales vers la
périphérie des grandes villes, entraîne la déportation sur des îles d’exil des femmes et des
enfants ayant un lien idéologique ou un lien de parenté avec les communistes (euxmêmes combattants, prisonniers politiques ou rentrés en clandestinité) et impose le
départ au bloc de l’Est de milliers d’enfants, nés de parents communistes, qui n’ont guère
d’autre alternative que de quitter le pays, pour fuir les représailles des paramilitaires et
l’envoi forcé dans des orphelinats et autres camps disciplinaires d’endoctrinement
anticommuniste créés par la reine Frédérica.4
4
Sur les lieux d’exil et d’enfermement se retrouve alors une population hétéroclite
comportant entre autres des femmes déportées à titre préventif accompagnées d’enfants
en bas âge, des combattantes inculpées pour leur participation au conflit, des membres du
Parti communiste, des personnes rentrées en clandestinité pour fuir les représailles des
paramilitaires, voire grand nombre de femmes âgées, dont les fils ou les filles sont au
maquis.
Présentation des principaux camps et prisons
5
Ces femmes se retrouvent dans différents camps de déportations et prisons, après un
passage par les locaux de la Sûreté et autres postes de police, où l’usage de la torture est
quasi systématique. Nous allons évoquer quatre camps d’enfermement et de déportation
relatés dans les récits d’anciens prisonniers politiques, à savoir les camps de Chios, de
Trikeri, de Makronissos et de Aï Stratis, ainsi qu’une prison pour femmes située à
Athènes, la prison Avéroff, puis nous essaierons d’esquisser une typologie des espaces de
réclusion.
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En mars 1948, 94 femmes et 17 enfants sont déportés à Chios, suivis d’un deuxième
groupe de 75 femmes et de 13 enfants, puis d’un troisième groupe de 58 femmes et 3
enfants. Très rapidement, on passe à des envois de 50 à 100 personnes deux fois par
semaine. Condamnés officiellement à une simple déportation sans enfermement, ces
détenus se voient très rapidement subir une double peine celle de l’enfermement dans
des bâtiments surpeuplés et insalubres, puis une nouvelle peine vient s’y rajouter, sous
forme de privations : manque de nourriture, d’eau, de soins médicaux, interdiction de
correspondance, violences physiques et psychologiques, divisions de femmes en plusieurs
groupes de « dangerosité » avec institution d’une « Annexe spéciale », de juillet 1948 en
avril 1949.
7
En avril 1949, les détenus du camp de Chios sont transférés au camp de Trikeri, une île
non habitée en Thessalie. Dans ce camp se trouvait déjà depuis 1947, le campement
d’hommes qui comptait trois mille à quatre mille déportés, transférés en 1949 à
Makronissos. Dès 1947, on y pratiquait la déportation à titre préventif des femmes qui
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Les femmes et les enfants, prisonniers politiques ou déportés à titre prévent...
avaient un lien de parenté avec les communistes et qui se trouvaient dans des zones
rurales investies par l’armée gouvernementale. Leur nombre n’était pas stable5, en 1948, il
y en avait 500 en février 1949. (Le seul moyen de quitter le camp, était de signer une
déclaration de repentir, abjurant (...truncated)