Les femmes et les enfants, prisonniers politiques ou déportés à titre préventif pendant la guerre civile grecque

Cahiers Balkaniques, Jun 2011

During the Greek Civil War (1946-1949) thousands of persons were imprisoned, deported to concentration camps or exiled on the islands, a heteroclite population of men and women, persecuted for their ideas, their origins or even their association with the Communists. In the present study, we are interested in a not particularly homogeneous group of women and children, political prisoners or deportees who had been detained for preventive reasons during the conflict. Following a brief summary of the practice of deportation and a typological sketch of the imprisonment, we shall study the detention conditions and the survival strategies of the women, often imprisoned with their children, their status vis-à-vis the political prisoners as well as the meaning of political commitment in their value system.

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Les femmes et les enfants, prisonniers politiques ou déportés à titre préventif pendant la guerre civile grecque

Cahiers balkaniques 38-39 | 2011 Conflits et mémoires dans les Balkans Les femmes et les enfants, prisonniers politiques ou déportés à titre préventif pendant la guerre civile grecque Christina Alexopoulos Édition électronique URL : http://journals.openedition.org/ceb/830 DOI : 10.4000/ceb.830 ISSN : 2261-4184 Éditeur INALCO Édition imprimée Date de publication : 30 mars 2011 Pagination : 267-288 ISBN : 978-2-85831-189-7 ISSN : 0290-7402 Référence électronique Christina Alexopoulos, « Les femmes et les enfants, prisonniers politiques ou déportés à titre préventif pendant la guerre civile grecque », Cahiers balkaniques [En ligne], 38-39 | 2011, mis en ligne le 06 décembre 2011, consulté le 19 avril 2019. URL : http://journals.openedition.org/ceb/830 ; DOI : 10.4000/ceb.830 Ce document a été généré automatiquement le 19 avril 2019. Cahiers balkaniques est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Partage dans les Mêmes Conditions 4.0 International. Les femmes et les enfants, prisonniers politiques ou déportés à titre prévent... Les femmes et les enfants, prisonniers politiques ou déportés à titre préventif pendant la guerre civile grecque Christina Alexopoulos 1 Pendant la guerre civile grecque (1946-1949) des milliers de personnes sont emprisonnées, déportées dans des camps de concentration ou exilées dans des îles. À l’intérieur du groupe des prisonniers politiques se trouvent différentes catégories de détenus, formant une population hétéroclite d’hommes et de femmes, persécutés pour leurs idées, leurs origines ou même des liens de parenté avec les communistes. Dans la présente étude, nous nous intéresserons à un groupe sociologique particulier, lui-même assez peu homogène, les femmes et les enfants, prisonniers politiques ou déportés à titre préventif pendant le conflit. Après un bref rappel de la pratique de la déportation dans la guerre civile et une esquisse de typologie de la réclusion, nous nous attacherons à étudier les conditions de détention et les stratégies de survie des femmes, souvent emprisonnées avec leurs enfants, leur statut au sein de la communauté des prisonniers politiques ainsi que le sens de l'engagement politique dans leur système de valeurs. La pratique de la déportation et de l’emprisonnement dans le contexte politique de la guerre civile grecque. Rappel historique. 2 Dans le contexte politique de la guerre civile grecque, la déportation et l’emprisonnement servent de moyens pour intimider une population considérée comme susceptible de participer à l’effort de guerre en apportant une aide matérielle ou morale aux combattants communistes. Comme les récents travaux de Polyméris Voglis1 l’ont démontré, l’arbitraire des arrestations, la durée de la détention avant le procès ou à titre préventif, la sévérité des peines prononcées pour des « délits » spécialement inventés Cahiers balkaniques, 38-39 | 2011 1 Les femmes et les enfants, prisonniers politiques ou déportés à titre prévent... voire non commis tout comme l’arsenal juridique créé ad hoc2 pour contrer « la menace communiste » participent, au même titre que les exécutions sommaires, la torture et les exactions des groupes paramilitaires d’extrême droite, d’une politique d’exclusion violente de la gauche où le maître mot est la terreur. Coupable de sa participation au projet3 de renouveau de l’EAM pendant la résistance, suspectée d’adhérer aux idées communistes ou ayant juste la mauvaise idée de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment, la partie de la population grecque qui pourrait être amenée à collaborer avec l’Armée démocratique doit être intimidée, tout comme les rebelles qui doivent se couper de leur milieu naturel. 3 Cette situation conduit à des déplacements de population depuis les zones rurales vers la périphérie des grandes villes, entraîne la déportation sur des îles d’exil des femmes et des enfants ayant un lien idéologique ou un lien de parenté avec les communistes (euxmêmes combattants, prisonniers politiques ou rentrés en clandestinité) et impose le départ au bloc de l’Est de milliers d’enfants, nés de parents communistes, qui n’ont guère d’autre alternative que de quitter le pays, pour fuir les représailles des paramilitaires et l’envoi forcé dans des orphelinats et autres camps disciplinaires d’endoctrinement anticommuniste créés par la reine Frédérica.4 4 Sur les lieux d’exil et d’enfermement se retrouve alors une population hétéroclite comportant entre autres des femmes déportées à titre préventif accompagnées d’enfants en bas âge, des combattantes inculpées pour leur participation au conflit, des membres du Parti communiste, des personnes rentrées en clandestinité pour fuir les représailles des paramilitaires, voire grand nombre de femmes âgées, dont les fils ou les filles sont au maquis. Présentation des principaux camps et prisons 5 Ces femmes se retrouvent dans différents camps de déportations et prisons, après un passage par les locaux de la Sûreté et autres postes de police, où l’usage de la torture est quasi systématique. Nous allons évoquer quatre camps d’enfermement et de déportation relatés dans les récits d’anciens prisonniers politiques, à savoir les camps de Chios, de Trikeri, de Makronissos et de Aï Stratis, ainsi qu’une prison pour femmes située à Athènes, la prison Avéroff, puis nous essaierons d’esquisser une typologie des espaces de réclusion. 6 En mars 1948, 94 femmes et 17 enfants sont déportés à Chios, suivis d’un deuxième groupe de 75 femmes et de 13 enfants, puis d’un troisième groupe de 58 femmes et 3 enfants. Très rapidement, on passe à des envois de 50 à 100 personnes deux fois par semaine. Condamnés officiellement à une simple déportation sans enfermement, ces détenus se voient très rapidement subir une double peine celle de l’enfermement dans des bâtiments surpeuplés et insalubres, puis une nouvelle peine vient s’y rajouter, sous forme de privations : manque de nourriture, d’eau, de soins médicaux, interdiction de correspondance, violences physiques et psychologiques, divisions de femmes en plusieurs groupes de « dangerosité » avec institution d’une « Annexe spéciale », de juillet 1948 en avril 1949. 7 En avril 1949, les détenus du camp de Chios sont transférés au camp de Trikeri, une île non habitée en Thessalie. Dans ce camp se trouvait déjà depuis 1947, le campement d’hommes qui comptait trois mille à quatre mille déportés, transférés en 1949 à Makronissos. Dès 1947, on y pratiquait la déportation à titre préventif des femmes qui Cahiers balkaniques, 38-39 | 2011 2 Les femmes et les enfants, prisonniers politiques ou déportés à titre prévent... avaient un lien de parenté avec les communistes et qui se trouvaient dans des zones rurales investies par l’armée gouvernementale. Leur nombre n’était pas stable5, en 1948, il y en avait 500 en février 1949. (Le seul moyen de quitter le camp, était de signer une déclaration de repentir, abjurant (...truncated)


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Christina Alexopoulos. Les femmes et les enfants, prisonniers politiques ou déportés à titre préventif pendant la guerre civile grecque, Cahiers Balkaniques, 2011, pp. 267-288, Issue 39, DOI: 10.4000/ceb.830