Poésie camerounaise et le syndrome minoritaire
ﻣﺠﻠﺔ ﺣﻮﻟﻴﺎت اﻟﺘﺮاث
Revue Annales du Patrimoine
P-ISSN 1112-5020 / E-ISSN 2602-6945
Poésie camerounaise et le syndrome minoritaire
Cameroonian poetry and minority syndrome
Fernando Ligue Engamba
Université de Ngaoundéré, Cameroun
Reçu le : 26/6/2025 - Accepté le : 30/7/2025
25
2025
Pour citer l'article :
Fernando Ligue Engamba : Poésie camerounaise et le syndrome minoritaire,
Revue Annales du patrimoine, Université de Mostaganem, N° 25,
Septembre 2025, pp. 147-161.
http://annalesdupatrimoine.wordpress.com
***
Hawliyyat al-Turath, University of Mostaganem, Algeria
N° 25, September 2025
Revue Annales du patrimoine, N° 25, 2025, pp. 147 - 161
P-ISSN 1112-5020 / E-ISSN 2602-6945
Poésie camerounaise et le syndrome minoritaire
Fernando Ligue Engamba
Université de Ngaoundéré, Cameroun
Résumé :
La réglementation de l’occupation de l’Afrique codifiée pendant la
seconde conférence de Berlin est à l’origine de l’éparpillement des ethnies et
de la recomposition identitaire des Etats postcoloniaux. Le Cameroun a subi
une triple occupation étrangère et hérité de deux identités culturelles
différentes; ce qui explique la division de sa population en francophones et
anglophones. Cela a engendré la gestation d’une mentalité aux relents
identitaires et imposé la construction parfois inconsciente, de la mentalité
anglophile. Ainsi, l’esprit de culpabilité d’être anglo constitue l’idée générale
des poèmes choisis. Etant donné que la construction inconsciente de la
mentalité tribale se manifeste de plusieurs manières, le sentiment d’inimitié
développée dans les poèmes, est-il issu du syndrome des minorités ? Par une
approche qualitative et à travers des éléments textuels issus des poèmes
choisis, on constate que le syndrome des minorités est exacerbé entre autres
par la visibilité qu’offrent les moyens de communication moderne et de
diffusion scientifique. Ce qui participe à la forge de la mentalité tribale dans
les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun.
Mots-clés:
Cameroun, anglophile, anglophobe, Takwi Mathew, Douglas Achingale.
o
Cameroonian poetry and minority syndrome
Fernando Ligue Engamba
University of Ngaoundere, Cameroun
Abstract:
The regulation of the occupation of Africa codified during the second
Berlin conference is at the origin of the scattering of ethnic groups and the
identity (re)composition of postcolonial states. Cameroon has suffered a triple
foreign occupation and inherited two different cultural identities; which
explains the division of its population into French-speaking and Englishspeaking. This has led to the gestation of a mentality with identitarian
overtones and imposed the sometimes uncoscious construction of the
Anglophile mentality. Thus, the spirit of guilt of being Anglo constitutes the
general idea of the chosen poems. Given that the unconscious construction of
the tribal mentality manifests itself in several ways, does the feeling of enmity
developed in the poems come from the minority syndrome? Through a
Reçu le : 26/6/2025 - Accepté le : 30/7/2025
© Université de Mostaganem, Algérie 2025
Fernando Ligue Engamba
qualitative approach and through textual elements from the selected poems,
we note that the minority syndrome is exacerbated, among other things, by
the visibility offered by modern means of communication and scientific
dissemination. This contributes to the forging of the tribal mentality in the
North-West and South-West regions of Cameroon.
Keywords:
Cameroon, Anglophile, Anglophobe, Takwi Mathew, Douglas Achingale.
o
Introduction :
Après soixante ans de souveraineté internationale avérée,
quelques évènements survenues dans un passé lointain
(codification de l’occupation de l’Afrique pendant la seconde
conférence de Berlin, le protectorat allemand au Cameroun, les
deux guerres mondiales, la partition du Cameroun, réunification
par césarienne, la venus de la démocratie, le Nouvel Ordre de
l’Information et de la Communication (NOIC)), ont plongé le
Cameroun dans une sorte de "zone de turbulence"(1), diversement
appréciée par les chercheurs. La turbulence dont il s’agit ici n’est
rien d’autre que le legs culturel colonial dont a hérité le
Cameroun, plus connu sous sa forme linguistique grâce aux
expressions francophones et anglophones. La réunification du
Cameroun en 1961 fortement remise en cause, est largement la
résultante du processus d’homogénéisation juridique de l’espace
politique par la généralisation systématique du modèle culturel
francophone. Cette "turbulence" due à la "reterritorialisation"(2)
culturelle de l’Etat par le politique est dénoncé par les
Camerounais
d’expression
anglaise
(anglophone).
Le
regroupement arbitraire de 1961 aurait imposé un cadre étatique
et idéologique, phagocytant l’identité culturelle anglo-saxonne.
D’où la survenue du principe d’autodétermination ancré sur le
territoire anglophone (Nord-Ouest et Sud-Ouest) qui constitue le
support matériel et symbolique de leur appartenance. Les
revendications de toutes natures inhérentes à cet état de fait ont
progressivement et inconsciemment forgé une sorte de
- 148 Revue Annales du patrimoine
Poésie camerounaise et le syndrome minoritaire
"nationaliste ethnique"(3) et surtout une mentalité tribale innée.
Cette glose se concentre sur la construction discursive et
narrative d’une mentalité tribale commune. C’est pourquoi dans
le but de mieux étayer nos propos, nous nous sommes appesantis
sur les poèmes "Because I am an anglo" de Takwi Mathew et "I
want to go" de Douglas Achingale, constituent parmi tant
d’autres, des exemples typiques de l’automaticité de cette
mentalité identitaire aux relents tribaux, révélateur du malaise
tribal anglophone. Malgré les efforts concertés du gouvernement
central et de quelques "leaders anglophones" ayant abouti à la
tenue du Grand Dialogue National Inclusif, tous citoyens
Camerounais originaire du NOSO, quel que soit l’âge, sait qu’il
est non seulement "marginalised", mais surtout "enemies in the
house". Ce discours d’exclusion, voire de frustration et le
sentiment d’inimitié développée dans les poèmes, est-il issu
du syndrome des minorités ou alors des faits existentiels réels ? Il
ne s’agit point de revenir ici sur le "problème anglophone" de
manière générale car, une abondante littérature lui est déjà
consacrée. Il est question, à travers l’analyse des poèmes choisis,
de questionner l’engrenage automatique de la construction de la
mentalité identitaire aux relents tribales chez les camerounais
issus du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.
1 – Fixation psychologique de la conscience d’exclusion :
Le poème de Takwi Mathew fait une fixation sur les causes,
mieux, la cause du "malheur" des anglophones. Cela va de la
définition du terme anglophone en contexte camerounais d’une
part, et de l’attribution de tous leurs "malheurs" au simple statut
d’être anglophone. Il s’agit dans cette partie d’interroger la
conception de l’anglophonie selon différents points de vue des
chercheurs, tout en analysant la redondan (...truncated)