Politiques agricoles en Afrique de l’Ouest et du Centre : reste-t-il une marge de manoeuvre pour l’intervention publique ?

OCL, Nov 2002

La marge de manoeuvre des politiques agricoles africaines a été considérablement réduite au cours des années 1990, du fait de l’existence de nombreuses contraintes issues de l’environnement économique international. Parmi celles-ci, les conditionnalités liées aux Programmes d’Ajustement Structurel ont pesé de manière déterminante sur l’évolution des modalités de l’intervention publique dans le secteur agricole. L’État s’est largement désengagé des activités de commercialisation et de transformation de la production agricole, mais peine à définir une nouvelle stratégie de développement prenant en compte les intérêts du secteur. L’appui à la professionnalisation du monde paysan et à la formation d’interprofessions reste timide, et le chemin menant à la réorganisation de filières agricoles centrées sur l’initiative privée reste long et difficile.

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Politiques agricoles en Afrique de l’Ouest et du Centre : reste-t-il une marge de manoeuvre pour l’intervention publique ?

Politiques agricoles en Afrique de l'Ouest et du Centre : reste-t-il une marge de manœuvre pour l'intervention publique ? Oléagineux, Corps Gras, Lipides. Volume 9, Numéro 6, 433-8, Novembre - Décembre 2002, Dossier : Afrique : agriculture, développement et recherche Auteur(s) : Vincent RIBIER, CIRAD, 45 bis, avenue de la Belle-Gabrielle, 94736 Nogent-sur-Marne cedex. Résumé : La marge de manœuvre des politiques agricoles africaines a été considérablement réduite au cours des années 1990, du fait de l'existence de nombreuses contraintes issues de l'environnement économique international. Parmi celles-ci, les conditionnalités liées aux Programmes d'Ajustement Structurel ont pesé de manière déterminante sur l'évolution des modalités de l'intervention publique dans le secteur agricole. L'État s'est largement désengagé des activités de commercialisation et de transformation de la production agricole, mais peine à définir une nouvelle stratégie de développement prenant en compte les intérêts du secteur. L'appui à la professionnalisation du monde paysan et à la formation d'interprofessions reste timide, et le chemin menant à la réorganisation de filières agricoles centrées sur l'initiative privée reste long et difficile. Mots-clés : politique agricole, accords commerciaux internationaux, Programmes d'Ajustement Structurel, libéralisation, organisations de producteurs, interprofession. ARTICLE Différents éléments du contexte international ont fortement marqué les économies africaines, avec d'importantes répercussions sur le secteur agricole. Les Programmes d'Ajustement Structurel (PAS), le volet agricole de l'OMC (Organisation Mondiale du Commerce), l'accord de Cotonou entre l'Union Européenne et les pays de la zone ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique) et la Politique agricole unifiée (PAU) de l'UEMOA (Union Économique et Monétaire Ouest Africaine) ont modifié et continuent de modifier en profondeur les modalités de l'intervention publique des États africains dans le secteur agricole. Les conséquences sur l'organisation du secteur, sur son fonctionnement et sur les conditions de vie des populations rurales sont notoires. La question qui reste posée est celle de la marge de manœuvre actuelle et future des politiques agricoles nationales, et leur capacité à promouvoir un modèle de développement durable au service du bien-être de la population dans son ensemble. Afin d'apporter des éléments de réponse à ces questionnements, l'article brosse d'abord un bref panorama du contexte international, passe en revue les principales évolutions des politiques agricoles en Afrique au cours des 10 dernières années, puis en dégage les conséquences les plus marquantes sur le secteur agricole. L'article conclut sur la nécessité de préserver des marges de manœuvre pour les politiques agricoles nationales et sur les tendances prévisibles au regard des évolutions actuelles du contexte international. Article disponible sur le site http://www.ocl-journal.org ou http://dx.doi.org/10.1051/ocl.2002.0433 Un contexte international très prégnant pour les politiques agricoles africaines Les économies africaines ont été soumises au cours des années 1990 à de fortes pressions internationales, qu'elles soient le fait des Institutions Financières Internationales ou qu'elles s'inscrivent dans le cadre des négociations commerciales bilatérales ou multilatérales : Les années 1990 ont tout d'abord vu la poursuite des politiques d'ajustement structurel mises en œuvre à partir du milieu de la décennie précédente, accompagnées d'une série de conditionnalités portant sur la libéralisation interne et externe de l'économie et la réforme des services publics ; les PAS ont eu des prolongements sectoriels sous forme de Programmes d'Ajustement Sectoriel Agricole (PASA). Les négociations commerciales multilatérales menées dans le cadre du GATT ont abouti en 1994 à l'Accord de Marrakech qui comprenait un important volet agricole portant sur trois points : la réduction de la protection vis-à-vis des importations, la réduction du soutien à la production interne et la réduction des subventions aux exportations. Le franc CFA a été dévalué en janvier 1994, avec d'importantes conséquences sur la compétitivité des filières agricoles d'exportation, mais aussi sur la capacité de l'agriculture vivrière à résister aux importations. Le régime commercial prévalant entre l'Union Européenne (UE) et la région Afrique Caraïbes Pacifique (ACP) dans le cadre de la Convention de Lomé a été récemment remis en cause lors du nouvel Accord de Cotonou signé en juin 2000. L'accès privilégié au marché européen sans obligation de réciprocité octroyé par la Convention de Lomé est maintenant remplacé par des Accords de Partenariat Économiques (APE) basés sur le principe du libre-échange réciproque. Enfin, le tour d'horizon ne serait pas complet sans évoquer la poursuite des efforts d'intégration régionale dans certaines zones d'Afrique, avec notamment la mise en place d'une Politique Agricole Unifiée (PAU) dans le cadre de l'UEMOA (Union Économique et Monétaire Ouest-Africaine). Les principales évolutions des politiques agricoles en Afrique de l'Ouest et du Centre Même s'il est toujours délicat de vouloir généraliser à l'ensemble des pays d'Afrique de l'Ouest et du Centre, des tendances lourdes peuvent être dégagées quant à l'évolution des politiques agricoles au cours des années 1990. La tendance la plus marquante porte sur la libéralisation, interne comme externe, de filières agricoles encore très réglementées en 1990. Ce processus s'est accompagné d'un appui à la professionnalisation des producteurs et d'un début de structuration d'interprofessions ayant pour vocation de gérer les fonctions critiques des filières et de servir d'interface entre l'État et les familles professionnelles d'une part, et entre les familles professionnelles elles-mêmes d'autre part. Les différents ministères de l'agriculture et du développement rural, de même que les entreprises publiques s'y rattachant se sont ainsi engagés dans un repositionnement de leur présence et de leurs modalités d'intervention dans le secteur. Une libéralisation assez inégale selon les secteurs, mais un désengagement de l'État certain À quelques exceptions près, comme peut l'être le cas du riz à Madagascar 1, l'État était encore généralement très présent dans la plupart des filières agricoles au début des années 1990. L'État intervenait en déterminant de manière unilatérale les modes de fonctionnement des filières (par exemple fixation du prix d'achat de la production primaire, conditions de commercialisation interne, conditions d'approvisionnement en intrants, modalités d'exportation ou d'importation), mais aussi comme opérateur direct (monopole d'achat au producteur, sociétés d'État pour les usines d'égrenage et de trituration, les rizeries et autres usines de transformation de la production primaire, fourniture réglementée des intrants...). Les mesures de libéralisation impulsées par les I (...truncated)


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Vincent Ribier. Politiques agricoles en Afrique de l’Ouest et du Centre : reste-t-il une marge de manoeuvre pour l’intervention publique ?, OCL, 2002, pp. 433-438, Volume 9, Issue 6, DOI: 10.1051/ocl.2002.0433