Pourquoi le riz étuvé local est-il peu disponible sur les marchés urbains du Bénin ?

Cahiers Agricultures, Jan 2018

Le riz étuvé local, par ses valeurs nutritionnelles meilleures que celles du riz blanc, est une alternative intéressante pour infléchir la dépendance du Bénin au riz blanc importé. Depuis la crise rizicole de 2008, des efforts ont été consentis pour augmenter la production, améliorer la qualité et faciliter l’accès du riz étuvé local aux marchés urbains. Pourtant, en 2016, ce riz reste quasi introuvable sur les marchés de Cotonou, principale ville du Bénin. Conduit sur un échantillon de 210 acteurs, cet article utilise le paradigme Structure-Comportement-Performance pour identifier les principales raisons de l’indisponibilité du riz étuvé local sur les marchés de Cotonou. Nos résultats indiquent que le riz étuvé local ne représente que 3 % de l’offre de riz, soit cinq fois moins que le riz étuvé importé. La méconnaissance des valeurs nutritionnelles du riz étuvé local par les ménages, son prix supérieur à celui du riz étuvé importé et son indisponibilité tout au long de l’année et chez tous les commerçants sont les principales raisons de la faible demande. Avec des sensibilisations (séances de sensibilisation, des panneaux et spots publicitaires) sur les valeurs nutritionnelles du riz étuvé local, les consommateurs urbains pourraient modifier leur comportement en faveur du riz étuvé local. Cependant, étant donné que le riz étuvé est également importé, nos résultats suggèrent qu’une étude plus fine soit réalisée sur les critères de choix du riz étuvé afin d’éviter la dépendance du Bénin au riz étuvé importé.Local parboiled rice, because of its nutritional values better than white rice, is an interesting alternative to reduce Benin’s dependence on imported white rice. Since the rice crisis of 2008, Benin has improved the production and the quality of local parboiled rice to facilitate its access to urban markets. Despite these efforts, local parboiled rice is not available on Cotonou’s markets, the first town of Benin. Based on a sample of 210 actors, this article uses the paradigm S-C-P (Structure-Behavior-Performance) to identify the main reasons for the unavailability of this rice in Cotonou’s markets. Our results show that local parboiled rice represents 3% of rice supply of Cotonou, five times less than imported parboiled rice. The demand for local parboiled rice is low due to consumers’ ignorance of its nutritional values, higher prices than imported parboiled rice and unavailability throughout the year among all traders by households. Awareness raising efforts (awareness sessions, billboards and advertising spots) on the nutritional values of local parboiled rice could change urban consumers’ behavior in favor of local parboiled rice. However, parboiled rice is also imported, so we recommend to study and analyze the determinants of parboiled rice choice in order to avoid Benin’s dependence on imported parboiled rice.

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Pourquoi le riz étuvé local est-il peu disponible sur les marchés urbains du Bénin ?

Cah. Agric. 2018, 27, 15009 © L. Todomé et al., Published by EDP Sciences 2018 https://doi.org/10.1051/cagri/2017067 Disponible en ligne : www.cahiersagricultures.fr ARTICLE DE RECHERCHE / RESEARCH ARTICLE Pourquoi le riz étuvé local est-il peu disponible sur les marchés urbains du Bénin ? Laurenda Todomé1,*, Caroline Lejars1,2,4, Frédéric Lançon3,5 et Rachid Hamimaz1 1 Institut Agronomique et Vétérinaire Hassan II, Rabat, Maroc CIRAD, UMR G-EAU, 34398 Montpellier, France 3 CIRAD, UMR ART-DEV, 34398 Montpellier, France 4 G-EAU, Univ Montpellier, Montpellier, France 5 ART-DEV, Univ Montpellier, Montpellier, France 2 Résumé – Le riz étuvé local, par ses valeurs nutritionnelles meilleures que celles du riz blanc, est une alternative intéressante pour infléchir la dépendance du Bénin au riz blanc importé. Depuis la crise rizicole de 2008, des efforts ont été consentis pour augmenter la production, améliorer la qualité et faciliter l’accès du riz étuvé local aux marchés urbains. Pourtant, en 2016, ce riz reste quasi introuvable sur les marchés de Cotonou, principale ville du Bénin. Conduit sur un échantillon de 210 acteurs, cet article utilise le paradigme StructureComportement-Performance pour identifier les principales raisons de l’indisponibilité du riz étuvé local sur les marchés de Cotonou. Nos résultats indiquent que le riz étuvé local ne représente que 3 % de l’offre de riz, soit cinq fois moins que le riz étuvé importé. La méconnaissance des valeurs nutritionnelles du riz étuvé local par les ménages, son prix supérieur à celui du riz étuvé importé et son indisponibilité tout au long de l’année et chez tous les commerçants sont les principales raisons de la faible demande. Avec des sensibilisations (séances de sensibilisation, des panneaux et spots publicitaires) sur les valeurs nutritionnelles du riz étuvé local, les consommateurs urbains pourraient modifier leur comportement en faveur du riz étuvé local. Cependant, étant donné que le riz étuvé est également importé, nos résultats suggèrent qu’une étude plus fine soit réalisée sur les critères de choix du riz étuvé afin d’éviter la dépendance du Bénin au riz étuvé importé. Mots clés : dépendance riz importé / consommateurs urbains / riz étuvé local / Cotonou Abstract – Why is local parboiled rice unavailable in urban markets in Benin? Local parboiled rice, because of its nutritional values better than white rice, is an interesting alternative to reduce Benin’s dependence on imported white rice. Since the rice crisis of 2008, Benin has improved the production and the quality of local parboiled rice to facilitate its access to urban markets. Despite these efforts, local parboiled rice is not available on Cotonou’s markets, the first town of Benin. Based on a sample of 210 actors, this article uses the paradigm S-C-P (Structure-Behavior-Performance) to identify the main reasons for the unavailability of this rice in Cotonou’s markets. Our results show that local parboiled rice represents 3% of rice supply of Cotonou, five times less than imported parboiled rice. The demand for local parboiled rice is low due to consumers’ ignorance of its nutritional values, higher prices than imported parboiled rice and unavailability throughout the year among all traders by households. Awareness raising efforts (awareness sessions, billboards and advertising spots) on the nutritional values of local parboiled rice could change urban consumers’ behavior in favor of local parboiled rice. However, parboiled rice is also imported, so we recommend to study and analyze the determinants of parboiled rice choice in order to avoid Benin’s dependence on imported parboiled rice. Keywords: rice import dependance / urban consumers / local parboiled rice / Cotonou 1 Introduction Depuis trois décennies, l’approvisionnement alimentaire des villes d’Afrique de l’Ouest est une préoccupation majeure *Auteur de correspondance : pour la sécurité alimentaire de la région et pour l’équilibre alimentaire mondial. La libéralisation dans les années 1990 et la forte urbanisation ont amené les pouvoirs publics en place à prendre l’option de nourrir leurs villes à partir de céréales importées à des coûts inférieurs aux produits locaux (Hatcheu, 2003). Importer du riz était plus économique que d’en produire This is an Open Access article distributed under the terms of the Creative Commons Attribution License CC-BY-NC (http://creativecommons.org/licenses/by-nc/4.0), which permits unrestricted use, distribution, and reproduction in any medium, provided the original work is properly cited. L. Todomé et al. : Cah. Agric. 2018, 27, 15009 et permettait d’assurer une sécurité alimentaire urbaine, sans dépendre d’une agriculture vivrière locale incapable de répondre à la forte croissance urbaine (Lançon, 2011). En raison de la facilité et la rapidité de sa préparation, le riz est progressivement entré dans les habitudes alimentaires et est devenu la céréale préférée des populations urbaines en Afrique de l’Ouest (Tomlins et al., 2005). Au Bénin, le riz est la deuxième céréale la plus consommée (Adégbola et al., 2011). C’est un aliment ordinaire consommé par les ménages et dans les restaurations collectives sous plusieurs formes (Kinkpé et al., 2016). Sa consommation est passée de 10 kg/habitant/an (kg/hbt/an) en 1990 à 67 kg/hbt/an en 2010 et les importations de riz ont été multipliées par 5 pendant la même période (Demont et al., 2017). Les efforts de développement de la riziculture locale ont induit une augmentation de la production locale et une amélioration de la qualité du riz local avec la mise en place d’unités de transformation et de kits d’étuvage modernes (Konnon et al., 2014). Malgré ces efforts, le taux de dépendance du Bénin au riz importé est de 75 % en 2015 (Demont et al., 2017) et le riz local reste peu disponible sur les marchés urbains (Konnon et al., 2014). Plusieurs auteurs démontrent que les consommateurs béninois ont une préférence pour le riz blanc importé, et expliquent que le riz blanc local n’arrive pas à concurrencer le riz blanc importé à cause de sa qualité jugée « inférieure » par les consommateurs urbains (Kinkpé et al., 2016 ; Demont et al., 2017). Cette qualité « inférieure » du riz blanc local, due aux pratiques post-récolte peu appropriées utilisées par les riziculteurs et les transformateurs, peut être améliorée grâce à l’étuvage. En effet, l’étuvage, qui consiste à ré-humidifier, chauffer et sécher le paddy avant le décorticage, permet d’obtenir un riz de qualité physique, organoleptique et nutritionnelle supérieure à celle du riz blanc (Houssou et al., 2016 ; Ndindeng et al., 2015). En 2012, une étude réalisée à Cotonou a montré que les ménages interrogés, après avoir reçu des informations sur les valeurs nutritionnelles du riz étuvé local, ont acheté ce riz au détriment de leur riz préféré, le riz blanc importé (Demont et al., 2013). Le riz étuvé local, par ses valeurs nutritionnelles meilleures que celles du riz blanc, pourra (...truncated)


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Laurenda Todomé, Caroline Lejars, Frédéric Lançon, Rachid Hamimaz. Pourquoi le riz étuvé local est-il peu disponible sur les marchés urbains du Bénin ?, Cahiers Agricultures, 2018, pp. 15009, Volume 27, Issue 1, DOI: 10.1051/cagri/2017067