Pourquoi le riz étuvé local est-il peu disponible sur les marchés urbains du Bénin ?
Cah. Agric. 2018, 27, 15009
© L. Todomé et al., Published by EDP Sciences 2018
https://doi.org/10.1051/cagri/2017067
Disponible en ligne :
www.cahiersagricultures.fr
ARTICLE DE RECHERCHE / RESEARCH ARTICLE
Pourquoi le riz étuvé local est-il peu disponible sur les marchés
urbains du Bénin ?
Laurenda Todomé1,*, Caroline Lejars1,2,4, Frédéric Lançon3,5 et Rachid Hamimaz1
1
Institut Agronomique et Vétérinaire Hassan II, Rabat, Maroc
CIRAD, UMR G-EAU, 34398 Montpellier, France
3
CIRAD, UMR ART-DEV, 34398 Montpellier, France
4
G-EAU, Univ Montpellier, Montpellier, France
5
ART-DEV, Univ Montpellier, Montpellier, France
2
Résumé – Le riz étuvé local, par ses valeurs nutritionnelles meilleures que celles du riz blanc, est une
alternative intéressante pour infléchir la dépendance du Bénin au riz blanc importé. Depuis la crise rizicole de
2008, des efforts ont été consentis pour augmenter la production, améliorer la qualité et faciliter l’accès du riz
étuvé local aux marchés urbains. Pourtant, en 2016, ce riz reste quasi introuvable sur les marchés de Cotonou,
principale ville du Bénin. Conduit sur un échantillon de 210 acteurs, cet article utilise le paradigme StructureComportement-Performance pour identifier les principales raisons de l’indisponibilité du riz étuvé local sur les
marchés de Cotonou. Nos résultats indiquent que le riz étuvé local ne représente que 3 % de l’offre de riz, soit
cinq fois moins que le riz étuvé importé. La méconnaissance des valeurs nutritionnelles du riz étuvé local par les
ménages, son prix supérieur à celui du riz étuvé importé et son indisponibilité tout au long de l’année et chez tous
les commerçants sont les principales raisons de la faible demande. Avec des sensibilisations (séances de
sensibilisation, des panneaux et spots publicitaires) sur les valeurs nutritionnelles du riz étuvé local, les
consommateurs urbains pourraient modifier leur comportement en faveur du riz étuvé local. Cependant, étant
donné que le riz étuvé est également importé, nos résultats suggèrent qu’une étude plus fine soit réalisée sur les
critères de choix du riz étuvé afin d’éviter la dépendance du Bénin au riz étuvé importé.
Mots clés : dépendance riz importé / consommateurs urbains / riz étuvé local / Cotonou
Abstract – Why is local parboiled rice unavailable in urban markets in Benin? Local parboiled rice,
because of its nutritional values better than white rice, is an interesting alternative to reduce Benin’s dependence
on imported white rice. Since the rice crisis of 2008, Benin has improved the production and the quality of local
parboiled rice to facilitate its access to urban markets. Despite these efforts, local parboiled rice is not available
on Cotonou’s markets, the first town of Benin. Based on a sample of 210 actors, this article uses the paradigm
S-C-P (Structure-Behavior-Performance) to identify the main reasons for the unavailability of this rice in
Cotonou’s markets. Our results show that local parboiled rice represents 3% of rice supply of Cotonou, five
times less than imported parboiled rice. The demand for local parboiled rice is low due to consumers’ ignorance
of its nutritional values, higher prices than imported parboiled rice and unavailability throughout the year
among all traders by households. Awareness raising efforts (awareness sessions, billboards and advertising
spots) on the nutritional values of local parboiled rice could change urban consumers’ behavior in favor of local
parboiled rice. However, parboiled rice is also imported, so we recommend to study and analyze the
determinants of parboiled rice choice in order to avoid Benin’s dependence on imported parboiled rice.
Keywords: rice import dependance / urban consumers / local parboiled rice / Cotonou
1 Introduction
Depuis trois décennies, l’approvisionnement alimentaire
des villes d’Afrique de l’Ouest est une préoccupation majeure
*Auteur de correspondance :
pour la sécurité alimentaire de la région et pour l’équilibre
alimentaire mondial. La libéralisation dans les années 1990 et
la forte urbanisation ont amené les pouvoirs publics en place à
prendre l’option de nourrir leurs villes à partir de céréales
importées à des coûts inférieurs aux produits locaux (Hatcheu,
2003). Importer du riz était plus économique que d’en produire
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L. Todomé et al. : Cah. Agric. 2018, 27, 15009
et permettait d’assurer une sécurité alimentaire urbaine, sans
dépendre d’une agriculture vivrière locale incapable de
répondre à la forte croissance urbaine (Lançon, 2011). En
raison de la facilité et la rapidité de sa préparation, le riz est
progressivement entré dans les habitudes alimentaires et est
devenu la céréale préférée des populations urbaines en Afrique
de l’Ouest (Tomlins et al., 2005).
Au Bénin, le riz est la deuxième céréale la plus consommée
(Adégbola et al., 2011). C’est un aliment ordinaire consommé
par les ménages et dans les restaurations collectives sous
plusieurs formes (Kinkpé et al., 2016). Sa consommation est
passée de 10 kg/habitant/an (kg/hbt/an) en 1990 à 67 kg/hbt/an
en 2010 et les importations de riz ont été multipliées par 5
pendant la même période (Demont et al., 2017). Les efforts de
développement de la riziculture locale ont induit une
augmentation de la production locale et une amélioration de
la qualité du riz local avec la mise en place d’unités de
transformation et de kits d’étuvage modernes (Konnon et al.,
2014). Malgré ces efforts, le taux de dépendance du Bénin au
riz importé est de 75 % en 2015 (Demont et al., 2017) et le riz
local reste peu disponible sur les marchés urbains (Konnon
et al., 2014).
Plusieurs auteurs démontrent que les consommateurs
béninois ont une préférence pour le riz blanc importé, et
expliquent que le riz blanc local n’arrive pas à concurrencer le
riz blanc importé à cause de sa qualité jugée « inférieure » par
les consommateurs urbains (Kinkpé et al., 2016 ; Demont
et al., 2017). Cette qualité « inférieure » du riz blanc local, due
aux pratiques post-récolte peu appropriées utilisées par les
riziculteurs et les transformateurs, peut être améliorée grâce à
l’étuvage. En effet, l’étuvage, qui consiste à ré-humidifier,
chauffer et sécher le paddy avant le décorticage, permet
d’obtenir un riz de qualité physique, organoleptique et
nutritionnelle supérieure à celle du riz blanc (Houssou
et al., 2016 ; Ndindeng et al., 2015).
En 2012, une étude réalisée à Cotonou a montré que les
ménages interrogés, après avoir reçu des informations sur les
valeurs nutritionnelles du riz étuvé local, ont acheté ce riz au
détriment de leur riz préféré, le riz blanc importé (Demont
et al., 2013). Le riz étuvé local, par ses valeurs nutritionnelles
meilleures que celles du riz blanc, pourra (...truncated)