Comment la région Nouvelle Aquitaine anticipe le changement climatique ?
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Prospective et enjeux locaux du changement
climatique : définir et construire des politiques
publiques à l’échelle des territoires
Comment la région Nouvelle Aquitaine
anticipe le changement climatique ?
Au travers d’Acclimaterra, le comité scientifique régional sur le changement climatique
en Nouvelle Aquitaine, la région Nouvelle Aquitaine conduit depuis 2011 une démarche originale
de veille sur le changement climatique régional et de prospective pour l’accompagnement
à l’adaptation. La création et le fonctionnement de ce « GIEC régional » suscite une attention
particulière à l’échelle territoriale et au-delà. Cette contribution propose un « making-of »
de la démarche Acclimaterra.
L
a publication en 2013 du rapport « Prévoir
pour Agir, les impacts du changement climatique en Aquitaine » (figure ) a constitué une initiative originale et pionnière pour
une collectivité régionale en France. La
région Aquitaine affichait alors son objectif
de « mieux connaître les impacts du changement climatique au niveau régional et de déterminer
les enjeux auxquels devra répondre la région pour anticiper les besoins d’adaptation du territoire ». Appuyée
sur les travaux du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), dont elle emprunte
la méthode de travail « entre pairs », conduite sous la
direction du climatologue Hervé Le Treut, la démarche
Prévoir pour Agir s’est déroulée de 2011 à 2013. Début
2016, la région Nouvelle Aquitaine (Aquitaine, Limousin, Poitou-Charente) issue de la Loi NOTRe 1, a conforté
la démarche en soutenant la création du comité scientifique Acclimaterra 2, chargé de poursuivre un travail de
veille scientifiques sur le changement climatique et de
prospective sur l’adaptation du territoire régional aux
défis des changements globaux. Quels ont été les origines et les principes directeurs de cette démarche régionale ? Dans le contexte de l’après-COP 21, quels sont les
enseignements et les perspectives d’une telle expérience
prospective ? Cette contribution propose un « making of »
de la démarche prospective régionale Prévoir pour Agir
et Acclimaterra.
Le rapport « Prévoir pour Agir, la Région Aquitaine
anticipe le changement climatique »,
une initiative originale et pionnière en France.
1. Loi du 7 août 2015 portant nouvelle organisation territoriale de la République.
2. Comité scientifique régional sur le changement climatique. Région Aquitaine, Limousin, Poitou-Charente : http://www.acclimaterra.fr
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Émission en milliards de tonnes de carbone par an (modèle IPSL, Institut Pierre-Simon Laplace).
Des tendances climatiques globales
aux impacts régionaux
Depuis la deuxième guerre mondiale, les émissions de
CO2 liées à la combustion des énergies fossiles ont été
multipliées par dix et l’accélération s’est accrue sans
discontinuer depuis le sommet de la Terre de Rio en
1992. Le montant potentiel des émissions pour espérer
ne pas dépasser la température de 2° C en 2100 est déjà
atteint aux deux tiers depuis 2015. Il reste donc quelques
décennies pour agir et éviter une irréversibilité du climat.
Les conséquences en termes de hausse de la température moyenne globale se manifesteront avec un retard de
quelques décennies en raison de l’inertie thermique des
océans et les changements ne sont détectables que s’ils
sont supérieurs aux fluctuations naturelles. Ces conséquences, désormais mesurables depuis une quinzaine
d’années, posent nécessairement le problème de l’adaptation au changement climatique et de son anticipation.
Les modélisations de l’évolution des températures en
fonction des volumes d’émissions futurs jusqu’en 2100
(en milliards de tonnes à l’échelle mondiale – figure )
dessinent plusieurs scénarios.
Un scénario tendanciel, qui conduit à une hausse de la
température moyenne de 4° C ou 5° C en 2100, résulterait d’une poursuite de la croissance des émissions de
CO2 au rythme actuel. Pour l’infléchir, il reste moins
d’une vingtaine d’années pour agir, afin d’éviter un
réchauffement supérieur à 2° C en 2100.
Un scénario limitation du réchauffement à 3° C en 2100
nécessite un effort significatif de réduction des émissions à engager dans les toutes prochaines décennies
(figure ).
Un scénario stabilisation sous les 2°C, très exigeant en
termes de réduction des émissions, implique d’engager sans tarder des actions à caractère structurel et à
conduire tout au long du siècle (transports, urbanisme,
transition énergétique…).
Un scénario émissions négatives impliquerait le recours
à des procédés technologiques (non encore disponibles)
de captation et de piégeage des gaz à effet de serre
qu’il serait nécessaire de mettre en place avant la fin du
XXIe siècle.
Au-delà de la dimension globale régulièrement évoquée
par le recours à l’indicateur « température moyenne
2° C », le changement climatique présente des spécificités géographiques avec des intensités plus aigues en
divers points de la planète. La résolution spatiale des
modèles climatiques, initialement de 500 km environ,
est progressivement descendue à 100 km environ pour
un nombre restreint de modèles globaux. « L’Aquitaine
est une des régions de France où le réchauffement risque
d’être le plus fort. (…). Le Sud-Ouest fera face à un
risque réel de sècheresses estivales récurrentes dans les
décennies à venir, sècheresses qui accompagneront un
réchauffement général marqué par des vagues de chaleur plus nombreuses. Ces résultats doivent être compris
comme des évolutions plausibles, que l’on doit absolument prendre en compte dans un effort de prospective.
Mais il s’agit de risques, qui ne sont pas les seuls risques
possibles. Des vagues de sècheresse n’interdisent pas des
situations orageuses et d’autres résultats montrent aussi
un accroissement possible des épisodes de pluie intense
en été. Il faut donc s’adapter préventivement à des situations de sècheresses, mais certainement ne pas en faire
l’horizon unique auquel l’Aquitaine sera confronté. » Les
modèles climatiques permettent également de prédire
pour les territoires littoraux du Sud-Ouest, une poursuite
du relèvement du niveau de la mer (à minima au rythme
moyen actuel de 3 mm/an) avec les risques de surcote
associés, ainsi qu’une poursuite de l’accroissement de la
salinité et de la température de l’eau dans les estuaires
accompagnant une marinisation des milieux. (Le Treut,
2013). Les chapitres successifs du rapport ont dressé un
état des lieux des connaissances dans différents secteurs
(eau, air, littoral, montagne, forêt) ou domaines d’activité
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