Comment la région Nouvelle Aquitaine anticipe le changement climatique ?

Sciences, Eaux & Territoires, Mar 2017

Au travers d’Acclimaterra, le comité scientifique régional sur le changement climatique en Nouvelle Aquitaine, la région Nouvelle Aquitaine conduit depuis 2011 une démarche originale de veille sur le changement climatique régional et de prospective pour l’accompagnement à l’adaptation. La création et le fonctionnement de ce « GIEC régional » suscite une attention particulière à l’échelle territoriale et au-delà. Cette contribution propose un « making-of » de la démarche Acclimaterra.

Comment la région Nouvelle Aquitaine anticipe le changement climatique ?

14 Prospective et enjeux locaux du changement climatique : définir et construire des politiques publiques à l’échelle des territoires Comment la région Nouvelle Aquitaine anticipe le changement climatique ? Au travers d’Acclimaterra, le comité scientifique régional sur le changement climatique en Nouvelle Aquitaine, la région Nouvelle Aquitaine conduit depuis 2011 une démarche originale de veille sur le changement climatique régional et de prospective pour l’accompagnement à l’adaptation. La création et le fonctionnement de ce « GIEC régional » suscite une attention particulière à l’échelle territoriale et au-delà. Cette contribution propose un « making-of » de la démarche Acclimaterra. L a publication en 2013 du rapport « Prévoir pour Agir, les impacts du changement climatique en Aquitaine » (figure ) a constitué une initiative originale et pionnière pour une collectivité régionale en France. La région Aquitaine affichait alors son objectif de « mieux connaître les impacts du changement climatique au niveau régional et de déterminer les enjeux auxquels devra répondre la région pour anticiper les besoins d’adaptation du territoire ». Appuyée sur les travaux du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), dont elle emprunte la méthode de travail « entre pairs », conduite sous la direction du climatologue Hervé Le Treut, la démarche Prévoir pour Agir s’est déroulée de 2011 à 2013. Début 2016, la région Nouvelle Aquitaine (Aquitaine, Limousin, Poitou-Charente) issue de la Loi NOTRe 1, a conforté la démarche en soutenant la création du comité scientifique Acclimaterra 2, chargé de poursuivre un travail de veille scientifiques sur le changement climatique et de prospective sur l’adaptation du territoire régional aux défis des changements globaux. Quels ont été les origines et les principes directeurs de cette démarche régionale ? Dans le contexte de l’après-COP 21, quels sont les enseignements et les perspectives d’une telle expérience prospective ? Cette contribution propose un « making of » de la démarche prospective régionale Prévoir pour Agir et Acclimaterra.  Le rapport « Prévoir pour Agir, la Région Aquitaine anticipe le changement climatique », une initiative originale et pionnière en France. 1. Loi du 7 août 2015 portant nouvelle organisation territoriale de la République. 2. Comité scientifique régional sur le changement climatique. Région Aquitaine, Limousin, Poitou-Charente : http://www.acclimaterra.fr :::::::::::::: Sciences Eaux & Territoires n° 22 – 2017 Comment la région Nouvelle Aquitaine anticipe le changement climatique ? Prospective et enjeux locaux du changement climatique : définir et construire des politiques publiques à l’échelle des territoires 15  Émission en milliards de tonnes de carbone par an (modèle IPSL, Institut Pierre-Simon Laplace). Des tendances climatiques globales aux impacts régionaux Depuis la deuxième guerre mondiale, les émissions de CO2 liées à la combustion des énergies fossiles ont été multipliées par dix et l’accélération s’est accrue sans discontinuer depuis le sommet de la Terre de Rio en 1992. Le montant potentiel des émissions pour espérer ne pas dépasser la température de 2° C en 2100 est déjà atteint aux deux tiers depuis 2015. Il reste donc quelques décennies pour agir et éviter une irréversibilité du climat. Les conséquences en termes de hausse de la température moyenne globale se manifesteront avec un retard de quelques décennies en raison de l’inertie thermique des océans et les changements ne sont détectables que s’ils sont supérieurs aux fluctuations naturelles. Ces conséquences, désormais mesurables depuis une quinzaine d’années, posent nécessairement le problème de l’adaptation au changement climatique et de son anticipation. Les modélisations de l’évolution des températures en fonction des volumes d’émissions futurs jusqu’en 2100 (en milliards de tonnes à l’échelle mondiale – figure ) dessinent plusieurs scénarios. Un scénario tendanciel, qui conduit à une hausse de la température moyenne de 4° C ou 5° C en 2100, résulterait d’une poursuite de la croissance des émissions de CO2 au rythme actuel. Pour l’infléchir, il reste moins d’une vingtaine d’années pour agir, afin d’éviter un réchauffement supérieur à 2° C en 2100. Un scénario limitation du réchauffement à 3° C en 2100 nécessite un effort significatif de réduction des émissions à engager dans les toutes prochaines décennies (figure ). Un scénario stabilisation sous les 2°C, très exigeant en termes de réduction des émissions, implique d’engager sans tarder des actions à caractère structurel et à conduire tout au long du siècle (transports, urbanisme, transition énergétique…). Un scénario émissions négatives impliquerait le recours à des procédés technologiques (non encore disponibles) de captation et de piégeage des gaz à effet de serre qu’il serait nécessaire de mettre en place avant la fin du XXIe siècle. Au-delà de la dimension globale régulièrement évoquée par le recours à l’indicateur « température moyenne 2° C », le changement climatique présente des spécificités géographiques avec des intensités plus aigues en divers points de la planète. La résolution spatiale des modèles climatiques, initialement de 500 km environ, est progressivement descendue à 100 km environ pour un nombre restreint de modèles globaux. « L’Aquitaine est une des régions de France où le réchauffement risque d’être le plus fort. (…). Le Sud-Ouest fera face à un risque réel de sècheresses estivales récurrentes dans les décennies à venir, sècheresses qui accompagneront un réchauffement général marqué par des vagues de chaleur plus nombreuses. Ces résultats doivent être compris comme des évolutions plausibles, que l’on doit absolument prendre en compte dans un effort de prospective. Mais il s’agit de risques, qui ne sont pas les seuls risques possibles. Des vagues de sècheresse n’interdisent pas des situations orageuses et d’autres résultats montrent aussi un accroissement possible des épisodes de pluie intense en été. Il faut donc s’adapter préventivement à des situations de sècheresses, mais certainement ne pas en faire l’horizon unique auquel l’Aquitaine sera confronté. » Les modèles climatiques permettent également de prédire pour les territoires littoraux du Sud-Ouest, une poursuite du relèvement du niveau de la mer (à minima au rythme moyen actuel de 3 mm/an) avec les risques de surcote associés, ainsi qu’une poursuite de l’accroissement de la salinité et de la température de l’eau dans les estuaires accompagnant une marinisation des milieux. (Le Treut, 2013). Les chapitres successifs du rapport ont dressé un état des lieux des connaissances dans différents secteurs (eau, air, littoral, montagne, forêt) ou domaines d’activité Sciences Eaux & Territoires n° 22 – 2017 :::::::::::::: 16 Prospective et enjeux locaux du changement climatique : définir et construire des politiques publiques à l’échelle des territoires Comment la région Nou (...truncated)


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SALLES, Denis, SALLES, Denis. Comment la région Nouvelle Aquitaine anticipe le changement climatique ?, Sciences, Eaux & Territoires, 2017, pp. 14-17, Volume 22,