Cadre méthodologique pour la rétroconception paramétrique assistée par intelligence artificielle. Cas des thermes impériaux romains en Afrique du Nord
SHS Web of Conferences 203, 02004 (2024)
SCAN’24
https://doi.org/10.1051/shsconf/202420302004
Cadre méthodologique pour la rétroconception
paramétrique assistée par intelligence
artificielle. Cas des thermes impériaux romains
en Afrique du Nord
Methodological Framework for Parametric Reverse
Engineering assisted by Artificial Intelligence. Case
of the Imperial Roman Baths in North Africa
Zaineb Naifer1,3,*, Damien Claeys1,2, Karim Bouaita3, et Louis Roobaert1,2
1TSA-LAB,
LAB, UCLouvain, Rue Wafelaerts 47/51, 1060 Bruxelles, Belgique
UCLouvain, Rue Wafelaerts 47/51, 1060 Bruxelles, Belgique
3GADEV, ENAU, UCAR, Rue El Qods Sidi Bou Said, 2026 Tunis, Tunisie
2LOCI,
Résumé. Un cadre méthodologique de restitution de thermes romains en
ruines est proposé et comprend deux phases reposant sur l’application de
deux méthodes distinctes : (1) la rétroconception paramétrique du processus
de conception des édifices pour identifier des méthodes et des règles
permettant de les modéliser, aboutissant à la création d’un modèle
paramétrique de jeu de données (PDSM) ; (2) l’intelligence artificielle pour
développer un modèle de complétion artificiellement intelligent (AICM),
capable de reconstituer des plans fragmentaires. Le cadre méthodologique
comprend cinq étapes (analyse des données, prétraitement, choix de
l’algorithme, complétion des plans, post-traitement). Deux étapes sont plus
particulièrement développées ici : (1) l’analyse des données menant à la
création du PDSM ; (2) la sélection de l’algorithme approprié au modèle
AICM. Le corpus étudié comprend 29 thermes impériaux romains (23 situés
en Afrique du Nord et 6 à Rome), qui présentent des variations quant à
l’avancement des fouilles et à la disponibilité documentaire.
Mots-clés. rétroconception architecturale, intelligence artificielle, conception
paramétrique, thermes impériaux romains, Afrique du Nord
Abstract. A methodological framework for the reconstruction of roman
baths in ruins is proposed, consisting of two phases based on the application
of two distinct methods: (1) the parametric reverse-engineering of the design
process of the buildings to identify methods and rules for modeling them,
leading to the creation of a parametric dataset model (PDSM); (2) artificial
intelligence to develop an artificially intelligent completion model (AICM)
capable of reconstructing fragmentary plans. The methodological
*
Corresponding author:
© The Authors, published by EDP Sciences. This is an open access article distributed under the terms of the Creative Commons
Attribution License 4.0 (https://creativecommons.org/licenses/by/4.0/).
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framework includes five steps (data analysis, preprocessing, algorithm
selection, plan completion, and post-processing). Two steps are particularly
developed here: (1) data analysis leading to the creation of the PDSM; (2)
the selection of the appropriate algorithm for the AICM model. The studied
corpus consists of 29 roman imperial baths (23 located in North Africa and
6 in Rome), which show variations in the progress of excavations and the
availability of documentation.
Keywords. reverse engineering, artificial intelligence, parametric design,
imperial roman baths, North Africa
1 Contexte, objectif et méthode de recherche
La méthode de rétroconception architecturale présentée ici s’intègre dans la continuité de
plusieurs recherches menées à l’École Nationale d’Architecture et d’Urbanisme de Tunis
(ENAU) : (1) à partir des travaux d’Herbert A. Simon, d’Arthur Koestler et de Michel Serres,
Mounir Dhouib [1] a élaboré un modèle topologique et cognitif permettant de comprendre
une architecture donnée par sa décomposition en plein (les parois et la toiture) et en vide (les
espaces intérieurs) ; (2) ce modèle a été testé par Karim Bouaita [2] en l’appliquant à
l’analyse et à la décomposition d’un corpus de thermes impériaux romains (Rome et Tunisie),
pour reconstituer, à rebours, le processus de conception architecturale et pour retrouver les
règles régissant les plans de ces édifices ; (3) la recherche a été prolongée par Imen Soussi
[3] en étudiant le vide, à l’aide d’un logiciel statistique (SPSS) et d’une modélisation
paramétrique (Rhinoceros3D/Grasshopper), pour déduire la forme de la toiture d’un
composant élémentaire à partir de la géométrie de sa trace au sol.
Par transposition, le processus de rétroconception est analogue au concept informatique
de la reverse engineering [ingénierie inverse], initialement utilisé dans le cadre de l’étude de
cycles de vie de programmes informatiques [4]. Ce concept a été ensuite utilisé en ingénierie
et plus particulièrement en mécanique. La rétro-ingénierie est « l’analyse de la structure d’un
objet préexistant, pour redécouvrir les techniques d’élaboration et de fabrication ayant
permis de le construire, ou dans le but d’en dévoiler les secrets, afin de l’exploiter » [5]. Sans
être nommée comme telle, la rétro-ingénierie est une pratique ancienne. Ainsi, l’historien
grec Polybe du IIe BCE explique dans ses Histoires [6] que les romains, après avoir capturé
et analysé la composition d’une birème phénicienne, en ont copié et amélioré les techniques
de fabrication. Ce concept a été ensuite transposé à l’étude des processus de conception
architecturale sous le nom de rétroconception.
En partant de l’idée que le mot processus indique le fait d’avancer, pas à pas, pour
aboutir à quelque chose et que la conception dénote l’effort cognitif de prendre ensemble
par la pensée, alors tout concepteur engagé dans un processus de conception opère sur une
succession d’états du modèle mental qu’il lui associe [7]. De là, opérer une rétroconception
est la tentative de décrire, à rebours, cette succession d’états pour élargir la connaissance du
processus de projettation ayant présidé à l’instauration d’un édifice, accessible aujourd’hui
de manière incomplète parce qu’il est en ruine.
Le présent article décrit un plan détaillé d’une méthode originale de restitution de plans
de thermes impériaux romains d’Afrique du Nord intégrant la rétroconception paramétrique
et l’intelligence artificielle. L’objectif est double : (1) construire un Parametric DataSet
Model (PDSM) par le biais de la rétroconception paramétrique, utilisant
Rhinoceros3D/Grasshopper, sur une collection d’objets patrimoniaux (un corpus de thermes
impériaux romains) ; (2) présenter la structuration de l’algorithme du Artificial Intelligence
Completion Model (AICM), en cohérence avec les scripts paramétriques dérivés du PDSM,
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afin de développer un modèle capable de compléter et de restituer les plans des thermes
incomplets.
2 Apprentissage automatique en architecture
La méthode de rétroconception présentée ici tire parti de l’intelligence artificielle (IA), en
particulier de l’apprentissage automatique (ML).
La confér (...truncated)